Les prix majorés «spécial Suisse» ne passent plus

Sept personnes sur dix ont un problème avec la différence des tarifs de produits étrangers existant avec les pays voisins. Le tourisme d’achat se généralise, révèle un sondage pour les porteurs de l’initiative «Stop à l’îlot de cherté».

La moitié des Suisses indiquent faire «régulièrement» leurs courses dans les pays voisins (Photo d'illustration).

La moitié des Suisses indiquent faire «régulièrement» leurs courses dans les pays voisins (Photo d'illustration). Image: Keystone

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Prix helvétiques bien plus élevés, attrait des supermarchés français… Les réponses du millier de personnes sondées par l’institut GFS-Zurich à la demande des porteurs de l’initiative «Stop à l’îlot de cherté – pour des prix équitables» ne se contentent pas de refléter une constante des conversations quotidiennes. L’enquête, publiée ce week-end, révèle l’ampleur de la perception du problème au sein de la population, bien au-delà des régions frontalières et quels que soient les groupes d’âge.

Sept personnes interrogées sur dix admettent ainsi qu’il y a un vrai problème avec les «prix suisses». Les prix? Pas ceux de la viande, notoirement deux fois et demie plus élevés que dans le reste de l’Europe. Non, ceux de la masse des marques de grande consommation importées.

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Persistance du «supplément Suisse»

Le baromètre des prix de la Fédération romande des consommateurs confirmait cet été encore la persistance de ces pratiques, en dépit d’offres de lunettes à prix cassé fleurissant sur internet ou de la multiplication des magasins Decathlon. Les journaux restent 51% plus chers que dans l’Hexagone. Dans la mode, le «supplément suisse» atteint 28% chez Zara et 32% chez Esprit. Et un Allemand paie un jouet «made in China» 25% de moins qu’un Suisse.

Dans les cosmétiques – le pot de crème Nivea a longtemps symbolisé ces surfacturations – la différence est devenue plus subtile, suivant qu’ils sont achetés dans un hypermarché Leclerc ou dans un Carrefour proche de la frontière. L’électronique coûte en revanche moins cher en Suisse, «preuve qu’agir contre l’îlot de cherté est possible», note la FRC.

Les importateurs exclusifs dans le viseur

Les tenants de l’initiative voient dans ce sondage la confirmation du soutien à leur projet de renforcement des lois fédérales sur la concurrence afin d’empêcher «les producteurs et fournisseurs internationaux d’imposer dans le pays des prix artificiellement gonflés». Si la Commission de l’économie du Conseil national s’est emparée du sujet en octobre, en adaptant le contre-projet plus mesuré du Conseil fédéral, les porteurs de l’initiative ne parlaient que d’un «premier pas». Les deux textes devraient être examinés par les parlementaires au printemps.

À l’origine, ce combat, porté par l’ancien conseiller aux États libéral Hans Altherr, visait en effet surtout les prix à l’importation surfaits dont souffraient les PME – logiciels, machines ou pièces détachées –, ce qui explique le ralliement à l’initiative d’associations professionnelles comme GastroSuisse ou Swissmechanic. Les soutiens à l’initiative mettent en avant les études menées depuis deux décennies montrant que ces différences de prix s’expliquent surtout par un manque de concurrence – notamment par le recours à des importateurs exclusifs. Le BAK estimait il y a deux ans que le tiers des surcoûts du commerce de détail était lié aux coûts d’approvisionnement à l’étranger.

Un sondé sur deux achète à l’étranger

Quid des lourdes amendes infligées par la Comco à BMW, Nikon ou Elmex au début de la dernière décennie, pour avoir empêché des importations directes? Les initiants estiment que ces mesures visent surtout des entreprises ayant une «position dominante sur le marché» – un concept appliqué de manière «extrêmement restrictive» – et demandent que la Comco puisse faire interdire la non-livraison.

À leurs yeux, des prix «équitables» avec ceux pratiqués dans le reste de l’Europe inciteraient le consommateur à y faire davantage ses achats. C’est l’autre résultat de ce sondage: aujourd’hui, la moitié des sondés indiquent faire «régulièrement» leurs courses dans les pays voisins.

L’exemple du Luxembourg, petite population de la taille du canton de Genève et au pouvoir d’achat élevé, esquisserait bien une manière autrement plus radicale de régler le problème: se rapprocher de l’Union européenne. Les tenants de l’initiative se gardent bien de s’aventurer sur ce terrain, politiquement suicidaire.

Créé: 05.01.2020, 18h04

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