Ils poussent des mineurs à se prostituer

Des «loverboys» manipulent leurs victimes pour les exploiter. Polices et élus s’inquiètent de ce phénomène en expansion en Suisse.

Les victimes ne portent pas plainte à chaque fois.

Les victimes ne portent pas plainte à chaque fois. Image: DR

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Elles sont âgées entre 12 ans et 18 ans mais sont exploitées à des fins de prostitution. L’arrivée en Suisse du phénomène des loverboys inquiète. Les spécialistes les définissent comme étant des trafiquants d’êtres humains et des proxénètes qui s’en prennent à des jeunes. Ils feignent le grand amour pour rendre leurs victimes dépendantes émotionnellement. Le but du loverboy est ainsi de pousser l’autre à vendre son corps ou à commettre des délits pour gagner le plus d’argent possible.

Ce fléau est bien documenté aux Pays-Bas ou en France et commence à peine à l’être en Suisse. Le Canton de Berne s’est penché sur la question cet été et FedPol a envoyé au printemps une fiche de renseignement à tous les postes de police. À Genève, les forces de l’ordre indiquent avoir répertorié une dizaine de situations ces deux dernières années. «Les victimes ne portent pas plainte à chaque fois. C’est un vrai problème et les cas sont souvent dramatiques», explique Joanna Matta, porte-parole de la police genevoise.

Face à ce fléau, des élus genevois ont déposé une motion au Grand Conseil pour réclamer au Conseil d’État une sensibilisation sur la thématique des loverboys. «Il est indispensable de faire de la prévention et de nous doter des outils permettant de détecter les potentielles victimes de ces abuseurs», estime la députée PDC Anne-Marie von Arx-Vernon.

Le Département de l’instruction publique n’entend pourtant pas se concentrer sur ce phénomène. «Aucune situation relevant de la méthode des loverboys n’a été remontée aux directions générales», affirme le porte-parole Pierre-Antoine Preti. Le dispositif serait suffisant puisqu’une procédure de signalement de situation de maltraitance est entrée en vigueur il y a un an.

Un comportement inhabituel d’une victime «ne manquerait pas de mettre en alerte les enseignants d’un élève manifestant ce type de comportement», assure le porte-parole. Les autorités vaudoises n’ont pas retourné nos sollicitations.

En Suisse alémanique, la problématique est prise très au sérieux puisque 31 cas ont été rapportés depuis 2015 à l’association de lutte contre la traite des êtres humains ACT212, basée à Berne. Elle livre un rapport qui doit paraître le mois prochain dans un magazine destiné aux polices alémaniques. Il apparaît que la quasi-totalité des victimes sont des jeunes filles. Les autres consistent en de jeunes hommes homosexuels. La majorité des victimes sont Suisses, leurs abuseurs aussi.

Les loverboys emploient le plus souvent les réseaux sociaux pour chasser leurs proies. «Au début, la jeune fille se voit offrir des cadeaux et de l’affection et elle tombe amoureuse de ce loverboy qui la rend systématiquement dépendante et l’isole de plus en plus de ses amis et de sa famille», explique l’association. Du chantage basé sur de la sextorsion peut aussi entrer en jeu. La victime se retrouve liée à son abuseur qui possède des images à caractère intime pour la contraindre.

Lorsque le loverboy a refermé ses griffes, les conséquences décrites font froid dans le dos. «Quand cet état de dépendance est atteint, il introduit sa victime petit à petit dans la prostitution, réalise des films pornographiques avec elle et la pousse à commettre des délits. Son but est d’utiliser la jeune fille pour faire un maximum d’argent», rapporte ACT212.

L’association présente un exemple de cas qu’elle a dû traiter. Elle concerne une adolescente âgée de 14 ans, en conflit avec ses parents. Alors qu’elle passait de plus en plus de temps sur les réseaux sociaux, elle a fait la connaissance d’un jeune homme, qui jouait les princes charmants. Tombée amoureuse, elle s’est isolée et n’a plus fréquenté que son abuseur. «Quelques semaines plus tard, il la vendait à un premier client dans une chambre d’hôtel», décrit ACT212.

Cette dernière précise que les loverboys sont en moyenne âgés entre 15 et 25 ans. Leur profil apparaît encore flou. Ils ont toutefois tendance à choisir des proies vulnérables. «Il est frappant de constater que certaines victimes présumées sont psychiquement instables (en thérapie, tendances suicidaires ou problèmes d’alcoolisme par exemple)», indique l’association bernoise. De larges zones d’ombre entourent encore ce phénomène, regrette l’organisation.

«La Suisse ne dispose toujours pas de connaissances et d’une base de données solide sur les loverboys. C’est pour cette raison qu’ACT212 a fondé un groupe d’experts sur le sujet», informe-t-elle. Une conférence sur le thème aura lieu en novembre, à Morges (VD). Elle sera destinée aux professionnels dont l’aide est indispensable pour détecter les victimes. Avec la participation d’ACT212, le Département de l’instruction publique bernois a par exemple délivré un rapport cet été et a mis en place une campagne d’information auprès des enseignants. Ils doivent être attentifs si l’élève est souvent absent, voit ses notes se dégrader, s’isole ou encore a soudainement beaucoup d’argent.

Créé: 02.11.2019, 20h38

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