Plastique, l’asphyxie planétaire

Alerte plastiqueLe plastique s’infiltre partout et contamine une grande partie de la chaîne alimentaire humaine.

On ne compte plus les animaux marins morts pour avoir avalé des morceaux de plastique flottant entre 
deux eaux.

On ne compte plus les animaux marins morts pour avoir avalé des morceaux de plastique flottant entre deux eaux. Image: Jonathan Minster, Paulo de Oliveira/Biosphoto/Keystone

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C’était il y a environ un an. Grâce à la puissance de diffusion d’internet et des réseaux sociaux, des images se mettent à tourner en boucle. Dans une courte vidéo, un plongeur se filme au large de Nusa Penida, une île de la province de Bali (Indonésie). Mais au lieu de nager entouré de poissons aux mille couleurs, de dauphins et autre tortues de mer, l’explorateur des fonds marins se retrouve piégé dans un banc de déchets dont la plupart en plastique. Tout autour de lui, ils flottent, au gré des courants, ingrédients répugnants d’une soupe mortelle pour une grande partie de la faune marine.

Ces images choc ont fait prendre conscience au monde de l’ampleur d’un désastre connu pourtant depuis des années. En 1997, les premiers amas de déchets étaient identifiés par l’océanographe américain Charles J. Moore dans le Pacifique Nord. «Des analyses de capsules de plancton ont pu mettre en évidence une augmentation globale de la concentration océanique en microplastiques des années 60 aux années 90», peut-on aussi lire dans un rapport établi par l’École polytechnique fédérale de Lausanne en 2014 sur mandat de l’Office fédéral de l’environnement. Même si l’on comprend en lisant l’étude que les connaissances scientifiques étaient alors encore limitées, tous les voyants étaient au rouge.

En Suisse, la consommation annuelle moyenne d’un citoyen est proche des 125 kilos, dont 45 rien que pour les emballages

Depuis plus d’une année, l’être humain a enfin sorti sa tête du sable. Et la confrontation avec la réalité s’avère particulièrement violente tant la planète étouffe sous des millions de tonnes de plastique. Longtemps considérée comme l’invention miracle du milieu du siècle passé, la matière artificielle s’est transformée en un fléau sur lequel l’homme n’a plus aucun contrôle. En un peu plus d’un demi-siècle, la production mondiale est passée de 2 à 350 millions de tonnes.

Rien qu’en Suisse, la consommation annuelle moyenne d’un citoyen est proche des 125 kilos, dont 45 rien que pour les emballages qui encombrent ses poubelles. À titre de comparaison, en 2018, un Suisse a dévoré 52 kilos de viande, 45 kilos de pommes de terre ou encore 10,3 kilos de chocolat.

Chaîne alimentaire humaine polluée

Au vu de l’ampleur prise par cette source de pollution, le plastique pourrait un jour être ajouté aux statistiques alimentaires nationales. Les recherches les plus récentes ont prouvé qu’une grande partie de la chaîne alimentaire humaine est contaminée. Des microparticules de plastique ont été identifiées dans plusieurs espèces de poissons et de fruits de mer dont l’homme raffole. Le monde maritime n’est de loin pas le seul touché, puisque de telles microfibres ont aussi été découvertes dans la bière, le miel, le sel de mer et surtout dans l’eau potable.

À la fin 2018, présentée lors d’un congrès de gastro-entérologie à Vienne, une toute première étude a confirmé ce que beaucoup redoutaient. Les chercheurs de l’Université de Vienne ont détecté la présence de microrésidus en plastique dans les selles d’humains habitant l’Europe, la Russie ainsi que le Japon.

Avec quelles conséquences pour la santé? Pour le moment les médecins l’ignorent et préfèrent répondre que des études supplémentaires seront «nécessaires» pour en déterminer la toxicité. En Chine, la multiplication constatée de cancers dans les endroits les plus pollués inquiète fortement la sphère médicale, car elle laisse penser que cette absorption de plastique (couplée à d’autres polluants de plus en plus répandus) n’est pas sans conséquence pour l’organisme humain.

Les Nations Unies en croisade

Au cours des derniers mois, alarmés, certains gouvernements ont démarré une véritable croisade contre le plastique et cela surtout dans sa version la plus polluante, celle à usage unique. «Nous sommes d’ores et déjà incapables de faire face à la quantité de déchets plastiques que nous produisons. Nous devons de toute urgence repenser la façon dont nous fabriquons, utilisons et gérons le plastique», estime les experts d’un rapport publié au mois de juin 2018 par l’ONU Environnement.

Le 15 mars 2019, les 170 pays membres de l’Assemblée de l’ONU pour l’environnement sont arrivés à un accord où ils s’engagent à s’attaquer, d’ici à 2030, aux dégâts dus à l’usage et à l’élimination non durables de produits en plastique. (Le Matin Dimanche)

Créé: 15.05.2019, 19h25

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