Malgré les plaintes, les pirates du porno continuent de sévir

EscroquerieLes arnaques au porno continuent. Pourtant, en 2014, la FRC avait porté plainte contre l’entreprise Obligo. Depuis lors, l’enquête piétine… «Le Matin Dimanche» s’est penché sur un business fructueux du porno sur mobile.

«J'ai envoyé des lettres, des e-mails, mais rien n'y fait. Je deviens folle», s'insurge Michelle*.

«J'ai envoyé des lettres, des e-mails, mais rien n'y fait. Je deviens folle», s'insurge Michelle*.

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Un soir d’octobre, Michelle* parcourt internet depuis son portable. Cliquant sans le vouloir sur une publicité mobile, elle se retrouve sur une page pornographique. À son insu, elle vient de contracter un abonnement. Quelques jours plus tard, elle reçoit une facture à la maison. Elle aurait souscrit un abonnement auprès de l’entreprise Yanadis. «J’ai envoyé des lettres, des e-mails, mais rien n’y fait. Je deviens folle», explique cette habitante de Delémont. Après une rapide recherche sur internet, elle décide de refuser de payer et contacte la Fédération romande des consommateurs (FRC).

Tous n’ont pas eu cette présence d’esprit. C’est le cas d’Alain, un retraité genevois. Après avoir été amené contre son gré sur un site pour adultes, il ferme la page. Trois jours plus tard, une femme avec un accent balkanique lui explique en allemand qu’il a conclu un abonnement de films pornographiques. Alors qu’il proteste, celle-ci le rassure. Il suffit de donner son adresse postale et l’abonnement sera annulé. Sans le savoir, Alain vient de tomber dans le panneau.

À peine une semaine plus tard, il reçoit une facture avec l’entête d’Obligo à la maison. Celle-ci lui indique qu’il a accepté un abonnement pour 89 fr. 90 auprès de Yanadis pour avoir visité des sites pornographiques. Après trois jours, celui-ci devient payant. De guerre lasse, il abandonne. «J’ai fini par payer parce qu’ils me menaçaient d’aller aux poursuites. Ce sont des méthodes de voyous!»

Ces affaires ne sont pas nouvelles: des milliers d’internautes sont tombés dans le piège. En 2014 déjà, la FRC dénonçait ces pratiques. À cette époque, Yanadis et Obligo s’appelaient alors respectivement Pulsira et PayPay. Valérie Muster, juriste à la FRC, met en perspective l’historique: «Lorsque nous avons reçu un grand nombre de témoignages qui racontaient tous les mêmes procédés au détail près, nous avons compris qu’il y avait un problème.»

Et la FRC d’empoigner le taureau par les cornes. Elle organise une rencontre avec les directeurs des sociétés concernées. Peu conciliants, les deux hommes nient toute forme d’arnaque et l’entrevue se solde par un échec. «Lorsqu’ils sont venus nous voir, les représentants d’Obligo ont eu le culot de nous dire que les clients mentaient. Ils ont ajouté qu’ils n’étaient qu’une caisse de facturation.»

Aussi, jugeant le procédé malhonnête, le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) et la FRC portent plainte le 6 mai 2014 pour une violation de la loi fédérale contre la concurrence déloyale.

Michelle* a reçu la facture ci-dessus «au nom de votre fournisseur de service», comme le précise la société Obligo dans l'intitulé de ladite facture. Ce genre de mésaventure est de plus en plus courante en Suisse romande, malgré le combat mené par la FRC, la Fédération romande des consommateurs. Photo: DR

Malgré le nombre de victimes, la justice progresse avec lenteur. Les responsables sont des anguilles, toutes basées en Suisse, et tout le monde se renvoie la balle. L’un d’eux, l’avocat Walter Hans Hunziker, a exercé un puissant lobby à Berne pour convaincre que la branche pouvait s’autoréguler. En décembre 2014, le procureur en charge classe l’affaire. La décision fait enrager Valérie Muster.

«C’était l’un des pires jours de ma vie professionnelle. Cette décision était incompréhensible au vu du nombre de témoignages que nous possédions.» Montant au créneau, le SECO amène d’autres preuves et de nouveaux témoins. De guerre lasse, le Ministère public de Schwytz rouvre le dossier. Cette fois encore, les efforts de la justice sont sujets à caution. Invoquant des raisons de proximité, seules 21 personnes sur les 64 plaintes seront entendues.

Probablement dépassé par l’ampleur de la tâche, le policier en charge de la brigade des délits économiques du canton de Schwytz, Matthias Ammann, remet en doute l’honnêteté des personnes portant plainte. «La plupart des témoins ont également admis plus ou moins ouvertement qu’ils ont été ou sont tombés sur des sites érotiques et qu’ils y ont fait quelque chose. Aucun témoin ne peut exclure de façon crédible et avec certitude que lui-même ou quelqu’un d’autre a suivi le processus décrit par l’accusé», écrit-il dans son rapport.

S’il est évident que certaines personnes portant plainte aient pu avoir menti, le rejet de l’ensemble des témoignages choque Valérie Muster. «Dire que tous les gens qui ont témoigné mentent est scandaleux! Le problème ne concerne pas leur consommation de pornographie mais bien l’abonnement forcé qu’ils ont conclu.»

Suivant son enquête le procureur de Schwytz, Patrick Fluri, a prononcé un classement en 2017. Peu convaincu par ses raisonnements, le SECO a fait recours. L’affaire est toujours devant les tribunaux. En parallèle les plaintes continuent d’affluer vers la FRC. Responsable de la protection des données du Valais, Sébastien Fanti documente les cas pour son canton. «Nous avons affaire à une galaxie d’escrocs dans cette affaire! Mais on dirait que les procureurs s’en fichent et le SECO dort.»

Peu reluisantes, ces affaires n’intéressent pas les procureurs fédéraux selon lui. «C’est le vrai problème en Suisse! Nous avons les statistiques, chaque jour, deux Valaisans se font arnaquer de la sorte. Cela ne peut plus continuer.»

*Nom connu de la rédaction (Le Matin Dimanche)

Créé: 05.01.2019, 22h27

Swisscom tarde à réagir

Si le principal opérateur téléphonique de Suisse a fait des efforts pour contenter ses clients qui se plaignaient de s’être fait avoir, il n’a pas renoncé à faire affaire avec la firme Doing ou ses partenaires historiques comme Televox. Et pour cause, lorsqu’il s’agit d’abonnements érotiques via SMS, les opérateurs perçoivent jusqu’à 40% des profits.

Le patron de Televox, un certain Philippe Gilomen, n’hésitait pas à utiliser les mêmes techniques que son collègue Hunziker en engageant un centre d’appels pour obtenir les adresses postales des clients. Ses employés se faisaient passer pour Swisscom ou la poste afin d’obtenir les adresses des clients et leur envoyer une facture salée. Des similarités qui n’étonnent pas Fabrizio, spécialiste informatique et membre de la branche.

«Toutes ces personnes sont liées. Ce sont les moutons noirs de notre profession. Ils ont utilisé une faille technique de Swisscom pour obtenir les numéros de téléphone des gens à partir de leur adresse IP. C’est comme cela qu’ils peuvent ensuite les retrouver et les harceler téléphoniquement jusqu’à ce qu’ils donnent leur adresse postale», explique-t-il. Une faille technique qui a été confirmée par Swisscom qui a envisagé de porter plainte contre Doing et Obligo, comme nous l’a confirmé leur porte-parole.

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