Un pasteur genevois en ligne pour de drôles de paroissiens

Quand il n’est pas en chaire à Genève, Marc Pernot dialogue avec des paroissiens anonymes via internet. Il a aussi consacré un site aux héros bibliques.

Au temple de Champel-Malagnou, le pasteur Marc Pernot emmène aussi son ordinateur portable.

Au temple de Champel-Malagnou, le pasteur Marc Pernot emmène aussi son ordinateur portable. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le pasteur Marc Pernot dialogue avec ses paroissiens dans sa chambre à coucher. Devant son Mac, il répond aux questions d’internautes anonymes, qui peuvent vivre à Genève comme au Congo. Ils sont un millier de francophones, chaque jour, à se retrouver sur le site jecherchedieu.ch depuis qu’il l’a lancé en octobre dernier.

«J’ai voulu créer un service internet qui reproduise la vie quotidienne d’une paroisse normale», explique cet ancien informaticien, pionnier de l’e-paroisse. C’est dans les années 90 qu’il a créé un premier site alors qu’il était pasteur dans le Gard, dans le sud de la France. «Au début, j’avais des moyens limités. C’était surtout du texte, les prédications du dimanche.» À Nancy, il ajoute l’audio à son site et inaugure une pastorale en ligne pour répondre aux interrogations de ces drôles de paroissiens. Puis, à Paris, il a réalisé ses premières vidéos de prédication.

Un culte vintage

Paroisse virtuelle? Non. Lui, préfère parler de paroisse en ligne. «Le virtuel, c’est factice. Or, les messages que je reçois sont authentiques. Les internautes parlent souvent avec leurs tripes… Le christianisme, c’est une religion de communication. Et internet, c’est une révolution aussi importante que l’imprimé, le livre, pour transmettre le message biblique.»

La prédication sur écran, cela a aussi donné les télé-évangélistes à l’américaine. Marc Pernot s’en défend. «Je ne fais pas de marketing. Il n’y a pas de fondu enchaîné, ni de fumée. Ce n’est pas une paroisse fun comme l’aiment les charismatiques», s’amuse le pasteur aux faux airs de Mister Bean. D’ailleurs, il confesse préférer «une forme de culte vintage, mais avec un fond progressiste».

Le contact humain direct, il le garde toutefois en célébrant le culte dans les temples de Champel-Malagnou et de Saint-Pierre surtout. À Genève, où il exerce depuis un an, l’Église lui a demandé de consacrer 20% de son temps à son e-paroisse. Quand il n’est pas en chaire ou devant son ordinateur, il fait de la formation théologique. Cet aspect de sa mission a aussi trouvé un débouché sur la Toile. Le site heros-bibliques.ch qu’il a construit fait de Noé, Rébecca ou Jésus, bien sûr, des directeurs de conscience. «Ceux qui commencent leur pratique religieuse en ligne ne tiennent pas deux ou trois ans avant de venir dans un lieu de prière communautaire.» Mais, observe-t-il, «la vie moderne, professionnelle, laisse peu de temps à la réflexion philosophique et théologique».

Les millennials en majorité

«Des gens de tous âges viennent sur le site, mais pour l’essentiel, ce sont des actifs, la génération des millennials. S’ils viennent, c’est sincère. Rien de les y oblige socialement. C’est un choix. Ils n’ont simplement pas le temps ou l’envie de se rendre dans un temple. Le dimanche matin, ils préfèrent le passer en famille. Alors ils se rendent sur le site. D’ailleurs, les pics de fréquentation, c’est entre midi et 14 heures et après 22 heures.»

Internet, c’est aussi un canal où l’injure, l’insulte, les préjugés, la violence se déversent tous les jours. Pas facile de parler concorde, ouverture et paix dans un pareil contexte. «C’est vrai, reconnaît le pasteur Pernot. C’est délicat de prôner l’ouverture, le dialogue, quand des propos haineux vous répondent. Mais ceux qui font ce genre de commentaires méritent quand même le respect», commence l’homme d’Église. Avant de se reprendre: «Si on laisse les messages haineux se propager sur la place publique, c’est gagné pour eux. Alors, j’ai décidé de supprimer ce genre de commentaires et de blacklister leurs auteurs. Mais je tente de dialoguer avec eux en messages privés.»

Dans certaines situations de détresse auxquelles il est confronté par message interposé, il n’hésite pas à conseiller à son e-paroissien d’aller voir un pasteur ou un prêtre près de chez lui. «Internet a aussi ses limites. Mais il donne à l’Église, une présence moins surplombante, désacralisée.» Le protestantisme s’y trouve sans doute à l’aise, permettant ce dialogue direct avec Dieu, dans sa réflexion personnelle, nourrie par les prières présentes sur le site, les prédications, les écritures et l’échange avec le bienveillant pasteur du numérique.

Créé: 14.09.2019, 22h58

Conférences sur les héros bibliques

Espace Fusterie, Place de la Fusterie, 1204 Genève

Tous les mardis à 12h30 jusqu'au 15 octobre.

Articles en relation

Le soir venu, les temples se transforment en lieux de sommeil

Précarité L’accueil de nuit des personnes sans-abri étoffe son dispositif, en lien avec l’Église protestante de Genève et l’Armée du salut notamment. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Mayor et Queloz reçoivent leur prix Nobel à Stockholm
Plus...