Pagani se faisait rembourser le moindre café

Les élus municipaux critiquent le manque d’éthique du conseiller administratif de la gauche dure.

Rémy Pagani est poursuivi pour gestion déloyale des intérêts publics.

Rémy Pagani est poursuivi pour gestion déloyale des intérêts publics. Image: Martial Trezzini/Keystone

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Une note de 8 francs dans un café de Plainpalais, une autre de 8 fr. 80 dans un établissement de la vieille ville ou encore une boisson à 3 fr. 10 lors du 1er Août fêté au Bénin. Les notes de frais de l’année dernière du conseiller administratif de la Ville de Genève Rémy Pagani, que «Le Matin Dimanche» a pu consulter, intriguent les élus municipaux. Pour ces derniers, ces petits montants n’auraient pas dû être pris en charge par la Ville. S’ils l’ont été, c’est parce que le magistrat aurait tendance à se faire rembourser tous ses frais, même les plus minimes. «Il se fait prendre en charge le moindre café, le moindre ticket de parking, ça ne va pas du tout», évoque ainsi un élu membre de la Commission des finances de la Ville.

Cette dernière s’est penchée sur les frais 2018 du Conseil administratif ces dernières semaines, dans le cadre de l’examen du budget. Une attention particulière a été accordée à ces remboursements après l’éclatement de l’affaire des notes de frais l’automne dernier. De graves abus avaient été dénoncés par la Cour des comptes, amenant par la suite la justice à poursuivre deux magistrats, Rémy Pagani et Guillaume Barazzone, et à entendre comme personnes appelées à donner des renseignements deux autres membres de l’Exécutif, Sami Kanaan et Esther Alder. Pour l’heure, la Commission des finances ne relève pas de scandale concernant les magistrats pour l’an dernier. Seul Rémy Pagani est pointé du doigt.

L’élu d’Ensemble à Gauche est d’autant plus visé que ces petits frais étaient censés être couverts par l’indemnité forfaitaire – qui a été supprimée dans le nouveau règlement établi à la suite de la polémique de cet automne. Les frais de représentation étaient indemnisés à hauteur de 7000 francs par an. «Ces petites dépenses auraient dû être comprises dans cette indemnité forfaitaire. C’est une question de responsabilité, estime le MCG Daniel Sormanni. Ne pas le faire, c’est vouloir le beurre et l’argent du beurre.» Rémy Pagani avait-il le droit à de tels remboursements? Oui, grâce à un ancien règlement qui restait vague sur le sujet et n’imposait pas de montant plancher. «On ne peut pas dire que de telles prises en charge étaient illégales, car rien ne définissait ce qui devait être compris par l’indemnité forfaitaire, confirme Isabelle Terrier, magistrate de la Cour des comptes genevoise. Au final, chacun faisait sa propre lecture de ce qu’il pouvait y inclure. Par exemple, pour certains, elle couvrait l’habillement et le coiffeur pour représenter convenablement le poste occupé.» L’instance de contrôle a donc préconisé de réguler l’indemnité avant que les élus municipaux ne la suppriment totalement. Aujour­d’hui, il ne reste que le remboursement des frais effectifs, mais aucun montant minimal n’a été fixé. Les contrôles ont toutefois été accrus, avec l’obligation de présenter des pièces pour chaque dépense.

Il serait près de ses sous

Si le conseiller administratif venu de la gauche de la gauche n’a, sur ce point, rien fait d’illégal, des questions d’éthique se posent. «S’il s’agissait de magistrats élus dans une petite commune, peu payés et sans indemnité forfaitaire, je pourrais comprendre, illustre le PLR Simon Brandt. Mais ils gagnent bien leur vie à la Ville de Genève.» Pour rappel, un conseiller administratif de la Cité de Calvin touche 252 682 francs par an, sans compter la prise en charge des frais et l’indemnité de maire.

Pour expliquer ces remboursements, d’aucuns pensent que Rémy Pagani serait près de ses sous. «On se rend compte qu’il a juste vécu pendant douze ans avec la carte de crédit de la Ville de Genève», critique un élu de gauche. «Je ne savais pas que Balthazar Picsou avait un oncle», réagit Simon Brandt, bédéphile. Les élus rappellent également les interventions du banquier privé Guy Demole pour aider le magistrat quand il a des ennuis. Le mécène a ainsi remboursé les 50 000 francs avancés par la Ville pour la création d’une fondation alors qu’une polémique faisait rage et a participé à financer un voyage en Colombie après avoir été sollicité par l’élu. Contacté, Rémy Pagani n’a pas répondu à nos sollicitations. (Le Matin Dimanche)

Créé: 09.06.2019, 09h35

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