Des orages toujours plus forts? Pas si sûr

Depuis trois ans, les orages records et dévastateurs se sont multipliés. Mais est-ce vraiment une tendance? Les statistiques, bien que partielles, ne sont pas aussi formelles.

Pour la troisième année d’affilée, de violents orages se sont abattus sur la Suisse.

Pour la troisième année d’affilée, de violents orages se sont abattus sur la Suisse. Image: Florian Cella

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21 juin 2019, Val-de-Ruz. Des orages monstrueux dévastent les villages et font une victime. Genève, une semaine plus tôt. Un front orageux accompagné de grêlons balaie le Léman et donne le tournis aux skippers du Bol d’or. Ces deux événements font suite à une année 2018 déjà extrême en la matière. Le 11 juin, il pleut 44 litres d’eau par mètre carré dans la capitale vaudoise en dix minutes, un record national. Le 6 août, Sion voit s’abattre la même quantité de pluie en à peine une demi-heure. Dans les deux cas, les dégâts se chiffrent en millions. Une année plus tôt, le 9 juillet 2017, c’est Zofingue (AG) qui voit sa zone industrielle subitement inondée.

Choquants et rapprochés, ces phénomènes donnent à penser qu’ils pourraient être un nouvel effet du réchauffement climatique et faire l’objet d’une tendance. En se fondant sur les dix épisodes les plus pluvieux sur une heure enregistrés par chacune des 18 stations météorologiques romandes de MétéoSuisse depuis 1981, la réalité est plus nuancée. Difficile, en effet, d’y déceler la moindre évolution du nombre, de l’intensité ou même de la localisation des orages violents.

2018, année exceptionnelle

Seul fait notable, le millésime 2018 fait figure d’exception. Les conditions, mêlant air froid en altitude et terre qui se réchauffe, étaient particulièrement favorables à l’activité orageuse en mai et en juin. On dénombre ainsi onze épisodes répertoriés en 2018 dont des valeurs records ou rarissimes en certains endroits comme à Sion (46,9 litres par mètre carré en une heure), Nyon (33,6), Cointrin (31,8) et évidemment Lausanne (44 litres en dix minutes). Il faut remonter à 1997 pour trouver autant d’orages violents répertoriés sur une seule année. Selon ces mêmes statistiques, c’est à La Chaux-de-Fonds qu’il avait le plus plu en une heure, le 25 août 2002, avec pas moins de 78,2 litres par mètre carré puis à Payerne le 22 août 1985 (60,4) et enfin à Neuchâtel le 28 août 1983 (59).

Pour les météorologues, la seule règle, c’est celle de l’extrême variabilité. «On ne peut pas parler de tendance. Des orages de ce type, il y en a toujours eu. La seule chose un peu inédite cette année, c’est qu’on assiste à plus d’orages dits de fronts ou d’instabilité qui s’étendent sur de grandes dimensions plutôt qu’à des orages de chaleur qui resteraient sur les crêtes», commente Frédéric Glassey, directeur de MeteoNews.

Données incomplètes

Ces statistiques doivent être prises avec des pincettes. Capturer l’orage, c’est tout un art. Ponctuels et très localisés, ils ne sont pas tous strictement repérés et encore moins systématiquement répertoriés. «Par exemple, avant le début des années 2010, le radar de la Plaine Morte n’était pas en fonction et de nombreuses cellules sur les Alpes passaient inaperçues. Aujourd’hui, on les détecte plutôt facilement; ce qui reste dans les statistiques, ce sont les données de précipitations», détaille Didier Ulrich, météorologue chez MétéoSuisse.

Et même avec des données comparables, tous les orages n’éclatent pas exactement au-dessus d’une station météorologique. De quoi fausser, dans un sens comme dans l’autre, les statistiques. L’orage record de Lausanne passe ainsi totalement inaperçu sur les dix événements les plus extrêmes de la station de mesure de Pully. Et s’il n’était pas tombé sur la ville mais au milieu du lac, il n’aurait existé ni dans les statistiques ni dans les mémoires.

Faute de tendance nette, tirons-nous des conclusions un peu trop rapidement? Frédéric Glassey appelle à garder la tête froide. «Plusieurs facteurs entrent en jeu. D’une part, l’urbanisation s’étend et, avec elle, le potentiel de dégâts car l’eau ruisselle davantage que par le passé, ce qui influe sur notre perception de l’intensité orageuse. Il y a aussi une quantité de pages sur les réseaux sociaux qui ne se focalisent que sur des événements extrêmes. Nous y sommes donc aussi beaucoup plus attentifs.»

Prudence pour le futur

D’un point de vue climatologique, l’effet du réchauffement est encore difficile à évaluer sur les orages locaux. Le document de référence pour les changements climatiques en Suisse à l’horizon 2050 reste d’ailleurs très prudent à ce sujet. Si l’on table sur une augmentation de 10 à 20% des précipitations dites extrêmes, ce ne sont pas les orages qui sont cités comme références. On y évoque plutôt les tempêtes hivernales ou les périodes de fortes intempéries causant des crues qui durent plusieurs jours. Cette tendance se vérifie déjà, puisque 153 des 178 stations de MétéoSuisse montrent une augmentation des cumuls journaliers entre 1901 et 2014.

«Cela s’applique effectivement à des événements de plus longue durée, mais en théorie les orages devraient prendre une direction comparable», souligne Martine Rebetez, professeur de climatologie à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut de recherche fédéral WSL. Elle renvoie pour cela à une règle de physique élémentaire. «Plus la température augmente, plus il y a d’énergie et d’humidité dans l’atmosphère. Pour chaque degré supplémentaire, 7% d’humidité en plus est disponible, donc la capacité à déclencher des événements extrêmes est renforcée. Mais, concernant les orages, cela reste très difficile à dire combien et comment.» D’ailleurs, les plus violents ne font pas tous immédiatement suite à une période de canicule. Il faudra donc plus de recul pour affirmer si ces phénomènes récents étaient annonciateurs, ou non, d’une tendance.

Créé: 06.07.2019, 23h00

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