L’offensive des spiritueux, bières et vins sans alcool

La façon de boire a évolué: moins souvent, mais mieux. Pour combler les trous ou donner le change, les produits désalcoolisés séduisent plus que jamais.

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Arrêter de fumer suscite dans l’entourage une sympathie, ou à tout le moins une bienveillante compréhension, mais il en va autrement lorsque l’on fait bande à part en matière d’alcool. Repas, apéro, soirées festives, autant d’occasions où il est difficile de faire «santé» avec un quart Perrier ou un pâle soda, dans le tintement des verres de vin, chopes de bière ou flûtes à cocktails. Or de plus en plus de gens renoncent totalement ou en partie à l’alcool, une tendance observée dans la plupart des pays, y compris la Suisse, où, selon l’Office fédéral de la statistique, l’on boit au quotidien deux fois moins qu’en 1992. Un changement de comportement qui déborde largement le traditionnel mois de janvier sans alcool…

Il devenait impérieux, note l’Anglais Ben Branson, de mettre au point «quelque chose à boire quand on ne boit pas». Il y a quatre ans, il sort de façon artisanale les 1000 premières bouteilles de sa marque Seedlip, un spiritueux sans alcool issu du mélange de diverses herbes qui s’apparente au gin, même s’il ne contient pas de baies de genévrier. Le succès est immédiat, plusieurs bars londoniens en font leur boisson amirale, il ouvre une boutique pop-up dans le célèbre magasin Selfridges, et sa marque est présente aujourd’hui dans 250 restaurants et 6000 bars à travers le monde, dont huit du top 10, comme le Dead Rabbit à New York ou The Savoy à Londres.

Si vous êtes curieux, vous le trouverez sur la plateforme Drink.ch, ou dans certains établissements tel que le Bottle Brother à Genève. «Nous l’avons mis à notre carte il y a une année et ça marche bien, explique le barman Cavalu Razvan. Il y a de plus en plus de demande pour des boissons sans alcool qui ne soient pas des jus de fruits ou des boissons gazeuses, raison pour laquelle nous adaptons certains grands classiques parmi les cocktails.»

Du côté du Black Sheep, toujours à Genève, son confrère Kevin Burnod a fait le même constat: «On sent clairement cette tendance, qui nous a poussés à créer l’an passé une petite sélection de faux spiritueux, afin de proposer par exemple une alternative au Spritz, à base de Crodino.»

L’industrie a senti la tendance

Les grands groupes ont flairé le filon, et dès 2016, le géant britannique Diageo (Guinness, Gordon’s, Captain Morgan, Smirnoff, Johnnie Walker, notamment) s’offre une participation minoritaire au capital de Speedlip, avant d’en prendre le contrôle en août dernier. Pernod Ricard n’est pas en reste, lui qui vient de conclure un partenariat avec les Suédois de Ceder’s, qui ont élaboré un gin sans alcool.

«Contrairement à un gin classique, chaque ingrédient est distillé séparément, avant le mélange final, explique Emmanuel Vouin, responsable des relations de presse du groupe français. Pour les spiritueux, il faut préciser qu’on n’est jamais à 100% sans alcool, c’est techniquement impossible, mais il est obligatoire d’être à moins de 0,5%.»

Pernod Ricard a, dans un premier temps, testé le Ceder’s durant un an en Grande-Bretagne, «le plus grand marché de gin du monde». Si cela passe outre-Manche, cela passera partout, pourrait-on dire. Car les mentalités changent, y compris dans les bastions les plus fortifiés des contrées qui ont accouché des happy hours, comme en témoigne le succès du Virgin Mary, premier pub entièrement sans alcool ouvert il y a un an à Dublin.

Depuis le 1er janvier, le Ceder’s est distribué sur douze marchés, dont la Grande-Bretagne, l’Afrique du Sud, les États-Unis, Hong Kong ou l’Autriche. «La Suisse n’est pas envisagée pour l’instant», concède Emmanuel Vouin, mais certaines enseignes le proposent dans leur assortiment, à l’instar de Globus.

«Nous avons aussi les produits de la marque anglaise Stryyk, qui commercialise des gins, whiskies et rhums sans alcool, ainsi que le Seedlip depuis ses débuts il y a quatre ans», précise la porte-parole Marcela Palek. Coop dispose pour sa part du gin Wonderleaf, distillat d’herbes et d’épices sans alcool ni sucre, ainsi que du pastis sans alcool Pastisade. «La demande pour des boissons sans alcool croît fortement, le nombre de produits s’est multiplié et nous élargissons régulièrement notre assortiment», précise Andrea Bergmann, responsable du service médias.

En ce qui concerne des boissons premium, comme le Ceder’s par exemple, les nouveaux modes de consommation, davantage axés sur la santé, touchent «en priorité les millennials», observe Emmanuel Vouin. «Mais attention, ces marques ne remplacent pas les spiritueux alcoolisés. Ils les complètent.» Au premier rang figurent les bières sans alcool, avec une diversité de références et un saut qualitatif qui tranchent avec les Moussy et autres Tourtel, pionnières des années 80.

«Nous vendons beaucoup plus de bière non alcoolisée, avec une progression de 15% en 2018, confirme Esin Celiksüngü, en charge de la communication chez Feldschlösschen. Notre gamme s’est étoffée en 2018 avec la Feldschlösschen Sans Alcool Blanche, et notre portefeuille comprend également la Bilz Panaché, très populaire depuis des années.»

Un problème de taille pour les vins

Aux côtés des craft et des fruitées, la bière sans alcool est devenue l’un des segments les plus dynamiques du secteur. Carlsberg cartonne toujours avec la Tourtel Twist, mais l’éventail s’est élargi grâce à des spécialités comme la 1664 sans alcool ou la Kronenbourg Pur Malt. Le géant AB Inbev prévoit que 25% de ses ventes seront constituées de bières sans alcool en 2025, contre 8% aujourd’hui.

Même les vins commencent à afficher des étiquettes «sans alcool», ou plus précisément «désalcoolisés», à l’image du Natureo espagnol disponible chez Coop. Mais ils se heurtent à un problème de taille, note François Montet, vigneron-encaveur à Blonay (VD) et président de la Fédération vaudoise des vignerons: «L’alcool est le support de l’arôme, et ces vins désalcoolisés ne supportent pas la comparaison.» Mieux vaut, conclut-il, boire «bon à très bon, mais avec intelligence».

Créé: 14.01.2020, 13h29

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