Les objets connectés permettent de pincer les criminels

Enceintes intelligentes et autres traqueurs d’activité sont aujourd’hui les nouveaux alliés de la police. Grâce à leurs données collectées, ils sont de plus en plus capables d’aider à résoudre des crimes.

Ordinateurs, portables, montres ou réfrigérateurs «intelligents» sont tous des mouchards en puissance.

Ordinateurs, portables, montres ou réfrigérateurs «intelligents» sont tous des mouchards en puissance. Image: Getty Images

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Ils sont capables de tout, ces objets connectés: de nous renseigner sur notre forme physique, de gérer nos agendas, nos itinéraires, on les interpelle pour leur demander de trouver un restaurant… et aident maintenant à résoudre des crimes!

Car en réalité, ce sont de redoutables mouchards. Ils enregistrent nos moindres faits et gestes, aussi bien dans le temps que dans l’espace, et la police les trouvent de plus en plus utiles pour élucider des affaires criminelles. Une montre connectée vient encore de confondre un certain Mark Fellows, condamné la semaine passée à la prison à perpétuité pour l’assassinat de deux gangsters, l’un en 2015, l’autre l’année passée.

Ce tueur à gages de la banlieue de Manchester pensait avoir tout prévu, y compris se déplacer à vélo pour échapper aux systèmes de reconnaissance automatique des plaques minéralogiques et communiquer avec son complice par téléphone crypté. Tout, sauf la gestion de ses données personnelles. Le malfrat était en effet adepte de jogging et n’avait pas réalisé que sa montre connectée, une Garmin Forerunner 10, gardait le détail du moindre de ses déplacements: dates, durées et vitesse.

Suivi minute par minute

En examinant les données de celle-ci, les enquêteurs ont ainsi découvert que deux mois avant le premier meurtre, la montre avait notamment enregistré une activité de 35 minutes débutant au domicile du meurtrier pour se diriger, à environ 19 km/h – un déplacement à vélo, en ont déduit les inspecteurs – jusqu’à un terrain vague près du domicile de la première victime.

La vitesse passait alors à 3 km/h – on imagine Mark Fellows laisser son vélo pour se mettre à marcher –, s’arrêtait totalement pendant près de 8 minutes avant que le signal ne revienne à son point de départ.

«Effectivement, ces objets constituent de plus en plus des pièces à conviction et peuvent contenir des informations dans le cadre d’une affaire criminelle, confirme le capitaine Patrick Ghion, responsable de la section forensique de la police judiciaire de Genève. Mais dans une affaire, c’est avant tout un faisceau d’indices que nous recherchons. Et ces objets n’en constituent qu’un des éléments. Dans le cas du tueur à gages, ces données prouvent que la montre était sur place, pas lui.»

Genève à la pointe de l’extraction des données

L’Université Harvard s’est d’ailleurs penchée sur le sujet en énumérant les objets connectés susceptibles d’aider la police à disculper ou incriminer un suspect. Et la liste est longue entre les enceintes intelligentes, les ampoules, brosses à dents, jouets, sex-toys ou autres frigos. Reste que leur usage dans le cadre d’une enquête n’est pas encore systématique car il dépend encore beaucoup des ressources à disposition, tant matérielles qu’humaines, et de la mise à jour des techniques permettant l’extraction de données.

«À Genève, continue le capitaine Patrick Ghion, on a la chance d’avoir bénéficié en 2016 d’un budget de 1 200 000 francs nous permettant, sur trois ans, de développer et professionnaliser la brigade de criminalité informatique. Un domaine où il est très difficile de rester à jour.

Confondu grâce à sa montre connectée, Mark Fellows a été condamné la semaine passée à la prison à perpétuité pour l’assassinat de deux gangsters. Photo: DR

Les policiers sont ainsi formés annuellement à travers des cours très pointus, surtout aux États-Unis, mais aussi en Suède, en Irlande ou en Suisse. C’est un métier où l’on ne se repose pas sur ses lauriers, les techniques apprises devenant très vite obsolètes, nécessitant même parfois d’apprendre du jour au lendemain tout leur contraire.»

Du côté des utilisateurs, il faudra désormais faire avec: en cas de délit, ces objets pourront très bien se retourner contre eux.

«Dans le cas de la présomption d’innocence, on ne peut pas contraindre quelqu’un à déverrouiller son objet connecté, nous explique François Charlet, juriste valaisan spécialisé en criminalité et sécurité des technologies. Mais la police peut tout à fait tenter de casser le chiffrement pour accéder aux données. Et si celles-ci ne sont pas stockées sur l’appareil mais dans le cloud, chez l’un des géants du Net, elle pourra demander l’entraide internationale et parviendra certainement à accéder aux informations.»

En Grande-Bretagne, on voit toutefois déjà plus loin que les objets connectés. La police mise en effet maintenant sur l’intelligence artificielle pour les aider à «prédire» les crimes, un peu à la manière du film de Steven Spielberg «Minority Report», avec une technologie basée sur la reconnaissance faciale mais aussi pour détecter des comportements suspects.

«C’est ce vœu pieux d’un ordinateur à qui l’on fournit des données et nous sort «ce soir, à 22 h, il y aura un cambriolage à cette adresse», continue Patrick Ghion. L’intelligence artificielle est un thème incontournable mais je ne suis pas sûr qu’on en soit déjà là. C’est toutefois un domaine qui va évoluer au cours de ces prochaines années et on l’intègre déjà dans l’analyse des données. Notamment dans le domaine de la pédopornographie où elle nous permet de mettre en évidence certains fichiers illégaux et d’accélérer le traitement d’un support numérique.»

La police n’est pas à l’abri non plus

Mais attention au vieux principe de l’arroseur arrosé: il ne manquerait plus que les objets connectés se retournent contre les forces de l’ordre… En décembre dernier, la police de Bâle-Ville recevait ses sept Tesla X 100D flambant neuves censées montrer l’exemple en matière de mobilité écologique. Des voitures électriques surtout hyperconnectées, bardées de capteurs, caméras et micros en tous genres.

Le préposé à la protection des données, Beat Rudin, avait alors recommandé que ces véhicules restent au garage, rendant attentive la police au fait qu’aussi bien les paroles échangées entre ses agents dans l’habitacle que les détails de leurs déplacements étaient susceptibles d’être recueillis par le constructeur américain.

Aux dernières nouvelles, les Tesla devraient finalement entrer en fonction comme prévu au printemps prochain, les autorités espérant pouvoir régler d’ici là les problèmes relatifs à la protection des données… (Le Matin Dimanche)

Créé: 06.02.2019, 11h00

Deux cas d'objets connectés ayant permis de confondre des criminels

Aux États-Unis, en septembre dernier, Karen Navarra est retrouvée morte, le corps lacéré de coups de couteau. La police soupçonne son beau-père, 92 ans. Celui-ci leur raconte que le jour de sa mort, il lui a effectivement rendu visite, mais qu’elle allait très bien lorsqu’il est reparti.

Une version contredite par le bracelet connecté de la victime, puisque celui-ci avait révélé un rythme cardiaque augmentant brusquement avant de s’arrêter définitivement à l’heure où les caméras de surveillance montraient la voiture du beau-père encore parquée devant la maison.

En 2015, Connie Debate trouvait la mort, abattue par un cambrioleur s’étant introduit dans leur maison, clamait son mari. Sauf que le bracelet Fitbit de la jeune femme contestait radicalement ce témoignage, puisque l’engin la donnait notamment encore en vie une heure après le moment de son décès annoncé par son mari. De quoi faire de celui-ci le suspect numéro un.

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