Noël blanc est-il un mythe?

NeigeNous sommes tous saisis par la nostalgie des Noëls enneigés. Mais nos souvenirs sont-ils sûrs? Les données des trente dernières années disent autre chose.

Pour trouver une hausse de la fréquence des Noëls blancs, il faut remonter plus de quarante ans en arrière.

Pour trouver une hausse de la fréquence des Noëls blancs, il faut remonter plus de quarante ans en arrière. Image: Adie Bush/Planpicture

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Ce Noël, beaucoup des vacanciers à la montagne peuvent faire bronzette sur une terrasse. Après un épisode de pluies presque tropicales, les fêtes de fin d’année riment en effet avec soleil en montagne et stratus en plaine. Le 27 décembre, il faisait ainsi jusqu’à 9 °C sur le Moléson, 7 à 8 °C sur les crêtes du Jura et seulement 0 °C à Lausanne, dans un système anticyclonique qui devrait durer jusqu’à début janvier.

Ce phénomène météorologique d’inversion de température se nomme désormais «Hugo». En plaine, on est donc bien loin du Noël blanc tant espéré. Alors que beaucoup évoquent avec nostalgie les Noëls enneigés de leur enfance, les données des trente dernières années remettent en doute cette image d’Épinal.

«Le Matin Dimanche» a compilé les données de MétéoSuisse pour trois stations de mesures en plaine, en basse et en moyenne montagne. Pour Lausanne, La Chaux-de-Fonds et le Moléson, la moyenne des températures et le cumul des précipitations pour la période du 24 au 31 décembre de ces trente dernières années a été calculé. Tout d’abord, on constate que ces deux paramètres varient énormément d’une année à l’autre, en raison de la faible étendue de la période étudiée, qui n’est pas représentative de toute la saison.

Cependant, on constate que les Noëls chauds ne sont pas nouveaux. Ainsi, il faisait par exemple en moyenne 5 °C à Lausanne en 1990 et 4,2 °C en 1994. Même à La Chaux-de-Fonds, à 1017 mètres d’altitude, il faisait 5,3 °C en 2002. Et au sommet du Moléson, à 1974 mètres, la seconde température la plus chaude de ces trente dernières années remonte à 1988, avec 2,9 degrés. Évidemment, cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas de neige au sol, issue de précipitations antérieures, mais on est quand même loin du Noël boréal fantasmé.

L’exception des Noëls enneigés

Vincent Devantay, météorologue à MeteoNews, confirme que le Noël blanc en plaine tient plus de l’exception que de la règle.

«Au bord du Léman, il n’y a que 10 à 15% de Noëls blancs. Ce chiffre monte à 15 à 25% sur le Plateau. Les gens croient que l’hiver suisse rime toujours avec froid et neige, mais ce n’est pas la réalité climatique.» Le météorologue ne s’émeut d’ailleurs guère de cet état de fait: «Les températures douces et la pluie sont bénéfiques pour la nature, car elles permettent aux nappes phréatiques de se remplir entre novembre et mars.» Suite à la sécheresse qui a touché la Suisse cet été et cet automne, difficile de lui donner tort.

Un autre indicateur des Noëls blancs peut être la date des premières chutes de neige. Mais là encore, il ne semble pas qu’elles interviennent plus tard, si l’on se réfère à un article de MétéoSuisse sur la question. On voit plutôt que la date de la première chute de neige varie là aussi énormément d’une année à l’autre, sans tendance claire. Pendant l’hiver 1934-1935, par exemple, la première chute de neige à Genève n’est arrivée qu’en janvier, et il en va de même environ tous les dix ans. À l’inverse, pendant la saison 2013-2014, la première neige est tombée en novembre déjà sur la Cité de Calvin.

L’article détaille: «En raison du réchauffement climatique, la date de la première neige devrait être de plus en plus tardive. Or, avec les données originales à disposition, cette tendance ne se dégage pas.»

Selon Martine Rebetez, professeure de climatologie à l’Université de Neuchâtel et chercheuse à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage, ces statistiques autour des Noëls blancs et autres premières neiges ne sont pas représentatives de la réalité: «Sur quelques jours de données, il est impossible de tirer des conclusions solides. C’est un phénomène trop rare. De plus, le climat est tellement variable chez nous qu’il est difficile de comparer une année à l’autre.»

Les hivers raccourcissent

Si la neige pendant les Fêtes est tout aussi présente, la tendance générale, elle, est bien au réchauffement. Comme les autres saisons, les hivers sont plus doux de 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle. La Suisse est plus durement touchée que le reste du monde, qui a subi en moyenne un réchauffement de 1 °C. Ainsi, si les chutes de neige ne sont pas forcément moins fréquentes à Noël, l’augmentation de la température au sol la fait fondre plus rapidement. Là où le sol tendait à rester blanc plus longtemps, le gris maussade des pavés reprend désormais plus rapidement ses droits.

Une étude de l’Université de Neuchâtel parue en 2016 montre qu’à toutes les altitudes, il y a environ 40 jours d’enneigement en moins. Alors qu’il y avait en plaine environ 60 jours d’enneigement au XXe siècle, il n’y en a désormais plus qu’une vingtaine. Martine Rebetez, auteure de l’étude, détaille: «Jusque dans les années 80, il y avait régulièrement de la neige au sol à Noël en plaine, et systématiquement à partir de 1500 mètres.»

Pour trouver une hausse de la fréquence des Noëls blancs, il semble donc qu’il faille remonter plus de quarante ans en arrière. Martine Rebetez relève encore un chiffre avancé dans son étude: «L’enneigement remonte de 100 mètres tous les 10 ans. Cela signifie que la quantité et la fréquence des chutes de neige à 1000 mètres d’altitude aujourd’hui se retrouveront à 1100 mètres dans 10 ans.» Si vous rêvez encore d’un Noël blanc assuré, mieux vaut donc monter assez haut… (Le Matin Dimanche)

Créé: 29.12.2018, 22h24

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