Nathalie Fontanet veut accélérer la parité dans les conseils d’administration

Le Matin Dimanche La patronne genevoise des Finances et des Ressources humaines croit aux mesures ciblées pour que les femmes ne soient plus ultraminoritaires dans les sphères dirigeantes.

Nathalie Fontanet encourage les femmes à moins douter d'elles-mêmes.

Nathalie Fontanet encourage les femmes à moins douter d'elles-mêmes. Image: Laurent Guiraud

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Alors qu’elles forment plus de la moitié de la population, les femmes sont encore et toujours ultraminoritaires dans les sphères dirigeantes. Et notamment dans les conseils d’administration des régies publiques genevoises où elles ne représentent que 23% de leurs membres. Or le Grand Conseil semble vouloir prendre ses responsabilités pour lutter contre cette forte sous-représentation. Les députés viennent, en effet, de voter une motion et une résolution poussant le Conseil d’État, mais aussi les partis siégeant au parlement, à remédier à cette disparité. Les deux textes – majoritairement signés par des élus de gauche et des PDC – invitent l’Exécutif et le Législatif à tout mettre en œuvre afin d’atteindre au plus vite une représentation de 50% de femmes dans les conseils d’administration et de fondation des établissements de droit public. Et, pour ce faire, à présenter autant de femmes que d’hommes à chaque nomination d’un nouveau membre.

Cette ambition ravit Nathalie Fontanet, conseillère d’État genevoise responsable des Finances et des Ressources humaines (DF). Cela alors même que son parti PLR, allié au MCG et à l’UDC, a refusé ces deux propositions. «J’en ai assez de cette rengaine qui dit «pas de quotas, mais des compétences»! Il n’y a aucune raison de vouloir opposer parité et compétences.» Plus que les quotas en tant que tels, la magistrate croit aux mesures ciblées et efficaces pour accélérer la parité: «Des bases réglementaires sont nécessaires.» La motion et la résolution vont dans ce sens, selon elle: «Présenter autant de femmes que d’hommes à chaque fois qu’un nouveau membre doit être nommé dans un conseil permet de faire des choix de façon partagée. C’est déjà un premier pas…»

«Au plus tôt dans quarante ans»

«Ces votes tombent à point nommé, puisque les 35 établissements de droit public genevois ont jusqu’à fin novembre pour revoir la composition de leurs instances dirigeantes», notent les Verts dans un communiqué. Le délai risque toutefois d’être court pour chambouler les candidatures en cours, «mais nous aurons une bonne marge pour intégrer cette notion de présentation équitable d’hommes et de femmes dans les prochains remplacements de membres arrivant en fin de mandat», estime Nathalie Fontanet.

Il n’y a pas de temps à perdre, avertit la PLR: «Une récente étude de l’Union européenne montre que, sans mesures ciblées et efficaces, l’égalité approximative entre hommes et femmes dans les conseils d’administration sera atteinte au plus tôt dans quarante ans! Nous n’avons pas encore quarante ans à perdre.» D’une manière générale, le Conseil d’État souhaite nommer plus de femmes, avance-t-elle encore: «Depuis mon arrivée au DF, j’essaie de le faire chaque fois que c’est possible. Je veux vraiment porter ce dossier de l’égalité, qui me tient particulièrement à cœur. Durant mon parcours professionnel et politique, j’ai pu constater combien il restait de chemin à parcourir. Raison pour laquelle j’ai demandé de prendre le Bureau de la promotion de l’égalité entre femmes et hommes et de prévention des violences domestiques (BPEV) dans mon département.» Elle encourage aussi les femmes «à moins douter et à davantage oser se lancer. Une récente étude sur les offres d’emploi, réalisée aux États-Unis, relève que les femmes ne postulent pas si elles n’ont pas 80% des qualités prérequises alors que les hommes se contentent d’en posséder 30%.»

Défavorable aux toutes fraîches motion et résolution, le MCG Christian Flury a, lui, relevé, dans son rapport de minorité, que l’audition du BPEV avait permis de rappeler que le canton de Genève se situait dans la moyenne en matière de représentativité féminine. Au niveau national, les femmes constituent 17% de la composition des conseils d’administration. Et l’évolution s’effectue à un rythme d’escargot! «On est passé de 14,8% à 16,8% entre 2008 et 2018», précise Nathalie Fontanet. Prenant l’exemple de la Suède, souvent citée comme bon élève sur les questions d’égalité, Christian Flury préconise une augmentation progressive en fixant un premier seuil réalisable à 40%: «Les 50% restent encore du domaine du vœu pieux.» Nathalie Fontanet ne s’accroche pas à ce 50%, «qui ne peut se décréter du jour au lendemain. Mais il faut tendre au plus vite vers cette parité.»

Durant les travaux en commission, un député socialiste – parti très pro-égalité – s’est demandé pourquoi un projet de loi, plus contraignant, n’avait pas été déposé pour fixer cette parité à 50%. La première signataire des deux textes, la Verte Delphine Klopfenstein Broggini, défend la plus grande rapidité de traitement d’une motion et d’une résolution pour faire avancer les choses.

Bientôt une formation

Directrice du BPEV, Colette Fry a profité de l’occasion pour informer les députés qu’il était prévu, courant 2019, de mettre sur pied une formation pour les femmes qui aimeraient entrer dans des conseils d’administration. Et Nathalie Fontanet de noter que la sous-représentation féminine dans les organes de direction ne touche pas que les instances publiques: «Dans les 100 plus grandes entreprises suisses, on est passée de 6% à 8% de femmes entre 2016 et 2017.»

À l’occasion de l’événement «Libérez vos idées: semaine de l’entrepreneuriat», dans le cadre du Projet Interrégional Laboratoire de l’Égalité – PILE, porté par l’Université de Franche-Comté et l’Université de Genève, le Service égalité d’UNIGE organise, ce mardi*, une table ronde intitulée «Recruter sans biais de genre».

*Le 13 novembre, Uni Mail, salle MR170, à 12 h 15.

Créé: 11.11.2018, 15h06

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