Le moustique tigre est parmi nous

Profitant du changement climatique et de notre mobilité, l'insecte potentiellement porteur de maladies arrive en Suisse romande.

Contrairement à «nos» moustiques, celui venu d’Asie est un insecte diurne. Il doit donc piquer ses proies très vite.

Contrairement à «nos» moustiques, celui venu d’Asie est un insecte diurne. Il doit donc piquer ses proies très vite. Image: iStock

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Inexorablement, il se rapproche. Il aura pris son temps, mais le fameux moustique tigre toque désormais à la porte de la Suisse romande. Dans le nord de l’Italie, comme dans la moitié sud de la France, il s’est déjà installé depuis longtemps, provoquant à quelques occasions des micro-flambées de fièvre dengue, pour l’heure rapidement maîtrisées. Au Tessin, on vit avec lui depuis 2003.

Tunnel du Gothard aidant, il a déjà été aperçu à quelques reprises le long des axes autoroutiers helvétiques au nord des Alpes depuis 2013. Bref, comme le résumait le professeur Daniel Chérix dans «La Revue médicale suisse» en mai dernier, «sa progression continue et il atteindra la Suisse romande prochainement».

En vérité, il pourrait même être déjà en train de se balader subrepticement dans la région genevoise – de nouveaux «pièges» vont être posés dans le courant de l’année afin de le vérifier – et il a déjà été attrapé au moins une fois – en 2017 – au restoroute Rose de la Broye, le long de l’autoroute A1. Sinon, il se fait plutôt discret de ce côté de la Sarine.

Originaire du Sud-Est asiatique, il faut dire qu’on lui a rendu le voyage facile. Le changement climatique, d’abord, lui permet de se développer toujours plus rapidement, avec des périodes de répit toujours plus courtes. Et lui qui n’aime pas parcourir de longues distances – paresseux, il se déplace de 200 mètres maximum par ses propres moyens – a su profiter de notre bougeotte. Via le transport maritime, il s’est d’abord implanté aux alentours de certains ports européens. Puis il est monté à bord de camions, se disséminant peu à peu dans les terres, le long des grands axes routiers.

Pas de contamination connue

«On a longtemps pensé que Genève serait le deuxième endroit après le Tessin où il s’installerait en Suisse», résume Pie Müller, de l’Institut tropical suisse, qui coordonne la surveillance de cet insecte envahissant. Mais faute de pièges en suffisance, personne ne peut aujourd’hui le confirmer. En revanche, il a été trouvé à Zurich, notamment à la gare routière, proche de la gare CFF, ainsi qu’en plusieurs endroits à Bâle.

«Au niveau bâlois, on veut d’un côté ne pas créer la panique, car il n’y a pas eu un seul cas de transmission de maladie en Suisse à cause du moustique tigre, mais aussi sensibiliser les gens au problème afin qu’ils prennent des mesures», explique encore Pie Müller.

Outre une page ad hoc sur le site internet du médecin cantonal bâlois, un flyer a été distribué aux ménages habitant dans la zone où le moustique a été repéré. On y apprend ainsi comment rendre l’environnement moins attrayant à ses yeux, par exemple en supprimant toutes les petites surfaces d’eau stagnante autour de chez soi pour qu’il ne puisse plus y déposer ses œufs (lire encadré), ou comment le différencier des autres moustiques, afin d’éviter les «faux positifs».

On y rappelle aussi l’importance de ne pas faire l’amalgame entre la petite bête et les maladies fort déplaisantes dont il est potentiellement le vecteur, principalement la dengue, le chikungunya et le zika. Trois maladies pour lesquelles il n’existe pour l’heure aucun vaccin efficace.

Mais il faut le rappeler, les moustiques tigres nés en Suisse n’ont jusqu’ici contaminé personne. Même pas au Tessin, alors qu’il y sont présents depuis seize ans. Il faudrait qu’un touriste se rende en Inde ou à la Réunion, s’y fasse piquer par un moustique porteur du virus, rentre en Suisse et se fasse ensuite piquer par un moustique tigre autochtone qui irait piquer d’autres personnes et les contamine pour qu’un tel cas de figure se présente.

Hautement improbable aujourd’hui, au vu de la population de moustiques tigres helvétiques. Mais il reste nécessaire de tout faire pour connaître les positions de l’ennemi et éviter sa propagation incontrôlée, le cas échéant.

«Si on se fait piquer ici, il ne faut pas paniquer, la probabilité de tomber malade est extrêmement faible, tient d’abord à avertir Blaise Genton, médecin et co-chef de département à Unisanté, le Centre universitaire de médecine générale et de santé publique à Lausanne. Jusqu’ici, tous les cas que nous avons rencontrés ont été contractés à l’étranger, contrairement à ce qui s’est passé en Italie, dans le sud de la France ou à Madère pour la dengue.»

Jusqu’ici, tout va bien donc. «Le moustique-tigre se multiplie à des températures de 25 à 29 degrés, c’est pourquoi le réchauffement climatique n’est vraiment pas notre allié, poursuit l’expert. Sa répartition géographique devrait donc vraisemblablement continuer à s’étendre.» Et, cerise sur le gâteau, ses œufs supportent très bien l’hiver…

«Mais un système de surveillance est en place, et si une épidémie devait se développer, des mesures d’urgence entreraient en vigueur», rappelle encore le médecin. Le dernier rapport de monitoring de la situation en Suisse, élaboré sous l’égide de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), ne dit pas autre chose: Aedes albopictus se plaît toujours plus en Suisse.

Cinquante pièges se révélés positifs aux œufs du moustique tigre en 2017 (sur un total de 894 pièges, soit 5,6%, tout de même le double de l’année précédente). Basil Gerber, grand coordinateur dudit rapport au sein de la section biotechnologie de l’OFEV, se veut toutefois rassurant, car a contrario, «il n’y a pas de moustiques tigres dans la plupart des régions de Suisse». C.Q.F.D.

L’habitat urbain lui rappelle la jungle

Mais pour vaincre son ennemi et empêcher son expansion, il faut d’abord bien le (re)connaître. Plus dodu et plus agressif que son congénère local, le moustique tigre se reconnaît surtout à ses rayures noires et blanches qui lui valent son nom. Son autre spécificité, plus vicieuse: il est actif en journée, quand les gens sont dehors, vaquant à leurs occupations. «En plus, le moustique tigre adore l’habitat urbain, qui ressemble pour lui un peu à une forêt vierge, avec en plus des gens partout qu’il peut piquer», assène Pie Müller.

Et l’énergumène est rapide: comme ses proies sont réveillées, il a appris à les piquer plus vite que ses pairs nocturnes. «Du coup, ils peuvent tout à fait piquer des gens en série, et sont donc considérés comme très agressifs.» Vous voilà prévenus: même si ses piqûres restent – pour l’heure – anodines, il vaut toujours la peine d’éviter les occasions de rencontres.

Créé: 22.06.2019, 17h05

Profitant du changement climatique et de notre mobilité, « Aedes albopictus» étend son territoire.

Éviter de se faire piquer

D’abord, se rappeler que le moustique tigre «local» n’a encore transmis aucune maladie. «Pour l’heure, c’est plutôt votre inconfort qui va déterminer ce que vous allez faire», précise le docteur Blaise Genton.

- La solution la plus efficace: utiliser un produit répulsif certifié. Pour ceux qui préfèrent éviter des cocktails trop chimiques, certaines huiles essentielles (citronnelle, géranium rosat) ont la capacité d’éloigner les insectes durant un certain laps de temps. Demander conseil à un spécialiste.

- Porter des vêtements amples et longs. Afin de laisser le moins de peau possible à l’air libre. Astuce supplémentaire des voyageurs au long cours: opter pour des couleurs claires. Il sera plus facile d’y repérer un moustique, et un mythe bien ancré voudrait que les couleurs sombres attirent davantage la petite bête.

- Aménager son habitat. Dans les régions où le moustique tigre s’est déjà installé, la pose de moustiquaires amovibles aux fenêtres est une solution radicale. Plus simple et moins cher, le groupe de travail cantonal tessinois sur le moustique tigre (GLZ) évoque aussi le pouvoir répulsif de certaines plantes, comme la lavande ou les géraniums.

- Utiliser des diffuseurs d’insecticides, pour intérieur comme pour l’extérieur. Un appareil électrique à brancher sur la prise à l’intérieur, une spirale à brûler ou une bougie à la citronnelle à l’extérieur permettront de garder les moustiques à l’écart.

- En France, le Ministère de la santé évoque, dans un petit fascicule, la possibilité pour les bébés de dormir sous une moustiquaire, encore plus efficace si elle est imprégnée.

- Les appareils à ultrasons tout comme les pièges à moustiques adultes ne sont, selon le site du GLZ, ni bon marché ni efficaces.

Éviter sa propagation

- Éliminer les endroits où l’eau peut stagner. Il y en a toujours plus qu’on ne croit. Vases vides, pneus, petites flaques ici et là…

- Changer l’eau des plantes régulièrement, afin de ne pas laisser le temps aux œufs de moustiques de se développer.

- Couvrir les réservoirs d’eau, comme les récupérateurs d’eau de pluie.

- Vérifier l’écoulement des gouttières et des caniveaux, pour s’assurer que des feuilles mortes ne les ont pas bouchés.

- De manière générale, élaguer les arbres et les haies, ramasser les fruits tombés et réduire les sources d’humidité permet de réduire la population de moustiques adultes.

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