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Un médecin qui gagne un million avec la LAMal, c'est possible

Quels médecins gagnent le plus avec la LAMal? Des chiffres dévoilent leur profil. Un revenu d’un million de francs avec l’assurance de base est donc possible, s’insurge Pierre-Yves Maillard.

Le cas extrême d'un radiologue alémanique dont le chiffre d'affaires a atteint 5,2 millions de francs a été donné par SantéSuisse.
Le cas extrême d'un radiologue alémanique dont le chiffre d'affaires a atteint 5,2 millions de francs a été donné par SantéSuisse.
Andresr/Istockphoto

En Suisse romande, trente-neuf médecins installés en cabinet affichent un chiffre d’affaires d’au moins 1,5 million de francs, en 2016, grâce au TarMed (sans le canton de Berne). Pour tout le pays, ils sont 133, ces médecins «millionnaires» qui alimentent la polémique actuelle. Tout a commencé quand le ministre genevois de la Santé, Mauro Poggia, a déclaré que des praticiens gagnaient un million de francs. Le président de la Confédération, Alain Berset, a critiqué dans la foulée les pratiques à la charge de l’assurance sociale, et déclenché l’ire de la profession. Un million de revenu grâce à l’assurance de base, est-ce possible? Ces cas sont très rares, mais ils existent.

La directrice de SantéSuisse, Verena Nold, a levé un coin du voile en déclarant qu’en Suisse 133 médecins ont un chiffre d’affaires supérieur à 1,5 million de francs. Selon des statistiques plus détaillées que nous présentons ici, les cantons de Zurich (40), de Vaud (17) et de Genève (15) composent le podium. Du côté des spécialités, les radiologues sont les plus nombreux à atteindre ces montants (44 cas dans toute la Suisse). Suivent les ophtalmologues (26) et les gastro-entérologues (17).

SantéSuisse donne même le cas le plus extrême d’un radiologue alémanique dont le chiffre d’affaires TarMed a atteint 5,2 millions de francs. Et ceux d’un gastro-entérologue et d’un ophtalmologue qui dépassaient 2,5 millions. Ces statistiques sont basées sur les factures présentées dans le cadre de l’assurance de base. Il s’agit de frais par cabinet et pour un seul médecin, précise l’organisation. L’éventuelle vente de médicaments par le praticien ou les frais de laboratoire ne sont pas compris.

On parle ici de chiffre d’affaires et non de revenu. Comprenez que les coûts d’exploitation n’ont pas été retranchés. «Nous avons fixé la limite à 1,5 million de francs de façon à ce que le revenu soit d’environ un million», précise Verena Nold. Les frais fixes ont ainsi été estimés au tiers du chiffre d’affaires – une proportion contestée par la Fédération des médecins suisses (FMH), qui les fixe à 70% en moyenne.

«Ces chiffres ne reflètent pas la réalité»

La FMH, justement, estime qu’il n’est «pas plausible» d’atteindre un revenu d’un million avec la LAMal et met en doute le calcul de SantéSuisse. «Ces chiffres ne reflètent pas la réalité économique de 99% des médecins genevois, ajoute Michel Matter, président de l’Association des médecins de Genève (AMG). Ce sont des spécialistes expérimentés, très sollicités, auxquels sont référés de nombreux patients complexes.» Autre argument: les radiologues, les gastro-entérologues et les ophtalmologues ont besoin de matériel coûteux. Et puis ces trois spécialités ont effectué le virage ambulatoire, un domaine où les factures sont intégralement à la charge de la LAMal (les cantons paient 55% des frais stationnaires).

«Si certains pratiquent la surfacturation, ils sont condamnés», renchérit Philippe Eggimann, président de la Société vaudoise de médecine. La profession critique encore le fait qu’on se concentre sur une minorité, puisque notre pays compte plus de 40 000 praticiens. Selon des chiffres de Philippe Eggimann, le revenu médian des médecins indépendants lié à la LAMal était de 175 000 francs en 2016 dans le canton de Vaud, de 170 000 francs à Genève et de 160 000 francs à Fribourg. Les frais d’exploitation des cabinets ont été déduits, mais pas les cotisations pour la retraite. Les médecins travaillant pour des spécialités techniques peuvent gagner 50% de plus et les généralistes 25% de moins.

Différence de traitement

Entre ces moyennes et les extrêmes, les praticiens ne sont pas tous logés à la même enseigne. Cette différence de traitement interpelle le conseiller d’État vaudois Pierre-Yves Maillard: «Qu’est-ce qui justifie de telles inégalités, et comment certains peuvent-ils atteindre ces sommets sans que la corporation ne trouve rien à redire?» s’exclame-t-il quand nous lui présentons les chiffres de SantéSuisse. «Contrairement à ce qui a été dit, il est donc possible, même si c’est peu fréquent, d’obtenir un revenu d’un million de francs avec la LAMal. Cela montre l’évidence du besoin de réforme des tarifs!» Le Vaudois lance encore un appel à la transparence: «Nous ne voyons ici que l’extrême. Il serait intéressant de savoir combien de médecins ont un chiffre d’affaires entre 1 million et 1,5 million de francs.»

Mauro Poggia, dont les propos sont à l’origine du débat actuel, attend lui aussi d’autres informations. Le Genevois souligne qu’il ne s’est pas exprimé uniquement sur le revenu des médecins lié à la LAMal. «Le débat a dévié sur l’assurance de base. Personnellement, je mentionnais un revenu d’un million de francs en englobant les prestations facturées aux assurances complémentaires. À mes yeux, cela fait partie d’un tout. Quand les médecins disent qu’ils travaillent à perte, ils doivent accepter de présenter l’intégralité de leur chiffre d’affaires. Ceux gagnant un million de francs seraient alors plus nombreux.»

Qu’en est-il exactement? Les derniers chiffres sur le sujet ont été publiés en 2012 par la FMH et se basaient sur les données 2009. Le revenu médian assujetti à l’AVS (sans distinction du type d’assurance) était alors de 190 500 francs – avec de grandes disparités. Et aujourd’hui? L’Office fédéral de la santé publique a commandé en 2017 une étude qui sera terminée ce printemps.

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