Les master class cartonnent aux États-Unis et débarquent en Europe

En 2014, deux Américains imaginent une plateforme où les cours sont donnés par des célébrités. Quatre ans plus tard, une Française copiait le modèle et lançait The Artist Academy.

David Lynch, Natalie Portman, Anna wintour ou encore Samuel L. Jackson: autant de personnalités publiques qui donnent des cours sur la plateforme MasterClass.com.

David Lynch, Natalie Portman, Anna wintour ou encore Samuel L. Jackson: autant de personnalités publiques qui donnent des cours sur la plateforme MasterClass.com.

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Il est l’un des CEO les plus puissants du monde. À la tête de The Walt Disney Company depuis une quinzaine d’années, Bob Iger est celui qui a permis au géant du divertissement d’entrer dans une nouvelle ère. À coups de milliards de dollars, le patron américain a multiplié les acquisitions et contraint Mickey Mouse à partager la vedette avec Dark Vador, la famille Simpson et les superhéros Marvel.

Depuis une semaine, une vidéo circule sur les réseaux sociaux où on le voit proclamer une phrase en vogue aux États-Unis: «Bonjour, je m’appelle Bob Iger et ceci est ma master class.» Comme l’actrice Natalie Portman, le cinéaste Martin Scorsese, la chanteuse Christina Aguilera et une soixantaine d’autres célébrités, le patron de Disney transmet désormais son expérience et prodigue ses conseils sur la plateforme MasterClass.com. «Quand vous créez une marque et lui trouvez un nom, posez-vous cette question: quel message véhicule-t-il?» expliquet-il lors d’un cours divisé en 13 leçons.

Source: YouTube

À l’origine de cette entreprise fondée en 2014, on trouve deux Américains: David Rogier et Aaron Rasmussen. Les deux entrepreneurs s’inspirent alors des fameux «cours en ligne ouverts et massifs» (Moocs) pour construire leur modèle d’affaires. Mais ils savent que cela ne suffit pas, puisque malgré les milliards de dollars investis pour développer ces nouvelles technologies de l’éducation et permettre l’essor de plateformes telles qu’Udacity et Coursera, les Moocs peinent à décoller aux États-Unis. D’après une étude réalisée par l’école supérieure des sciences de l’éducation de l’Université de Pennsylvanie, seuls 4% des étudiants y suivent réellement des cours en ligne.

90 dollars le cours

L’idée de faire appel à des célébrités pour populariser la méthode germe dans l’esprit des Américains. Aux yeux des fondateurs, il s’agit de produire des leçons suffisamment exclusives pour rivaliser avec les milliards d’heures de vidéo gratuites disponibles sur internet et en justifier les 90 dollars à débourser pour un cours ou l’abonnement annuel de 180 dollars.

Rapidement, la sauce prend et MasterClass enchaîne les levées de fonds. Au total, elle a récolté 130 millions de dollars, dont 80 millions rien qu’en 2018. Certes, comme pour beaucoup de jeunes sociétés internet, des doutes subsistent sur la solidité du modèle d’affaires. Très peu de données financières sont d’ailleurs communiquées par l’entreprise. Mais celle-ci affirme que ses ventes doublent d’une année sur l’autre.

La popularité croissante de Master-Class en a inspiré d’autres. C’est le cas en France depuis un an. Au mois de mars 2018, Evelyne Platnic Cohen lançait The Artist Academy, plateforme focalisée sur le monde artistique et qui, comme sa concurrente américaine, veille à offrir une qualité de vidéo impliquant des conditions de tournage proche de celles du cinéma. Seul bémol, elle dispose d’une offre encore limitée, puisque seulement six artistes y transmettent leur savoir, à l’instar des écrivains Bernard Werber («Les fourmis») ou Éric-Emmanuel Schmitt.

Source: YouTube

Outil pédagogique qui divise

Si la viabilité du modèle économique fait débat, sa vocation pédagogique divise également. «La vidéo est un bon support de cours pour autant qu’elle soit suivie de quiz, de travaux et d’exercices à rendre par les élèves. Quelle que soit la personnalité invitée, une master class se contentant de leçons sous forme de témoignages reste pédagogiquement limitée», explique Patrick Jermann, directeur du Centre pour l’éducation numérique de l’EPFL. Les professionnels de l’enseignement regrettent effectivement le manque d’interactions entre élèves et professeurs propres à ce type de vidéos. Les exercices de la master class d’Éric-Emmanuel Schmitt ne sont, par exemple, pas assurés par le romancier mais par le reste de la communauté. Dans une chronique publiée dans le «New York Times», un professeur de l’Université de Pennsylvanie estimait en plus que «les experts les plus qualifiés étaient les pires enseignants». Une attaque frontale à l’offre proposée par MasterClass.

Hors du secteur de l’enseignement, les avis sont moins tranchés. Dans le monde entrepreneurial, par exemple, la transmission d’expériences est très prisée. Les patrons de start-up sont notamment avides de témoignages d’autres entrepreneurs qui sont partis de rien et ont rencontré le succès. «Il faut savoir qu’ils peuvent passer plusieurs heures par semaine à se renseigner en ligne en écoutant des podcasts, en regardant des vidéos sur YouTube ou en lisant des blogs», explique Edouard Treccani. Le directeur de programme de MassChallenge, compétition annuelle de start-up, précise toutefois que cette composante n’en est qu’une parmi d’autres. «Cette absorption de contenus ne remplacera jamais les conseils prodigués par de bons mentors», estime-t-il.

Parmi les futures vedettes que les fondateurs de MasterClass rêvent de voir enseigner, un nom ressort: le serial entrepreneur américain Elon Musk.

Créé: 29.11.2019, 15h00

Une journée dédiée aux nouvelles méthodes pédagogiques

À l’initiative du centre LEARN de l’EPFL, de la NCCR Robotics et du Swiss EdTech Collider, se déroulera, à Berne, une journée consacrée aux nouvelles initiatives pédagogiques. Cet événement, gratuit, vise à «encourager les échanges entre chercheurs et praticiens autour des nouvelles techniques pédagogiques, de leur impact et de leur mise en place», indique l’institution. Si cette manifestation traitera de thèmes en vogue, tels que l’usage de la réalité virtuelle ou des robots éducatifs en classe, elle discutera également des fameux MOOCs, ces cours en ligne ouverts et massifs, et de leur plateforme nationale développée avec quatre autres universités suisses.

Largement précurseur dans ce domaine – tant en Suisse que sur un plan plus international – l’EPFL en a revu la formule au cours des deux dernières années. Les grandes ambitions internationales imaginées à l’origine ont été complétées par une utilisation plus locale. «Notre objectif est désormais d’intégrer de manière plus intensive les Moocs au sein du campus sous la forme de classe inversée, par exemple», explique Patrick Jermann, directeur du Centre pour l’éducation numérique de l’EPFL. Depuis deux ans, la haute école teste ce modèle qui consiste à regarder des vidéos avant le cours pour y venir mieux préparé. «Cette sorte de devoirs débouche sur des cours plus interactifs et intensifs», ajoute Patrick Jermann.

Si la méthode reste expérimentale, le corps professoral l’accueille plutôt bien. «Elle a un double impact positif: le cours est très bien reçu par les étudiants et, en plus, ils sont meilleurs», réagissait sur le site de l’EPFL Jean-Cédric Chappelier. Chargé de cours d’informatique, il fait partie des premiers à s’être servis de ce type de Moocs.

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