Mamies solitaires, elles ont été lâchement volées

Trois cambrioleurs qui avaient floué des aînées en se faisant passer pour des plombiers et policiers viennent d’écoper de 4 ans de prison. Deux retraitées vaudoises ont vécu bien pire.

Deux ans et demi après les faits, la Lausannoise de 93 ans raconte le vol dont elle a été victime.

Deux ans et demi après les faits, la Lausannoise de 93 ans raconte le vol dont elle a été victime. Image: Dom Smaz

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Un butin de plus de 100'000 francs, soustrait sur une période de deux ans aux domiciles d’une vingtaine de seniors lausannois, dans les quartiers sud de la ville. En journée et en présence de leurs victimes. Toutes des femmes, vivant seules, et très âgées: la moitié était des nonagénaires. Depuis, certaines sont tombées en dépression, d’autres hospitalisées ou décédées.

À la manœuvre, un trio de malfrats – un sexagénaire et ses fils – venus de la banlieue parisienne pour duper les aînés en se faisant passer pour des plombiers et policiers. Condamné la semaine dernière à 4 ans de prison ferme et à une expulsion de Suisse d’une durée de dix ans, le trio fera appel, a appris «Le Matin Dimanche».

La duperie est bien rodée: l’un des cambrioleurs contacte d’abord sa proie par téléphone, en se faisant passer pour le facteur du quartier, un ouvrier ou un fonctionnaire. Objectif: s’assurer que la retraitée vit seule, et obtenir le code d’entrée. En se présentant au domicile déguisé en plombier et indiquant devoir vérifier la tuyauterie, le voleur commet son forfait après avoir détourné l’attention de sa victime, l’invitant par exemple à observer le débit d’eau.

Fait singulier dans cette affaire, un complice se présentait au domicile en se faisant passer pour un policier, carte à l’appui. L’imposteur prétendait que des vols avaient lieu dans le secteur, et était parvenu à distraire les seniors en les incitant à vérifier leurs objets de valeur. En plus de se servir à son tour, l’un des trois malfrats en profitait parfois pour effacer les traces de son prédécesseur à l’aide d’une solution d’eau et de javel. Les faux plombiers ou policiers ne sont malheureusement que l’un des multiples stratagèmes mis au point par les détrousseurs de nonagénaires (lire ci-dessous).


«Elle m’a dit: «Tu me donnes de l’argent ou je te tue!»

«Je n’ai pas voulu témoigner au procès de cette jeune femme. Elle m’a certes démolie, mais elle me fait aussi un peu pitié, au vu de la vie qu’elle a eue…» Deux ans et demi après avoir été menacée de mort, frappée et s’être fait voler la quasi-totalité de ses bijoux,une veuve lausannoise aujourd’hui âgée de 93 printemps a accepté de revenir sur la lâcheté crasse dont a fait preuve sa cambrioleuse. «Un faux plombier, je m’en serais sûrement méfiée. Là, je n’ai rien pu faire…»

La nuit tombait en ce mercredi d’hiver lorsque cette ancienne télégraphiste a entendu frapper à la porte-fenêtre de sa maison… «J’étais au salon, en train de regarder la télévision. Je suis allée ouvrir en pensant que c’était un employé du centre médicosocial, sachant qu’un ou une soignante devait justement passer me voir en début de soirée pour m’enlever les bas de contention qui m’avaient été mis le matin. Mais je n’ai rien eu le temps de dire: elle a fait un pas en avant et a attrapé mon pull-over en criant: «Tu me donnes de l’argent sinon j’te tue!»

Déjà condamnée pour des faits de violence et des vols, la braqueuse ivre de 21 ans était une toxicomane de la place, diagnostiquée comme borderline. Après l’avoir bousculée vers l’intérieur du logement, la jeune femme aux ongles peints avait asséné un coup au niveau de l’œil droit de la nonagénaire. «Je ne me souviens pas comment j’ai été amenée dans la chambre à coucher, mais nous nous sommes en tout cas retrouvées toutes deux au sol: elle m’a arraché des cheveux pendant que j’essayais de me débattre…» Le tribunal d’arrondissement a estimé que le bougeoir retrouvé dans la pièce avec l’ADN de la cambrioleuse était la seule façon d’expliquer la lésion constatée à la tête de la victime.

«Ce qui me fait le plus mal, c’est d’avoir perdu l’alliance, la chevalière, la montre, le pince-cravate de mon mari…»


«Elle a dû dormir dans le lit de feu mon père»

«Ma maman éprouvait un énorme besoin affectif, qu’elle croyait avoir comblé avec cette femme… c’était particulièrement retors.» Infirmière à la retraite, Hélène* a assisté impuissante à la spoliation des trois quarts des économies de sa mère – alors âgée de 91 ans – par une quinquagénaire multirécidiviste. Quelque 120'000 francs, soutirés en un peu plus d’une année, notamment après avoir obtenu de cette veuve de Vevey (VD) qu’elle lui délivre des procurations sur ses comptes bancaires.

«Je m’en suis rendu compte début 2016, en prenant connaissance de sa déclaration d’impôt: il y avait une grosse différence de fortune, explique Hélène. Il lui a fallu beaucoup de temps pour réaliser que l’ensemble de ses prétendus prêts représentait une telle somme, et surtout que cette femme ne la remboursera jamais…»

Sournoise, la duperie de l’escroc a initialement consisté à se présenter à la nonagénaire comme une amie de sa fille. Elle s’est ensuite attiré la sympathie de la veuve en forçant le trait sur certains aspects de sa vie: rentière AI depuis ses 40 ans pour cause de dépression, la voleuse racontait que son compagnon kosovar l’avait frappée jusqu’à lui casser les côtes. Et qu’elle avait besoin d’argent, au risque de perdre une maison qu’elle disait détenir dans les Balkans. Pour la mettre en confiance, la quinquagénaire lui avait remis un document non daté ni signé en guise de reconnaissance de dettes.

Persuadée d’avoir noué une vraie relation d’amitié, la senior invitait régulièrement l’escroc à manger dans son appartement protégé. «Ça lui est même arrivé de l’héberger: elle a certainement dormi dans le lit de feu mon père, à côté de celui de ma mère: difficile d’être plus intime – en apparence…» reprend Hélène.

Devenue entre-temps curatrice de la nonagénaire, sa fille a eu une bien mauvaise surprise à l’heure de remplir la déclaration fiscale 2018. «Ma maman doit payer des impôts sur les 120'000 francs qui lui ont été volés, la voleuse s’étant constituée débitrice de cette somme. C’est injuste car cette femme n’a plus cet argent: c’est au contraire quelqu’un d’endetté!»

*Prénom d’emprunt

Créé: 14.09.2019, 22h59

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