Et maintenant, qui s'assied où sous la Coupole fédérale?

Jamais il n’y a eu autant de nouveaux élus. Plus du tiers de l’Assemblée fédérale se compose de «bleus». À quoi faut-il s’attendre lorsqu’on débarque au Palais?

En vert: Groupe UDC, en bleu: Groupe libéral-radical, en orange: Groupe du centre, en rouge: Groupe socialiste, en vert: Groupe des Verts, en jaune: Groupe Vert'libéral.

En vert: Groupe UDC, en bleu: Groupe libéral-radical, en orange: Groupe du centre, en rouge: Groupe socialiste, en vert: Groupe des Verts, en jaune: Groupe Vert'libéral. Image: Béatrice Devènes / Pixsil

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Raz-de-marée vert, vague féminine, tsunami jeune. Les métaphores aquatiques n’ont pas manqué au soir du 20 octobre pour qualifier les résultats historiques des élections fédérales 2019. Il est vrai que le bateau fédéral a pris une grosse secousse. Ce lundi, on verra à quoi ressemble en vrai cette nouvelle Arche de Noé qui entame le périple de sa 51e législature.

La première chose que l’on va remarquer, c’est le recul du costard-cravate. Et pour cause. Un nombre record de femmes siégera dans les deux Chambres. Elles étaient 71 sur 246 élus en 2015, elles seront désormais 96. Maya Graf (Verts/BL) sera à l’honneur et tiendra le discours de la doyenne de fonction. Les Romands l’avaient découverte en 2003 grâce à l’excellent documentaire de Jean-Stéphane Bron «Mais im Bundeshuus: le génie helvétique». Quelle carrière!

La moyenne d’âge va aussi baisser pour tourner autour de 48 ans. Le plus jeune élu, Andri Silberschmidt (PLR/ZH), affiche 25 ans au compteur. Il y aura aussi énormément de nouveaux arrivés, plus d’un tiers sur l’ensemble du parlement. Au Conseil des États, le coup de sac est encore plus violent: près de la moitié de la députation a changé. Un record.

Pour tous les «bleus» qui débarquent à Berne, ce sera la découverte du monde feutré du Palais fédéral, de ses usages, ses avantages… et ses inconvénients. Plongée dans la vie d’un parlementaire débutant.

Dois-je réorganiser ma vie?

Oui, c’est indispensable. Si vous faites correctement votre boulot, l’activité parlementaire représente un 50%, voire un 80% quand on y ajoute les contacts avec la population, son parti et les médias. «J’ai démissionné de mon travail. J’étais employé dans une étude d’avocats. J’ai rejoint une autre étude d’avocats comme associé, indépendant. C’est un grand changement», témoigne Baptiste Hurni (PS/NE). Et c’est encore plus compliqué pour les élus qui ont des enfants. Toute l’organisation familiale doit souvent être modifiée.

Est-ce que mes voyages à Berne sont gratuits?

Oui. La Confédération vous fournit un abonnement général CFF gratuit en 1re classe. Si vous préférez votre voiture, vous obtenez une indemnité forfaitaire correspondant au prix de l’abonnement CFF. Vous pouvez bénéficier d’un parking gratuit lors des sessions parlementaires ou de commissions. Mais attention, là il vous faut montrer les justificatifs pour vous faire rembourser. L’abonnement des CFF est le plus prisé car il permet de travailler dans le train ou de se reposer.

Où vais-je dormir?

En général à l’hôtel. Les établissements bernois pratiquent d’ailleurs des tarifs de faveur pour vous attirer dans leur lit pendant les trois semaines que dure une session. «J’ai trouvé un hôtel pas loin du Palais fédéral. Mais il y a déjà des jours où je devrai rentrer», nous confie François Pointet (Vert’libéral/VD). Pas d’hôtel systématique pour Élisabeth Baume Schneider (PS/JU). «Je vais rentrer quand c’est possible, soit aux Franches-Montagnes ou à Lausanne dans mon pied-à-terre. De temps à autre, je louerai une chambre à Berne, selon les nécessités. Je ne sais pas encore quel soir il faudra rester. Je vais observer, essayer de comprendre et on verra.» Vous pouvez aussi opter pour la location d’un studio… ou pour une colocation qui défrise. C’est ce qui arrive cette année avec trois jeunes conseillers nationaux alémaniques (un PLR, un UDC et une Verte) qui partagent le même toit. Débats chauds à la table de la cuisine en perspective.

Combien d’argent je touche?

Le système de rémunération des parlementaires de milice est aussi simple qu’une traduction du Code de procédure pénale en araméen. Il y a d’abord l’indemnité annuelle de base: 26 000 francs. À cela s’ajoutent 440 francs par jour de séance, une somme doublée pour un jour de commission que vous présidez. Mais ce n’est pas tout. À cela s’ajoutent les défraiements: 33 000 francs par an pour employer un assistant parlementaire ou vous offrir des costumes à la mode; 115 francs pour les repas par jour de séance, 180 francs pour chaque nuit passée à Berne entre deux jours de séance. Sachez qu’en moyenne, votre mandat au Conseil national vous rapportera 147 000 francs par an tout compris, 174 000 francs si vous siégez au Conseil des États.

Comment je m’habille?

Au Conseil national, comme vous voulez à condition de rester «convenable». Cela veut dire que vous ne pouvez pas venir en maillot de bain mais que vous pouvez porter un jeans et un gros pull de laine ou un costard-cravate. Au Conseil des États, les normes sont plus strictes. La cravate est obligatoire, même à gauche. Les femmes ne doivent pas avoir les épaules dénudées, même en été. La Genevoise Liliane Maury Pasquier, qui n’avait pourtant rien de déluré, s’était fait taper sur les doigts.

Est-ce que je dois parler l’allemand?

Non, ce n’est pas une obligation. Mais il vous faut bien le comprendre sinon vous allez souffrir à Berne. 85% des interventions (chiffre au doigt mouillé) se déroulent dans la langue de Goethe. En commission chacun s’exprime dans sa langue et il n’y a pas de traduction simultanée. Le Genevois Roger Golay, non réélu, s’en est ému et a voulu changer cela. Trop cher, refusé. En session plénière, toutes les interventions sont traduites en trois langues simultanément. Aux États en revanche, version originale pour tous.

Dois-je accepter les invitations des lobbies et les cadeaux?

À vous de voir. Différents «bleus» nous disent qu’ils ont déjà reçu 30 à 40 invitations pendant la session de décembre. Mangez, écoutez mais ne vous laissez pas instrumentaliser. Vous pourriez le payer cher à la prochaine élection. Pour les cadeaux, c’est nouveau: le bureau du parlement vous met dès cette année un guide à disposition pour savoir ce que vous pouvez accepter ou pas. Rappelez-vous que l’acceptation d’un avantage est punissable, même si vous n’avez rien promis en contrepartie. Ce que vous pouvez accepter sans rougir? Bouteille de vin, fleurs, invitation à un repas ou à une manifestation. Petit conseil: comparez la valeur de ce que vous recevez à vos indemnités parlementaires. Vous avez 115 francs pour vous nourrir par jour de séance. Alors si le repas qu’on vous offre vaut largement plus, vous avez un problème. Attention, les petits cadeaux, offerts de manière répétitive, peuvent aussi être considérés comme des avantages.

Puis-je inviter des personnes au Palais fédéral?

Oui. Vous pouvez même accorder une carte d’accès permanente à deux personnes de votre choix. Cela peut être un lobbyiste dont vous partagez la cause. Mais vous pouvez aussi réserver ce sésame à votre mari/femme. Ces cartes d’accès sont très sollicitées car elles permettent d’avoir un contact direct avec un maximum d’élus dans la célèbre salle des pas perdus qui jouxte la salle du National. Élisabeth Baume-Schneider (PS/JU) a déjà reçu des demandes. «Je n’ai pas distribué mes cartes. Mon choix dépendra aussi des commissions dans lesquelles je vais siéger.»


Créé: 01.12.2019, 15h32

C’est à l’arrière de l’hémicycle que les places sont prisées

Titus Plattner

Les élus feront plus ample connaissance avec leurs nouveaux voisins de pupitre et pourront sentir si leur place dans la salle est bonne ou non. Figé pour quatre ans, ce choix n’est pas anodin.

Quatre ans à côté d’un voisin qui n’a qu’un seul sujet de conversation, cela peut sembler long. Si ce voisin déborde sans arrêt sur votre pupitre avec ses journaux, s’il tapote du pied ou grince des dents à chaque fois qu’il est tendu ou s’il ne cesse de faire vibrer son téléphone portable, c’est pénible. Et lorsque le voisin en question vous est franchement antipathique, c’est carrément l’enfer.

«Elle me tapait sérieusement sur les nerfs», avoue ainsi, en privé, un député, heureux de voir partir à plusieurs pupitres d’écart la voisine qu’il a eue entre 2015 et 2019. Car une fois les places distribuées dans la salle du Conseil national en début de législature, les changements sont rares, tant la disposition des parlementaires répond à une série de critères difficiles à aligner.

Depuis 1995, lorsque la séparation entre Latins et Alémaniques a été abolie, chaque groupe politique s’est vu attribuer un secteur. Cette année, il aura fallu près d’un mois et onze versions avant de trouver un compromis. Les libéraux-radicaux, qui ont rétrogradé à la cinquième position en nombre de députés, étaient en effet menacés de devoir abandonner leurs places historiques à l’arrière de l’hémicycle. Finalement, les Verts ont renoncé à s’en emparer en échange, entre autres, de la deuxième vice-présidence qui sera accordée à la Verte Irène Kälin en 2023, année électorale.

Pour la répartition place par place, chaque groupe parlementaire est maître chez soi. «C’était devenu tellement compliqué de satisfaire tout le monde, que nous avons décidé que les groupes s’en chargeaient eux-mêmes», explique John Clerc, qui a œuvré comme secrétaire général adjoint du parlement de 1992 à 2007.

En plus des inimitiés, des considérations olfactives peuvent aussi entrer en ligne de compte. À une époque depuis longtemps prescrite, une parlementaire radicale avait par exemple l’habitude de tant se parfumer que cela incommodait ces messieurs autour d’elle. Le léguiste Giuliano Bignasca, lui, avait la réputation de revenir signer la feuille de présence entre deux nuits blanches, sans passer par la salle de bains. Et ces dernières législatures, plusieurs femmes parlementaires enceintes ont dû être déplacées pour des questions d’odorat.

Mais cette année, grâce à l’entrée d’autant de nouveaux, l’attribution des places s’est semble-t-il faite de façon un peu moins douloureuse que par le passé. L’élément le plus important est le suivant: plus les élus sont anciens ou plus ils montent en grade, plus ils peuvent reculer dans les rangs.

«Derrière, il est plus facile d’entrer et de sortir», explique Dominique de Buman (PDC/FR), qui prendra sa retraite politique ce lundi après-midi, lorsque les nouveaux élus auront prêté serment. Il y a seize ans, il a commencé à l’avant, pour ensuite reculer rapidement dans les rangées. De là, reconnaît-il, on peut aussi mieux observer les autres ou leur donner des consignes lors de votes en cascade.

De fait, la plupart des poids lourds du Conseil national sont au dernier rang: les chefs de groupe Roger Nordmann (PS), Beat Walti (PLR), Leo Muller (PDC) et Thomas Aeschi (UDC); tout comme les présidents du PDC Gerhard Pfister, du PLR Petra Gössi et de l’UDC, Albert Rösti. Par rapport à la législature précédente, la vice-présidente de l’UDC Magdalena Martullo-Blocher recule elle aussi d’une travée et conquiert le pupitre qu’occupait son père Christoph Blocher avant d’être élu au Conseil fédéral en 2003.

Certains méritants, comme Philippe Nantermod , ont enfin droit à des places à l’arrière.
Quant aux nouveaux élus, ils sont placés en premières lignes et rares sont ceux qui ont pu choisir leur voisin. Mais le pire, c’est la «place du condamné» : elle est située bien à l’écart, dans l’angle de la salle, perdue à côté du drapeau suisse.

Le groupe UDC à qui c’est le tour l’a généreusement accordée au léguiste tessinois Lorenzo Quadri. Le MCG Mauro Poggia avait subi le même traitement. Cette incongruité vient du fait que la salle a été conçue à l’origine pour 167 députés, puis 198 et la place à côté du 2e vice-président est le seul endroit où l’on est parvenu à caser la dernière des 200 places actuelles.

Les sièges de scrutateur, à l’avant de la salle, ne sont pas toujours appréciés non plus, car on se retrouve face aux autres et à l’écart. «Mon chef de groupe m’a demandé si je voulais le refaire et j’ai accepté», raconte le Jurassien Pierre-Alain Fridez (PS).

Et le 11 décembre, lors de l’élection du Conseil fédéral, il connaîtra le résultat des dépouillements avant les autres.Il y a aussi des impondérables. Un sourd de l’oreille gauche demandera à ne pas avoir de voisin de ce côté-là, tandis que des parlementaires un peu plus corpulents préfèrent garder une des places confortables à l’avant de la salle.

Il faut savoir que certains pupitres sont plus étroits que d’autres. Quant aux fauteuils, aucun n’est pareil non plus. Ni en hauteur, ni en largeur. Après la première journée de session, une fois qu’ils ont bien jaugé l’anatomie des nouveaux parlementaires,
les huissiers se livreraient secrètement à un curieux jeu de chaises musicales, afin que chacun siège le plus confortablement possible pour les quatre prochaines années.

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