«Il m’a fallu 3 mois avant d’oser me regarder dans le miroir»

Condamné pour avoir infligé 12 coups de lame à la tête de son épouse, un Marocain de Peseux (NE) a vu sa peine réduite en appel. La victime raconte son chemin de croix.

Défigurée, la Marocaine de 38 ans a dû porter ce masque chaque nuit depuis la sanglante agression, survenue durant le week-end de Pentecôte 2017, dans l’appartement familial. Réalisé sur mesure, le moulage thérapeutique compresse la peau du visage, afin d’éviter que les cicatrices ne durcissent.

Défigurée, la Marocaine de 38 ans a dû porter ce masque chaque nuit depuis la sanglante agression, survenue durant le week-end de Pentecôte 2017, dans l’appartement familial. Réalisé sur mesure, le moulage thérapeutique compresse la peau du visage, afin d’éviter que les cicatrices ne durcissent. Image: DR

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«Dans les premières semaines, c’était comme si j’avais été victime d’une explosion: mon visage était déchiqueté, et le crâne en partie ouvert…» Marocaine naturalisée de 38 ans, en Suisse depuis 2002, Imane* est l’incarnation de la femme Courage. D’abord pour avoir eu la force de demander le divorce à son mari, Saïd*, un compatriote aujourd’hui âgé de 39 ans, de type armoire à glace. En dépit des menaces de mort et d’un cou serré. Et ceci après avoir hébergé monsieur depuis son arrivée à Peseux (NE), dix-huit mois plus tôt.

Elle assumait l’ensemble des charges

Elle seule se levait le matin pour aller travailler, et assumait l’ensemble des charges, y compris l’onéreuse facture de la garderie. «Nous nous étions rencontrés il y a dix ans et mariés en 2013, trois ans après la naissance de notre fils, afin de tenter un regroupement familial en Suisse: j’avais fait le nécessaire pour qu’il puisse venir ici», poursuit la trentenaire, qui a été dispensée de comparution lors des deux procès de son bourreau, dont le risque de récidive a été jugé élevé.

Il y a trois semaines, le Tribunal cantonal a en partie admis l’appel de Saïd, réduisant sa peine à 8 ans et demi de prison au lieu des 10 ans prononcés huit mois plus tôt par les juges de première instance. L’ultraviolence au couteau de cuisine dont son épouse a été victime lors du week-end de Pentecôte 2017 ayant été considérée comme une tentative de meurtre, et non plus d’assassinat.

«J’en ai pleuré, c’est vraiment injuste: le condamner à une peine moins lourde, ça donne l’impression que ce que j’ai vécu est pris à la légère, reprend Imane. Est-ce que j’aurais dû être morte pour qu’il prenne 10 ans?!»

En présence de leur fils de 6 ans

La Cour d’appel a écarté l’assassinat principalement en raison de l’absence de préméditation. Quand bien même, en Suisse, l’infraction est réalisée lorsque l’acte est exécuté avec une absence particulière de scrupules, en agissant de manière «particulièrement odieuse».

En l’occurrence, les rapports médicaux sont effroyablement éloquents: la mère de famille a été poignardée à 19 reprises au moyen d’une lame longue de 18,5 cm. Douze plaies profondes au niveau de la tête (huit au visage, trois au niveau du scalp, une dans le nez). Mais aussi trois lésions profondes au bras gauche — elle ne pourra plus jamais en faire usage, le nerf cubital étant sectionné —, d’autres aux oreilles — ayant nécessité une reconstruction après amputation partielle —, et un coup de couteau au sein gauche, crevant son implant mammaire.

Le tout alors qu’Imane était tenue par ses longs cheveux et plaquée au sol dans la cage d’escalier; leur fils de 6 ans, réveillé par les cris, debout sur le palier de l’appartement…

La sœur de la Marocaine, qui s’apprêtait à passer le week-end chez eux, présentait, quant à elle, une plaie profonde à un bras, en plus de quatre coups de lame donnés à une jambe et au visage, pour s’être interposée du haut de son mètre 55, en béquilles en raison d’une jambe dans le plâtre. Amateur de kickboxing, Saïd mesure plus de 1,85 m et s’adonne à la musculation, y compris en prison.

«Il était environ 1 h du matin lorsqu’il m’a rejointe au bord du lit pour me dire qu’il m’aimait et ne pouvait pas vivre sans moi», se souvient la trentenaire. «Je lui ai répondu que ça n’était pas vrai – j’avais déjà été mariée à un homme qui aime sa femme, je sais ce que c’est –, et que ma décision était prise. Mais nous en avons parlé calmement. Ce n’est qu’ensuite, alors que je me trouvais aux WC, qu’il a ouvert la porte, m’a arraché mon téléphone et m’a donné un coup de poing au visage.»

Il prend une douche et lui vole 660 fr.

Bien qu’un peu sonnée, l’épouse s’est ensuite précipitée dans la cage d’escalier en voyant son bourreau se diriger vers la cuisine. «Il s’en est principalement pris à mon visage, ma beauté, ma féminité, en revenant à la charge à trois reprises. Ça ne s’arrêtait pas, c’était une véritable descente aux enfers… j’avais l’impression d’être dans une tombe, dans le noir.» Le dernier coup de couteau, heureusement superficiel, a été asséné au cou – comme pour égorger celle qui avait osé quitter celui que l’expertise psychiatrique a diagnostiqué comme pervers narcissique.

«Je me sentais comme morte», lâche Imane. C’était extrêmement difficile, mais j’ai fini par me relever, ouvrir avec beaucoup de peine la porte de l’immeuble, et appeler à l’aide dans la rue.»

Pendant ce temps-là, Saïd était remonté dans l’appartement pour prendre une douche, changer ses vêtements souillés de sang, nettoyer et ranger le couteau de cuisine, dérober 660 francs dans le porte-monnaie de sa femme, et se poignarder superficiellement à l’aide d’un petit couteau, qu’il jettera ensuite au sol pour faire croire à un assaut de la Marocaine.

«Je me sentais comme morte. C’était extrêmement difficile, mais j’ai fini par me relever, ouvrir avec beaucoup de peine la porte de l’immeuble, et appeler à l’aide dans la rue.»

«Notre fils a raconté à la police et aux psychologues que quand mon mari est allé le chercher, il lui a dit: «Regarde ce que m’ont fait ta maman et ta tante…» révèle la mère de famille. «Encore aujourd’hui, il minimise clairement les faits», complète son conseil, Me Stéfanie Brun Poggi. «Devant la Cour d’appel, il a déclaré en substance que le couple avait fait une sorte de roulé-boulé dans la cage d’escalier, durant lequel seuls 3 coups de couteau seraient partis.»

Si elle se dit encore «détruite de l’intérieur» deux ans après les faits, Imane conserve sa dignité. Le masque médical qu’elle a appliqué chaque nuit sur son visage pour lui permettre une résorption des cicatrices (par une compression de la peau) a donné des résultats spectaculaires. Elle revient de loin. «Quand il est entré dans ma chambre d’hôpital, mon fils m’a dit: «Maman, t’étais belle, maintenant t’es moche.» Il m’a fallu 3 mois avant d’oser me regarder dans le miroir…»

Courant mai, la trentenaire a donné naissance à une petite fille. «Mon nouvel ami et moi avons voulu cet enfant. Mais c’est aussi une façon de montrer à mon ex que si son intention était de me défigurer pour que personne ne me regarde, c’est raté.» Le sort de Saïd sera fixé par le Tribunal fédéral. Toutes les parties feront recours, a appris «Le Matin Dimanche».

* Prénoms d’emprunt

Créé: 15.06.2019, 22h30

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