Pour vous livrer le samedi, La Posteva vous facturer un supplément

Le géant jaune fait désormais débourser quelques francs aux privés voulant être livrés le samedi. Les défenseurs des consommateurs sont inquiets.

La Poste propose la livraison des colis aux particuliers le samedi depuis 2017.

La Poste propose la livraison des colis aux particuliers le samedi depuis 2017. Image: Jeroen Seyffer/La Poste Suisse

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«Pour la réception de vos envois, vous avez défini le samedi comme jour préférentiel. Jusqu’à présent, cette action était gratuite dans le cadre d’une offre de lancement. Dorénavant, elle sera payante.» Dans un courriel envoyé fin janvier à ses clients, La Poste affiche la couleur: elle n’a plus aucun scrupule à facturer un petit surplus aux Suisses qui veulent être livrés le samedi au prix de 4 fr. 90 par objet ou de 20 francs pour un abonnement annuel. Certes symbolique, la facture grimpera pour les ménages et colocations puisque ce tarif est personnel. À noter, que pour le reste de la semaine, la livraison par jour de préférence reste par contre gratuite.

Exception ou nouvelle norme?

Pour être parfaitement honnête, cette manière de faire n’est pas totalement inédite. Aux frais classiques – le plus souvent inclus au moment d’un acte d’achat sur la Toile – La Poste s’est déjà mise à réclamer quelques sous supplémentaires dans le cadre de livraisons ponctuelles, à l’exemple de celles proposées en soirée durant la semaine.

Mais en facturant les livraisons du samedi (gratuites depuis 2017, année de lancement de cette offre pour la clientèle privée), une impression dés­agréable en ressort: celle où l’exception pourrait devenir la norme.

«Il est effectivement regrettable qu’une prestation longtemps gratuite et normale telle que la visite du facteur pour livrer recommandés et colis passe progressivement à un modèle payant. Ce nouvel exemple montre que La Poste pourrait ne pas s’arrêter là», s’inquiète Robin Eymann, responsable de la politique économique au sein de la Fédération romande des consommateurs.

Partageant cette analyse, l’Association suisse de vente à distance (ASVAD) relate son combat de longue haleine en faveur de livraisons effectuées sans frais supplémentaires le samedi. «Les lettres (en courrier A) sont distribuées le samedi sans supplément, alors pourquoi devrait-il y avoir une surtaxe pour les colis?» questionne Nadine Baeriswyl, directrice adjointe de l’ASVAD.

Justifications de La Poste

Interpelée, La Poste se justifie en évoquant la popularité croissante des livraisons du samedi. «Il s’agit d’un besoin de plus en plus demandé par nos clients», confirme un porte-parole, sans pour autant fournir de chiffres précis. «Étant donné que le marché des colis est ouvert à la concurrence (ndlr: contrairement à celui, monopolistique, des lettres) , nous ne fournissons aucune information sur le nombre de livraisons individuelles que nous opérons par jour», se contente-t-il de répondre.

Le géant jaune est par contre beaucoup plus enclin à expliquer que les livraisons du samedi engendrent des «coûts opérationnels supplémentaires», notamment à cause de ses besoins en personnel. Des explications qui font bouillir les membres de l’ASVAD. «La Poste n’a pas d’autre choix que de livrer le samedi, car elle ne peut plus traiter les volumes en constante augmentation du lundi au vendredi. Elle cherche donc à en tirer profit. Nous ne sommes pas d’accord avec cela et exigeons que le samedi soit considéré comme un jour de livraison normal, au moins pour les colis prioritaires», explique Nadine Baeriswyl.

Pas d’obligation légale

Malgré les fronts qui se dressent devant elle, La Poste s’estime couverte, puisqu’elle indique avoir obtenu le feu vert du surveillant des prix. «La Poste n’a l’obligation de livrer les colis que cinq fois par semaine. La distribution du samedi est donc une prestation qui s’inscrit hors de son mandat de service universel. Dans ce sens, nous considérons qu’une facturation conforme au principe de causalité est pertinente», confirme Stefan Meierhans.

Le surveillant des prix assure toutefois qu’il veillera à ce que les économies engrangées par ce biais soient finalement répercutées sur les clients. Cela explique peut-être pourquoi le géant jaune a fini par réduire son tarif appliqué les soirs de semaine. «Cette distribution, entre 16 h 30 et 21 h du lundi au vendredi, ne coûtera plus que 7 fr. 90 au lieu de 12», indique-t-il par e-mail. À cela, «à titre promotionnel» en 2020, s’ajoutent encore de légères remises de prix concernant les colis adressés et affranchis via internet.

Tarifs contre-productifs?

À ce jour, s’il est difficile d’anticiper la manière dont les Suisses réagiront, ce choix fait par La Poste apparaît d’autant plus regrettable qu’il risque de nuire à un système intelligent et particulièrement bien adapté aux enjeux et attentes du moment. Sur le plan logistique, par exemple, il est évident qu’en livrant à la demande, l’entreprise peut optimiser au mieux ses ressources (en infrastructure et en personnel) et bénéficie de moyens supplémentaires pour répondre aux attentes des Suisses.

«La Poste aurait tout intérêt à s’adapter, non pas seulement en créant de nouveaux centres logistiques, mais surtout en améliorant le confort pour les clients», assure Robin Eymann. «Il faut de l’intelligence, de nouvelles infrastructures de livraison, mais aussi de la flexibilité de la part des commerçants et des transporteurs avant de parler d’augmentation des prix», estime-t-on du côté de l’ASVAD.

Créé: 01.02.2020, 22h57

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