JOJ: Le Vortex sous haute surveillance

Les athlètes des Jeux olympiques de la jeunesse cohabitent au Vortex, une vaste résidence dans laquelle les règles sont strictes: pas de tabac, pas d’alcool et un couvre-feu décrété chaque soir à 22 h.

941 chambres et 1800 lits: le Vortex est le 11e hôtel d’Europe en termes de capacité.

941 chambres et 1800 lits: le Vortex est le 11e hôtel d’Europe en termes de capacité. Image: Basile Barbey/Getty Images

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Bienvenue au Vortex. Ce gigantesque tourbillon d’appartements est une prouesse technologique qui accueille les athlètes et leurs staffs durant les JOJ. Ce village de 2000 habitants (athlètes, encadrement, bénévoles) est situé à Chavannes-près-Renens, juste à côté de l’Université de Lausanne. Pour la petite histoire, il s’agit du 11e hôtel d’Europe en termes de capacité, avec ses 712 appartements totalisant 941 chambres et 1800 lits, en configuration JOJ. Il a fallu 170 000 heures de travail pour le finaliser.

Destiné à loger quelque 1100 étudiants après ces joutes olympiques, l’édifice est actuellement décoré par les multiples drapeaux des athlètes issus de 79 nations. Pour la première fois, ceux-ci sont logés dans un unique bâtiment (exceptés ceux basés à Saint-Moritz). Une proximité qui pourrait très vite devenir une source d’inquiétudes pour les parents de ces jeunes sportifs. Imaginez: près de mille adolescents (les 1872 athlètes arrivent en deux vagues successives), âgés de 14 à 18 ans dormiront dans le même immeuble.

Ceux qui ont vécu des camps de skis avec une cinquantaine d’élèves peuvent imaginer les dérives possibles. Les pulsions hormonales, les envies de transgresser les règles, l’éloignement du cocon familial et la facilité de dégainer son téléphone portable et d’avoir recours à des applications telles que Tinder: les JOJ pourraient très bien dégénérer, tant les dangers sont multiples.

«Vu le programme des athlètes et les départs ultramatinaux vers 5 h 30 du matin, on n’a pas encore eu besoin de prier les sportifs de ne pas faire trop de bruit le soir» Sébastien Dauxerre, directeur du village olympique

Comment éviter beuveries et expériences sexuelles? Sébastien Dauxerre et son équipe ont tout mis en œuvre pour prévenir d’éventuels cas.

«Le CIO édicte des règles très strictes quant à l’attribution des chambres, assure le directeur du village olympique. Nous avons fait le «plan de table» en fonction de trois ségrégations. Ainsi, un jeune homme ne dort pas avec une jeune fille, qui ne dort pas avec un coach masculin, lequel ne dort pas avec un coach féminin. Le chef de mission doit en outre loger seul. Le tout à répéter deux fois puisqu’il y a deux vagues. La garantie que nous pouvons offrir est cette répartition. Un casse-tête qui nous a pris deux mois à élaborer. L’avantage du Vortex est sa grandeur. En plus, il n’y a pas vraiment d’étages (ndlr: il s’agit d’un bâtiment cylindrique en spirale) et nous ne sommes pas limités par des fins de couloirs. Trois jours avant l’arrivée des athlètes, nous étions encore en train de déménager des chambres parce qu’une délégation a annoncé l’arrivée d’une jeune fille au lieu de celle d’un garçon. On a tout modifié à la dernière minute. Le «plan de table» était tellement complexe qu’il n’était pas possible de prendre en compte par exemple les données géopolitiques.»

Pas de restaurant McDonald’s

Des règles internes rigoureuses permettent aussi de limiter les risques. À 22 heures, on passe au couvre-feu. Les lumières du Vortex s’éteignent. «Vu le programme des athlètes et les départs ultramatinaux vers 5 h 30 du matin, on n’a pas encore eu besoin de prier les sportifs de ne pas faire trop de bruit le soir venu», observe Sébastien Dauxerre. Au Vortex, on prend soin de la santé des engagés aux JOJ. Ainsi, il n’y a pas de McDonald’s gratuit, comme c’était par exemple le cas au village des JO de Rio. Les jeunes athlètes mangent à la Banane, le restaurant de l’université. En tout, 200 000 repas équilibrés y seront servis jusqu’au 22 janvier.

Pas de malbouffe et pas d’alcool non plus. La règle vaut pour les jeunes comme pour les accompagnateurs (environ 40% de la population du Vortex). La présence de bière, de vin ou de vodka n’est pas permise. Comme il est prohibé de fumer à l’intérieur de l’anneau. Les animaux et le matériel dangereux sont proscrits. Les skis ou crosses de hockey ne sont pas plus autorisés. Le matériel doit être entreposé à l’extérieur. Une réglementation qui peut paraître rigide mais qui vise le respect d’autrui.

Éthique et baby-foot truqué

En ce qui concerne le comportement des participants, les responsabilités sont du ressort des chefs de délégation et des coaches. Bernhard Hug, l’un des entraîneurs de l’équipe de Suisse de ski-alpinisme, se veut rassurant. «On parle beaucoup de prévention avec nos athlètes. Nous avons une grande expérience dans ce domaine. Nous encadrons les jeunes lors de toutes les compétitions. Honnêtement, depuis que nous sommes arrivés à Lausanne, tout est rythmé par un plan strict. Les athlètes n’ont pas le temps de songer à autre chose.»

«On parle beaucoup de prévention avec nos athlètes. Nous avons une grande expérience dans ce domaine. Nous encadrons les jeunes lors de toutes les compétitions» Bernhard Hug, entraîneur de l’équipe de Suisse de ski-alpinisme

Les sollicitations sont en effet multiples. Entraînements officiels, déplacements en transports publics, rencontres avec les médias, compétitions, repas, couvre-feu. L’agenda est millimétré et presque militaire. L’oisiveté n’est pas au programme, minimisant ainsi le risque de dérapages.

Au Vortex, tout a été pensé pour accueillir au mieux les athlètes. On y trouve par exemple une salle «awareness» (prise de conscience) pour ouvrir les sportifs aux problèmes d’éthique avec notamment un baby-foot truqué (les pieds des joueurs sont coupés, le jeu est en pente), des tablettes avec des quiz sur la corruption, un stand antidopage. Il y a un service médical avec dentiste, physio, chiro et podologue. 150 bénévoles de la santé s’y relaient. Un programme éducatif sensibilise les jeunes aux problèmes de harcèlement sexuel par des petits films qui présentent des situations concrètes. Des questions sont posées aux participants, qui doivent y répondre.

«Le but est d’évaluer avec eux leur sensibilité à des situations d’abus, de maltraitance et des relations non respectueuses, explique Sarah Depallens, médecin. Il y a des thèmes comme la distance avec le coach, le harcèlement sexuel entre pairs et aussi des situations où le coach pousse l’athlète jusqu’à ce qu’il se blesse. À la fin de chaque extrait, les participants disent s’ils trouvent cela acceptable ou pas. On imprime les résultats et on réagit. Le but est d’ouvrir la discussion sur des sujets qui touchent entre 10 et 15% des athlètes. Certains sportifs trouvent cela intéressants. D’autres trouvent ça assez violent.»

En cas de problème quel qu’il soit au sein du Vortex, un plan de crise est prévu par le responsable du village olympique. «Comme on a aussi prévu un plan en cas d’épidémie, réagit Sébastien Dauxerre. En l’occurrence, nous avons réservé une quinzaine de chambres de sécurité. Nous sommes hyper ouverts et attentifs à ce type de situations.»

Créé: 11.01.2020, 22h30

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