«Beaucoup de jeunes ne savent pas utiliser les outils numériques»

Le conseiller national socialiste Mathias Reynard veut agir contre l’«illettrisme numérique», source, selon lui, d’exclusion sociale.

Dans sa classe, le Valaisan Mathias Reynard dit constater l'illettrisme numérique au quotidien.

Dans sa classe, le Valaisan Mathias Reynard dit constater l'illettrisme numérique au quotidien. Image: DR

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Dans sa classe, Mathias Reynard (PS/VS) le constate régulièrement. «Mes élèves savent tous jouer en ligne, poster des photos sur Instagram et regarder des vidéos YouTube, mais quand je leur demande de m’envoyer en pièce jointe un fichier Word en Arial 12, pour certains, c’est du charabia.» Ce constat porte un nom: l’illettrisme numérique.

Si le fléau est connu, son étendue reste mystérieuse. Le conseiller national et enseignant a donc déposé un postulat pour que le Conseil fédéral mène une étude sur le sujet en Suisse, et de mettre en place une stratégie pour combler les lacunes. «L’illettrisme numérique conduit à une importante exclusion sociale, détaille Mathias Reynard. Ne pas maîtriser les outils informatiques est handicapant sur le marché du travail, et comme pour celui qui ne sait pas lire, il y a une honte à l’afficher.»

Le constat est-il partagé? «Certains élèves ont des difficultés, reconnaît Samuel Rohrbach, président du Syndicat des enseignants romands. Mais en Suisse romande, le plan d’étude est en train d’être révisé, et nous souhaitons renforcer l’éducation numérique, qui se fait désormais de manière transversale dans toutes les matières.» Mais il prévient: «Tout comme les élèves ne peuvent pas tous avoir 6 en math, nous n’arriverons pas à obtenir les mêmes résultats pour tous les jeunes.»

Fin novembre, la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP) avait elle aussi abordé cette question. Et elle relativise l’étendue de l’illettrisme numérique. «Cela constitue effectivement un risque pour l’insertion sociale et professionnelle de nos jeunes comme de la population dans son ensemble, mais il n’a rien pour autant d’une généralité qui toucherait des catégories entières de la population suisse, qu’il s’agisse de générations distinctes ou de milieux socio-économiques distincts, explique Olivier Maradan, secrétaire général de la CIIP.

Les compétences et l’intérêt pour ces instruments sont simplement hétérogènes.» Il précise toutefois que l’objectif visé est qu’aucun élève n’arrive au terme d’un cycle d’apprentissage scolaire «sans disposer, comme dans les domaines disciplinaires traditionnels, d’un niveau de base au sujet du numérique».

Mais pour Mathias Reynard, l’enjeu est bien plus grand, car tous les jeunes ne partent pas avec les mêmes chances. «En matière d’utilisation du web, les seules exclusions dont on parle sont celles des personnes âgées. On pense que les nouvelles générations qui ont un accès quasi illimité au web n’auraient aucun problème. Mais on confond accès et utilisation. Il ne suffit pas d’avoir un smartphone ou une tablette pour savoir utiliser les outils informatiques. Quand il s’agit d’une utilisation à visée éducative, les inégalités sociales se creusent.» En résumé, les populations favorisées utilisent le numérique pour accroître leur capital culturel, alors que les défavorisées ont une utilisation liée aux loisirs.

L’éducation étant du ressort des cantons, la Confédération est-elle à même d’intervenir? «L’idée est aussi de travailler avec les cantons, répond Mathias Reynard, mais le sujet dépasse largement l’éducation. De plus en plus de services publics sont en cours de dématérialisation, de même que les processus démocratiques. À terme, certains citoyens seront limités dans leur vie démocratique, ou découragés pour entreprendre des démarches administratives.»

Créé: 22.06.2019, 23h00

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