Les jeunes se mobilisent pour le climat mais Berne ne bouge pas

ClimatQue vont changer les manifestations monstres en faveur du climat dans la politique suisse? En cette année d’élections fédérales, sept présidents de parti donnent leur vision.

Le 18 janvier, 8000 jeunes défilaient 
à Lausanne en faveur du climat. Ils étaient 22 000 dans toute la Suisse.

Le 18 janvier, 8000 jeunes défilaient à Lausanne en faveur du climat. Ils étaient 22 000 dans toute la Suisse. Image: Valentin Flauraud/Keystone

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«Pff…» Un soupir un brin agacé en guise de réponse. Voilà qui en dit long sur l’intérêt que porte à la grève du climat le président de l’UDC, Albert Rösti. Ces manifestations vont-elles changer quelque chose à la politique environnementale du premier parti du pays? «Absolument pas», répond-il avant de dénoncer l’instrumentalisation des jeunes manifestants (lire ci-dessous).

Instrumentalisés? Le signe distinctif de ces près de 22 000 jeunes qui ont défilé dans les rues de plusieurs villes de Suisse le 18 janvier est pourtant leur apolitisme. Ils ont un message: agir pour le climat maintenant; et une icône, Greta Thunberg. Cette jeune Suédoise de 16 ans a, la première, séché les cours pour dénoncer l’inaction des politiques pour sauver le climat.

Le mouvement a beau se revendiquer apolitique, les partis écologistes s’en gargarisent. «Ces jeunes nous redonnent de l’espoir, s’enthousiasme Régula Rytz, présidente des Verts. C’est un soutien en faveur de la politique que nous menons depuis trente ans.» Jürg Grossen, président des Vert’libéraux, comprend ce mouvement: «Nous ne sommes pas assez courageux en Suisse. Il faut désormais que les autorités prennent des mesures drastiques pour lutter contre le réchauffement climatique.»

À quelques mois des élections fédérales, le président du PS, Christian Levrat, fin joueur d’échecs, avance ses pions. «Ces jeunes renforcent notre position. Le climat est un de nos quatre thèmes de campagne.» Et de rappeler que sur les votes liés à l’environnement au Conseil national, la majorité se joue à deux voix. «Ceux qui veulent un changement savent pour quel camp voter.»

Chacun campe sur ses positions

Au centre, on tente aussi de tirer la couverture à soi. «Si les choses n’avancent pas, c’est à cause de la polarisation, et de l’attitude du PLR, explique Gerhard Pfister, président du PDC. Il n’y a pas grand-chose à modifier à notre ligne. Les jeunes s’inquiètent pour le climat, or le PDC a évolué sur ce thème. Il est le seul parti bourgeois à le défendre.» Une caractéristique qu’il se dispute avec le PBD, «premier parti bourgeois à s’engager pour le climat», affirme son président, Martin Landolt. «On est sur la même ligne que la nouvelle génération.»

Le PLR? Il n’a pas non plus l’intention de changer son programme, puisqu’il travaille déjà «pour une politique climatique efficace», selon la présidente, Petra Gössi. Même si elle reconnaît qu’à première vue cette grève des jeunes pourrait augmenter la cote des écologistes, elle insiste: «Il faut agir pour le climat, le PLR en est convaincu. Mais nous voulons de vraies mesures. D’ailleurs la gauche ne s’appuie que sur des interdictions rigides et a refusé plusieurs compromis dans la loi sur le CO2. Uniquement pour des raisons électoralistes.»

Même l’UDC se trouve une fibre climatique. «Mais nous privilégions des instruments qui garantissent notre compétitivité et la survie de l’agriculture, détaille Albert Rösti. Il faut arrêter avec ce dogme qui dit qu’on doit agir encore plus en Suisse, alors que notre pays en fait déjà beaucoup. À force de taxer nos entreprises, on risque l’autogoal. Ce n’est pas en délocalisant dans des pays qui se fichent de l’environnement qu’on va aider le climat.»

Oui, on en est là. Alors qu’un phénomène mondial s’enclenche, tout le monde à Berne dit se soucier du climat, mais rien ne bouge. Aucun compromis n’est en vue. La droite accuse la gauche, la gauche critique la droite. Et au milieu, le centre s’inquiète de la montée des extrêmes. Chacun campe sur ses positions. Celles-là mêmes qui ont fait capoter la loi sur le CO2.

Car ce mouvement sans précédent des jeunes en faveur du climat s’inscrit dans un agenda politique bien particulier: le débat sur la loi sur le CO2. Ce texte vise à lutter contre le réchauffement, et à mettre en pratique l’Accord de Paris sur le climat. Rejeté par le National, le projet est sur la table du Conseil des États, qui doit se prononcer en mars.

La grève des jeunes peut-elle donner une nouvelle chance au texte? «Il y a une fenêtre de tir, répond Martin Landolt. Le PLR pourrait bouger mais c’est juste parce qu’on est en année électorale. Sinon, on se ficherait pas mal de ces manifestations.» Pour Albert Rösti, la probabilité que le PLR lâche l’UDC existe. «Mais c’est juste parce que le PLR n’est pas fiable sur ce thème. La sécheresse de cet été n’a pas fait bouger les fronts. Ce n’est pas les étudiants qui vont le faire.»

Avez-vous pris le temps de parler avec ces jeunes qui sont descendus dans la rue?

Regula Rytz, présidente des Verts

«Oui, j’ai parlé avec les enfants de mes amis qui ont défilé. Ils voient les glaciers disparaître et la banquise fondre. Ça les inquiète. Mon neveu de 11 ans s’y intéresse déjà. Il y a une fascination pour Greta Thunberg. Les réseaux sociaux permettent à ces jeunes de se regrouper au niveau international et de défendre des causes qui dépassent les frontières, comme l’avenir de la planète. Si ces jeunes m’invitent, j’irai expliquer ma position, mais je ne manifesterai pas. C’est leur truc à eux. S’il faut les défendre face aux écoles qui pourraient punir leurs absences, je serai là.»

Christian Levrat, président du PS

«Oui. Certains sont venus à ma rencontre. À Berne, un des organisateurs d’une manifestation m’a même demandé d’enregistrer trois mots sur son groupe WhatsApp. À Fribourg, un gamin de 15 ans est venu m’expliquer comment il avait, avec ses camarades, tenu tête au directeur de l’école qui refusait de les laisser défiler. À la maison, c’est aussi un sujet de conversation ininterrompu avec ma fille de 20 ans. Elle était d’ailleurs une des oratrices à la manif de Fribourg. Avec ses copines, elle est très remontée contre les votes de la droite sur le climat.»

Jürg Grossen, président des Vert’libéraux

«Non, je n’en ai pas eu l’occasion. Il n’y a pas eu de manifestation dans l’Oberland bernois. Mais si j’avais été sur place à Berne ou à Zurich, je l’aurais fait. Je leur aurais dit que je comprends leur réaction, car ce sont eux qui seront directement concernés par le réchauffement climatique. Mes enfants ne pouvaient pas participer aux défilés. Mon fils de 21 ans est au service militaire, ma fille de 19 ans en examen, quant au cadet, à 14 ans, il a d’autres intérêts. Il préfère jouer aux jeux vidéo. Je ne veux pas mettre de pression politique sur mes enfants.»

Martin Landolt, président du PBD

«Non, j’étais tout le temps en déplacement. D’ailleurs, je ne sais même pas s’il y a eu une manifestation dans mon canton, Glaris. Mes trois filles ne sont pas allées défiler. À 18, 21 et 23 ans, elles sont un peu trop grandes pour le faire. Sans compter que certaines se trouvent en période d’examens. Je trouve aussi que les partis doivent rester un peu en retrait et juste être les observateurs de ce mouvement. Si j’avais quelque chose à dire à cette jeune génération, c’est qu’il existe des partis au centre de la politique qui partagent leurs préoccupations.»

Gerhard Pfister, président du PDC

«Non. Entre mes mandats de président du PDC et de conseiller national, je n’ai pas eu le temps. J’en ai un peu parlé avec un de mes neveux qui vit en Allemagne, et qui s’inquiète pour le climat. Je salue cet engagement des jeunes, et le fait qu’ils se mêlent de la politique. Ça contredit l’idée reçue que cette génération ne s’intéresse plus à la chose publique. Beaucoup de ces jeunes sont cohérents et se disent prêts à renoncer à certains progrès. En Suisse, le rôle de ces manifestations est différent, car avec notre démocratie directe, on peut déjà changer la société.»

Petra Gössi, présidente du PLR

«Non, puisque je n’ai pas directement participé à ces manifestations. Par contre, j’ai été invitée à m’exprimer dans des classes de maturité. On sent bien que les jeunes sont préoccupés par leur avenir. Ils exigent de la durabilité. Ça ne concerne pas seulement le climat, mais aussi les assurances sociales. C’est d’ailleurs ce qui ressort également des discussions que j’ai avec les enfants de mes amis. Je salue le fait que les jeunes s’intéressent à la politique, mais j’espère qu’ils ne le font pas juste en défilant, mais aussi en votant ou en participant aux élections.»

Albert Rösti, président de l’UDC

«Non. Je ne vois pas l’intérêt. Ces jeunes sont instrumentalisés par la gauche, et notamment leurs professeurs. C’est facile de manifester en semaine. Combien défilent juste pour ne pas aller à l’école? S’ils étaient sérieusement engagés, ils feraient leur manifestation le week-end. Ils sont pour le climat, mais sont-ils prêts à renoncer à l’avion? Il y a beaucoup de contradictions. Au lieu de réclamer des menus végétariens, ces jeunes feraient mieux de manger de la viande locale, plutôt que du soja importé. Mes enfants, eux, n’ont pas défilé, ils étudient.»

Photos: U. Flueeler, P. Schneider, G. Ehrenzeller, A. Anex, G. Kefalas/Keystone

Créé: 27.01.2019, 11h53

L’icône Greta Thunberg

Qu’en pensent les jeunes?

Greta Thunberg, 16 ans était au WEF, à Davos. La Suédoise a, la première, séché les cours pour dénoncer l’inaction des politiques pour sauver le climat.



Coline, 20 ans, Neuchâtel

«Greta Thunberg est un symbole d’espoir pour notre génération. Elle nous encourage à continuer notre mobilisation. S’il le faut, on ira manifester encore et encore.»



Louise, 19 ans, Porrentruy

«C’est bien qu’elle agisse de la sorte. Grâce à elle, j’ai l’impression que les gens écoutent davantage la jeunesse et nos préoccupations. J’espère de tout mon cœur qu’on sera écoutés.»



Ilyass, 17 ans, Neuchâtel

«Cette jeune fille m’a interpellé parce qu’elle est à l’origine d’un mouvement énorme et, pourtant, elle ne cherche absolument pas à en être le centre d’attention. C’est noble.»



Annaëlle, 18 ans, Courfaivre

«Greta est courageuse. Je n’aurais jamais eu ce courage. À elle seule, elle incarne tous les mouvements de jeunes qui ont suivi. Son bel élan nous inspire.»



Nataniel, 26 ans, Genève

«Je trouve qu’elle est hypercourageuse. C’est très bien ce qu’elle fait. À 16 ans, elle a déjà une conscience politique. C’est un exemple pour la jeunesse qui agira, mais aussi pour les générations plus anciennes.»

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