«J’ai acheté le chapeau de Hitler pour éviter la propagande»

L’entrepreneur genevois Abdallah Chatila a acheté pour 600'000 francs d’objets du IIIe Reich. Ils devraient aller en Israël.

Abdallah Chatila, homme d’affaires genevois.

Abdallah Chatila, homme d’affaires genevois. Image: Matthias Balk/dpa

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Un haut-de-forme ayant appartenu à Adolf Hitler, sa boîte à cigares, sa machine à écrire ou encore une édition spéciale de «Mein Kampf» détenue par Hermann Goering. L’homme d’affaires genevois Abdallah Chatila a remporté dix lots mercredi lors de la vente aux enchères controversée de Hermann Historica, en Allemagne. Il explique les raisons de ces achats.

Un haut-de-forme ayant appartenu à Adolf Hitler fait partie des lots qu’Abdallah Chatila a acquis mercredi, lors de la vente aux enchères controversée d’objets issus de l’Allemagne nazie. Crédit photo: AFP/Laurent Guiraud.

Pourquoi vous êtes-vous procuré ces reliques de l’Allemagne nazie?

J’ai souhaité acheter ces objets pour qu’ils ne soient pas utilisés à des fins de propagande néonazie. Ma démarche est totalement apolitique et neutre. Le populisme d’extrême droite et l’antisémitisme sont en train d’avancer dans toute l’Europe et dans le monde. Je ne voulais pas que ces objets tombent en de mauvaises mains et soient utilisés par des personnes aux intentions malhonnêtes.

Quelles pièces convoitiez-vous?

J’ai ciblé les objets les plus importants, qui ont un rapport avec Adolf Hitler. J’ai laissé de côté ceux qui étaient plus utilitaires et moins symboliques, comme des fourchettes, des gobelets ou des couteaux, par exemple.

Vous avez pu acheter tout ce que vous souhaitiez?

J’ai remporté presque tous les lots que je voulais. Il y a juste eu un petit manque de compréhension qui a fait que je suis passé à côté de certains objets importants. Il y a notamment un courrier signé avec Benito Mussolini et le roi d’Italie que j’aurais voulu acquérir.

Pouvez-vous dévoiler la somme que vous avez dépensée?

Les prix de vente sont publics. J’ai dépensé environ 600'000 francs.

Vous aviez déjà acheté de tels objets?

Non, c’est la première fois que je fais cela. J’ai décidé d’agir en apprenant la polémique qu’il y avait autour de cette vente et de ces objets issus de l’Allemagne nazie.

Qu’allez-vous faire de ces reliques du nazisme?

Pour moi, il faudrait les brûler car elles ne devraient pas exister. Mais les historiens pensent qu’il faut les garder pour la mémoire collective. Alors j’ai pris contact avec l’association Keren Hajessod dont l’objectif principal est de lever des fonds pour de nombreux projets et organisations en Israël. Je vais leur donner ces objets.

Où vont-ils aller?

Ils devraient être exposés dans un musée. Keren Hajessod choisira le lieu mais ce pourrait être au Mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem. Je n’y suis jamais allé, mais je sais qu’il comporte un musée où se trouvent des reliques de l’Allemagne nazie. Ils sont d’ailleurs en train de l’agrandir. Le but est de montrer que ce qui s’est déroulé n’était pas un mythe mais bien une réalité qu’il ne faut pas oublier.

Créé: 25.11.2019, 11h52

Démarche saluée dans la communauté juive

«Son action est très louable. Il mérite notre respect pour son intervention déterminée.» Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad), félicite Abdallah Chatila pour avoir acheté ces reliques de l’Allemagne nazie afin de les retirer du marché.

D’après lui, il est important qu’ils soient exposés dans un musée, à des fins de mémoire. «C’est essentiel. Ces objets, d’apparence banale pour certains, véhiculent un message. Ils portent un pan entier de l’histoire», juge Johanne Gurfinkiel. Ce dernier critique vivement le fait que de telles ventes puissent se dérouler.

La polémique avait fait rage en Allemagne les semaines précédant ces enchères. «Le commerce autour de cette idéologie intolérable est inadmissible, condamne le secrétaire général de la Cicad. Ces salles de vente portent une responsabilité en se remplissant les poches grâce à ces objets et en alimentant tout un marché de l’horreur.»

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