Hostile à l’autorité, il agresse un policier et un chauffeur de bus

Le prévenu, un adepte du longboard d’une vingtaine d’années, présente un risque de récidive «moyen à élevé».

Rue de Montchoisy: sur le trottoir (à g.), la terrasse où le policier a été frappé dans la nuit du 11 au 12 août 2018.

Rue de Montchoisy: sur le trottoir (à g.), la terrasse où le policier a été frappé dans la nuit du 11 au 12 août 2018. Image: DR

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L’été 2018 aux Eaux-Vives, le sort d’un policier genevois avait défrayé la chronique. Frappé par un passant, l’homme, qui avait dû être plongé un jour dans un coma artificiel, avait été opéré d’urgence à la tête. Il porte encore, un an plus tard, les traces d’une quinzaine de points de suture.

Selon nos renseignements, son agresseur, à l’origine de la mauvaise chute de l’agent, n’en était pas à son coup d’essai avec un homme représentant l’autorité: le 13 février 2018, il avait déjà frappé un chauffeur des Transports publics genevois (TPG).

Le Ministère public suspecte le prévenu, qui circulait sur une planche à roulettes, d’avoir asséné à l’homme en uniforme un «coup de genou au visage qui l’a fait chuter» suivi de «plusieurs coups dans le ventre, sur la tête et dans les jambes» en lui «disant qu’il allait le tuer s’il ne lâchait pas son longboard».

Âgé d’une vingtaine d’années, le prévenu se retrouve donc également poursuivi pour violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires, et pour lésions corporelles.

Autre révélation: le Ministère public a mandaté une expertise pour tenter de comprendre les agissements du prévenu. Le document qui vient d’être rendu à la fin du mois d’octobre conclut que la responsabilité du suspect est faiblement restreinte. En raison d’un trouble de la responsabilité, l’homme s’est senti en danger et il a réagi alors avec une violence disproportionnée. Le risque de récidive est considéré comme «moyen» à «élevé» dans des contextes «d’altercation avec des personnes représentant une forme d’autorité et qui s’adressent de manière brusque ou agressive envers l’expertisé».

«Un certain mépris»

Les experts relèvent un «certain mépris de l’autorité, des règles et des contraintes sociales». Pour limiter l’hypothèse d’une réitération, les experts préconisent un traitement ambulatoire qui pourrait s’étaler sur plusieurs années.

Le suspect admet avoir frappé le chauffeur. Il raconte d’abord lui avoir mis une tape sur l’épaule en l’évitant sur sa planche et affirme que l’homme en uniforme l’aurait pris à partie ainsi: «Je suis boxeur, je vais te taper.» Il aurait voulu repartir mais le chauffeur l’aurait entravé en lui prenant sa planche pour le taper, dit le suspect: «J’ai vrillé quand il m’a lancé le longboard.» S’ensuivent les coups. «Il m’a fait peur», déclare en substance l’expertisé.

Six mois plus tard, le prévenu a remis ça aux Eaux-Vives. L’inspecteur et un autre collègue en civil sont appelés en renfort pour une bagarre «qui opposait une dizaine de personnes» dans le quartier. Ils ne portent pas de brassards de police, pour des questions de discrétion, selon eux. Ils quadrillent le secteur. Des gendarmes les invitent alors à se rendre à la rue de Montchoisy, où se trouve «une bande de jeunes». Une autre patrouille de la police judiciaire fait de même. Les fonctionnaires se saluent. À ce moment-là, selon un agent, le prévenu a dit aux gendarmes: «Au lieu de vous saluer, vous feriez mieux de vous rendre sur les lieux d’une bagarre.»

Peu après, l’inspecteur en civil s’approche du prévenu, l’invite à se calmer et à quitter les lieux. Mais ce dernier a une bouteille en main, d’après un policier: «Mon collègue a voulu le repousser, témoigne l’agent. Sans succès.» C’est là que le suspect a frappé l’inspecteur au visage: «Un coup de poing direct et j’ai vu mon collègue tomber en arrière.»

Peur d’un homme énervé?

L’expertisé n’a pas la même version. Il raconte avoir eu peur de «son assaillant», cet «homme énervé». Certes, il avoue l’avoir frappé mais il est étonné «de l’avoir séché» de la sorte. Il accuse ensuite des agents de l’avoir rudoyé en lui écrasant la tête et en le frappant tout en disant: «Tu sais que tu viens de taper un flic? Au poste, tu vas passer un mauvais quart d’heure.» Il a ensuite fondu en larmes en réalisant qu’il allait aller en prison.

Son avocat, Me Dimitri Tzortzis, réagit: «Quand la police arrive sur place, la bagarre ne concerne en rien mon client. Il boit une bouteille de vin avec d’autres personnes sur une terrasse. Il se trouve alors à plusieurs dizaines de mètres. Mis à part le collègue de l’inspecteur blessé, les témoins entendus confirment les affirmations de mon client qui dit que le policier ne s’est jamais légitimé et n’avait pas de brassard. Ce sont ces circonstances qui lui ont fait croire qu’il se trouvait en état de légitime défense. Il pensait qu’une des personnes impliquées dans la bagarre venait l’agresser pour avoir dénoncé les faits aux gendarmes.»

Me Romain Jordan défend le policier agressé: «Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la similarité des deux situations. À chaque fois un agent public dans une position d’autorité est agressé avec une violence inouïe et gratuite, parce que le prévenu n’arrive pas à se maîtriser. Mais à chaque fois ce dernier trouve mille explications censées l’exonérer, aussi invraisemblables les unes que les autres. L’expertise a vu juste: le prévenu est dangereux. S’attaquer aux forces de l’ordre est un acte abject, qui doit être sévèrement réprimé.» Avocate du chauffeur des TPG, Me Aliénor Winiger confirme que son mandant, «victime dans cette affaire, a été violemment agressé alors qu’il cheminait sur un trottoir en uniforme».

Créé: 04.11.2019, 10h08

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