Grenouilles, coqs et vaches font trop de bruit à la campagne

Excédé par les plaintes, un maire français veut faire inscrire les sons des animaux au patrimoine de l’Unesco. Le débat a ses prémices en Suisse.

En France, les plaintes et incidents concernant les bruits d’animaux et autres travaux des champs nocturnes se multiplient dans les campagnes.

En France, les plaintes et incidents concernant les bruits d’animaux et autres travaux des champs nocturnes se multiplient dans les campagnes. Image: iStock

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Les coqs chantent, les vaches meuglent, les cloches tintinnabulent, les grenouilles coassent et les cigales craquettent. Idyllique univers sonore de la campagne? Pas pour tout le monde. En France, les plaintes et incidents concernant les bruits d’animaux et autres travaux des champs nocturnes se multiplient dans les campagnes.

Cette «guerre des bruits ruraux» comme l’appellent les médias français atteint un point tel que le maire de Gajac, une petite commune de Gironde (387 habitants), veut faire inscrire les bruits de la campagne au patrimoine immatériel de l’Unesco.

De la BBC au «New York Times», sa proposition a fait le tour du monde. En écho à cette idée, le député Pierre Morel-À-L’Huissier (Les Républicains) va déposer un projet de loi à la rentrée politique française. Il propose de dresser un patrimoine des sons et des odeurs de la campagne, comme le rapportait récemment le journal «Le Parisien». Cette liste viendrait renforcer les juges pour donner raison aux agriculteurs ou propriétaires d’animaux lorsque les conflits de voisinage s’enveniment jusqu’au tribunal.

Et en Suisse? Faut-il en arriver là? Directeur de l’Union suisse des paysans et conseiller national (PLR/FR), Jacques Bourgeois n’y est pas favorable. «Je ne suis pas pour légiférer à tout-va. En règle générale, cela se passe bien chez nous. Celui qui veut aller vivre en campagne pour avoir plus d’espace, pour le cadre de vie, ou en raison de loyers moins chers, doit accepter qu’il y ait des activités liées au monde rural. Et de notre côté, il ne faut pas abuser, et limiter les nuisances, comme lors des récoltes nocturnes, au nécessaire.»

Une commune prend les devants

Le maire de Bauma (ZH), commune nichée dans l’Oberland zurichois, salue au contraire les propositions françaises. «Oui, je trouve cela bien. Cependant, grâce à l’autonomie des communes et contrairement à la France, les Municipalités suisses ont déjà aujourd’hui la possibilité de protéger leurs valeurs culturelles. Les bruits ruraux font en effet partie de la campagne et de notre culture», affirme Andreas Sudler (indépendant).

C’est qu’à Bauma, la situation est unique. Depuis ce printemps, les sons des cloches des vaches et de l’église ne sont plus considérés comme du bruit. Les citoyens ont inscrit cette disposition dans leur règlement communal. «Nous avons eu très peu de plaintes liées au bruit des cloches. Mais nous avons décidé d’adopter ce nouveau règlement pour éviter les problèmes dès le départ», explique le maire. Car selon lui, les incidents se multiplient dans une campagne zurichoise grignotée par la ville. «Oui. Cela augmente d’année en année. Cela fait aussi partie de la juridification de la société. Mais à la fin, les grands gagnants sont les avocats, pas la vie communautaire.»

Des sites internet de protection juridique l’illustrent bien. À ce client qui ne «dort plus à cause des vaches», une assurance promet qu’il est possible d’interdire les cloches dans une zone d’habitation. Parce que la vie à la campagne, c’est «calme et paisible», écrit-elle. «Ce qui crée les conflits, ce sont des attentes irréalistes de la part des nouveaux habitants qui projettent leur comportement urbain sur la campagne, mais aussi de la part des communes qui cherchent à attirer de nouveaux contribuables en leur vendant la nature et le ressourcement», analyse le géographe Pierre Dessemontet.

La réalité sociologique française, à l’origine de la «guerre des bruits ruraux», s’invite ainsi peu à peu en Suisse.

«La différence entre la Suisse et la France est que cette dernière connaît depuis assez longtemps déjà une séparation nette entre les mondes urbains et ruraux, tandis que la plupart des Suisses ont conservé jusqu’à récemment un lien organique avec le monde rural, par la famille ou les amis», poursuit Pierre Dessemontet. Des plaintes pour des bruits de la campagne existaient en effet déjà il y a une vingtaine d’années en Suisse. Celle de la réalisatrice Jacqueline Veuve, qui avait saisi la justice contre un agriculteur des Monts-de-Corsier (VD), est restée dans les mémoires. Mais elles étaient rares.

«Aujourd’hui, on commence à avoir de vrais urbains qui n’ont plus du tout l’expérience de la campagne. Lorsqu’ils vont y chercher la tranquillité, ils sont tout surpris d’entendre le coq chanter à 5 heures du matin et les cloches des vaches tintinnabuler toute la nuit», explique Pierre Dessemontet.

«Peut-être que cet éloignement entre la population agricole et le reste de la population joue un rôle, conçoit Jacques Bourgeois. Les paysans ne représentent que 2% de la population active. Il nous revient d’expliquer aux 98% nos craintes, nos espoirs et notre apport à la société.»

Créé: 21.08.2019, 16h35

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