À Genève, les habitants de la Vieille-Ville veulent plus de logements

Une association a recensé tous les locaux occupés par l’État. Objectif: demander leur transformation en logements.

Dans le cœur historique de la ville de Genève, l’État occupe l’équivalent de 315 appartements de 4 pièces dans lesquels pourraient loger 1000 habitants supplémentaires.

Dans le cœur historique de la ville de Genève, l’État occupe l’équivalent de 315 appartements de 4 pièces dans lesquels pourraient loger 1000 habitants supplémentaires. Image: Laurent Guiraud/LMD

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La Vieille-Ville de Genève, un quartier fantôme? C’est la crainte de l’association des habitants du secteur historique de la Cité de Calvin, qui dénonce depuis des années sa gentrification. Dans l’espoir de rétablir une certaine mixité, ceux-ci se sont attelés à un travail d’envergure, l’inventaire de tous les bureaux occupés par des services de l’État. But de cette action: demander au Canton d’abandonner progressivement ses bâtiments pour les rendre à l’habitat.

Membres de l’association des habitants de la Vieille-Ville (AHCVV) et architectes, Florence Vandenbeusch et Dominique Egger (aujourd’hui disparu), ont commencé à rédiger ce catalogue il y a deux ans. Visite des locaux, consultation du cadastre, relevé des sites: leur travail fait état de 67 adresses différentes logées dans vingt bâtiments, soit 1250 pièces sur 28 000 m2. Au total, l’État occupe l’équivalent de 315 appartements de 4 pièces dans lesquels pourraient vivre 1000 habitants supplémentaires potentiels, selon leurs estimations. Sont-elles exactes?

Probablement pas tout à fait, étant donné les dernières rocades survenues lors de la réorganisation du Conseil d’État. Les chiffres précis n’ont pas pu nous être fournis par le Canton à l’heure où nous publions.

Pour estimer l’étendue des bureaux de fonctionnaires en Vieille-Ville, il faut ajouter aux locaux de l’État ceux occupés par la Ville de Genève. La Municipalité loge notamment au 4 et 5 rue de l’Hôtel-de-Ville sur quatre étages, où l’on trouve les différents départements, excepté celui de la culture et du sport, expatrié à Malagnou. D’autres collaborateurs communaux s’activent également rue de la Croix-Rouge. La surface totale utilisée n’a en revanche pas pu nous être détaillée par la Ville, où aucun déménagement n’est prévu, selon nos informations.

Pourquoi les habitants s’intéressent-ils aux bureaux des fonctionnaires? Car ceux-ci seraient trop nombreux dans ce quartier d’environ 3000 âmes, et participeraient à la désertification de ce dernier, estime l’AHCVV. Certes, leur présence génère une animation durant la pause de midi et aux heures de pointe.

«Mais durant le week-end, les rues sont vides, presque tous les bistrots et restaurants sont fermés, relève Andrienne Soutter, membre de l’association et ancienne élue municipale. Il n’y a pas assez de logements abordables et plus assez d’habitants dans notre quartier. Certains bâtiments sont quasi vides. Sans compter que les commerces de proximité tendent à diminuer.» Roman Juon, membre de l’association et ancien conseiller municipal, ajoute: «Ce que nous voulons pour notre quartier, c’est une véritable mixité.»

Relogés à la jonction

Mais l’association est allée plus loin que le simple listing, en joignant des exemples de bureaux réaménagés en logements. Des étudiants en architecture d’intérieur de la Haute École d’art et de design (HEAD) ont travaillé au semestre de printemps de 2017 sur des projets de transformations en appartements de l’immeuble 11-14 rue de l’Hôtel-de-Ville et 7 place de la Taconnerie (bureaux de Pierre Maudet).

«Avec ce projet, nous voulons démontrer qu’un retour aux sources est possible, même si nous ne pourrons plus recréer les magnifiques logements des patriciens de l’ancien régime, car les besoins prépondérants de la population aujourd’hui sont autres», notent les auteurs de l’étude. Ceux-ci ont même proposé de reloger les fonctionnaires dans une tour à la Jonction, dans le cadre du projet Praille-Acacias-Jonction (PAV). C’était le rêve de Dominique Egger, nous dit l’association.

Une fois leur inventaire rédigé, les habitants ont rencontré le président du Conseil d’État, Antonio Hodgers. «Celui-ci nous a affirmé qu’il y avait une volonté de l’État de favoriser le logement au centre-ville, mais nous a dit qu’il n’était pas le bon interlocuteur», explique Florence Vandenbeusch. Celle-ci souhaite reprendre ses investigations, les actualiser et rencontrer le magistrat chargé des infrastructures, Serge Dal Busco.

Les fonctionnaires avaient pourtant «failli» déménager. En 2009, un projet de réorganisation de l’administration avait émergé, prévoyant la construction d’un centre administratif hors Vieille-Ville. Il a été depuis abandonné.

Créé: 23.02.2019, 22h32

La «verrue» du quartier historique bientôt disparue?

Au bas de la Vieille-Ville, on trouve un parking d’une quarantaine de places, derrière la salle de spectacle de l’Alhambra. Alors que le quartier manque d’habitants, selon l’association, ce site devrait désormais accueillir du logement.

Cette «friche de la honte», comme l’appellent les habitants, a son histoire. En 1995, les Genevois votent le maintien de l’Alhambra, en lieu et place de la construction d’un parking, et plébiscitent l’émergence de logement sur la parcelle incriminée.

En 2010, un crédit d’étude pour un concours d’architecture de 1,9 million de francs est accepté par le Municipal, sans être finalement utilisé. En 2016, l’AHCVV dépose une pétition auprès du Conseil municipal de la Ville de Genève qui l’étudie en commission.

Aujourd’hui, le texte revient sur le devant de la scène puisqu’il sera prochainement discuté en plénière. Mais lors des auditions, plusieurs problèmes ont été pointés du doigt.

Tout d’abord, la parcelle est en pente. Y construire un immeuble est donc un vrai défi, selon la Ville. Par ailleurs, le site ne pourrait accueillir que 20 à 25 logements, en plus de quelques commerces et de dépôts. Peu d’appartements, donc, en regard du coût, sans oublier que les places de parkings supprimées ne seront pas compensées.

Les lieux sont d’ailleurs mal orientés: les futurs locataires n’auront ainsi droit qu’à peu de soleil. Des trouvailles archéologiques risquent aussi d’être dénichées sous le bitume. Bref, pour la Ville, le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Mais l’association des habitants ne voit pas les choses de la même façon. Ses membres se sont retroussé les manches pour faire avancer le dossier.

«Nous avons collaboré avec des experts (architecte, ingénieur, etc.), pour montrer à la Ville que construire ici est vraiment possible, en travaillant sur la pente du terrain et non en excavant les sous-sols», assure Florence Vandenbeusch.

Pour l’association, le projet est rentable. Celle-ci propose un nombre de logements plus important que la Ville, soumis au régime d’habitations à bon marché ou au régime mixte.

Auditionnés en commission, les habitants ont rappelé le «choix du peuple» d’installer du logement sur cette parcelle. Leur voix semble avoir été entendue: les élus municipaux ont accepté de renvoyer la pétition à l’Exécutif, en lui recommandant «de lancer un appel à candidature ou de prendre contact avec des coopératives pour les impliquer dans le processus du concours».

Réponse lors de la prochaine séance du Municipal, cette semaine.

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