Combien gagnent les footballeurs?

Le Matin dimanchePour suivre la logique des mouvements liés au mercato, plongée dans les rémunérations des joueurs en 2018. La Premier League anglaise et Barcelone cassent la tirelire.

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Près de 3,9 millions de francs! Voilà le salaire annuel moyen d’un joueur de Premier League pour la saison en cours. Selon une étude* de Sportingintelligence.com, publiée fin 2018, le championnat anglais a encore conforté son statut de leader mondial en termes de rémunération. C’est 36% de plus que la Liga espagnole, près du double de la Serie A italienne et de la Bundesliga allemande, alors qu’en France, les joueurs de Ligue 1 ne reçoivent qu’un tiers de la rémunération de leurs homologues «britanniques» (voir graphique ci-dessous).

Ces écarts énormes deviennent abyssaux dès que l’on sort du giron des «Big 5», les cinq grandes ligues européennes. Deux exemples parmi les 68 pays analysés par l’institut: en Suisse, pourtant pas si mal lotie, le salaire moyen (320 000 francs par an) est 12,2 fois inférieur à celui de l’Angleterre, alors qu’il est même 97 fois inférieur en Serbie (41 700 francs), nation pourtant réputée pour la qualité de ses joueurs.

À l’heure où les millions du mercato d’hiver s’apprêtent à tomber comme des flocons, cet instantané met en lumière le fossé toujours plus important entre les championnats dits «mondialisés» et les autres. L’étude de Sportintelligence.com révèle également des surprises, à l’image de la présence dans le haut du tableau de l’Arabie saoudite, qui traduit une volonté géopolitique de briller par le football, en offrant des ponts d’or (près de 500 000 francs annuels) dans un championnat sans aucune visibilité. De quoi expliquer certains mouvements surprenants, comme celui, récent, de l’Ivoirien Sékou Sanogo: le milieu de terrain a quitté Young Boys juste avant Noël pour rejoindre Al-Ittihad, alors même que l’AS Monaco et la Roma avaient marqué leur intérêt.

Si l’Angleterre caracole en tête du classement par pays, côté clubs, les leaders anglais s’inclinent devant les géants espagnols. Avec un salaire moyen annuel par joueur de 13,6 millions, le FC Barcelone est même redevenu le champion du monde tous sports et ligues confondus, délogeant les géants du basket américain qui caracolaient en tête en 2017. Il faut dire que le Barça a vécu un exercice intense avec, entre autres dépenses, les revalorisations des contrats de Lionel Messi, Gerard Piqué, Samuel Umititi et Sergio Busquets. Il devance le Real Madrid (10, 5 mios), la Juventus (8,7 mios), Manchester United (8,5 mios), le Bayern (8,2 mios). L’Atlético Madrid (8 mios), le PSG (7,9 mios), Manchester City (7,8 mios) et Chelsea (6,5 mios) complètent ce «top 10» de la démesure.

Énormes écarts à l’intérieur des ligues

Mais les inégalités ne se lisent pas qu’entre pays. À l’intérieur même des ligues, les disparités sont également énormes. La palme du grand écart revient à la France, où le salaire moyen annuel offert par le Paris Saint-Germain à ses joueurs est 26,6 fois supérieur à celui de Nîmes. En Allemagne, les stars du Bayern gagnent en moyenne 20,5 fois plus que les tâcherons de Nuremberg. Un multiple à peine supérieur à celui qui existe en Espagne entre le Barcelone et Valladolid (19,1). Quant aux rémunérations de la Juventus, boostées par Cristiano Ronaldo, elles sont 16 fois supérieures à celle d’Empoli.

Paradoxalement, l’écart est le moins important dans la ligue la plus riche, puisqu’en Angleterre, Manchester United ne paie que 6,1 fois plus que Cardiff. Comme le relèvent les auteurs de l’étude, ces disparités existent partout. Sauf peut-être en Australie, qui affiche le championnat financièrement le plus équilibré avec un ratio de 1,14. Constat intéressant: cet équilibre salarial semble rejaillir sur la compétition elle-même. Ce n’est peut-être pas un hasard si sept équipes différentes sont devenues championnes au cours des dix dernières années.

* Global sports salaries survey 2018

Écart 3,575 En millions de francs, la différence entre le salaire annuel moyen d’un professionnel évoluant en Super League suisse et son homologue de la Premier League anglaise.

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Ceux qui paient le mieux ne sont pas les meilleurs
Des droits TV de plus de 6 milliards de francs sur trois ans ont propulsé la Premier League sur une autre planète. Pour de meilleures équipes? Pas forcément, la preuve par les résultats obtenus en Coupe d’Europe. Selon Omar Chaudhuri, directeur de Football Intelligence, «une équipe moyenne de Premier League paie 79% de plus en salaires qu’une équipe de niveau comparable sur le continent».
L’argent a transformé les clubs en cible. Joueurs, agents ou concurrents savent que les Anglais ont les poches profondes. La simple nouvelle de l’intérêt d’un club anglais pour un joueur est une invitation à faire grimper son prix. Reste à savoir pourquoi les dirigeants acceptent de payer plus pour des talents communs. Président de Crystal Palace, Steve Parish semble avoir un début d’explication: la paresse engendrée par la richesse: «Nous pourrions tous faire, moi le premier, un meilleur travail en termes de recrutement et de sélection de la provenance des joueurs achetés.» Aux fainéants les mains pleines.

La richesse des clubs fait aussi le bonheur des agents
Sommes de transfert et salaires en hausse dans les championnats les plus riches ne font pas que le bonheur des joueurs. Ils donnent aussi le sourire aux agents.
Selon le rapport 2018 de la FIFA, le montant des commissions payées aux intermédiaires en 2018 s’est monté à 540 millions de francs. Près de 510 millions ont été versés sur le continent européen. Par pays, ce sont les clubs anglais et italiens, avec respectivement 155 et 132 millions de francs de commissions, qui ont versé le plus d’argent aux agents, surtout ceux que l’on mandate pour obtenir le transfert de joueurs. Suivent l’Allemagne (55 mios), le Portugal (43 mios) et l’Espagne (38 mios).
Selon les données de Transfert Matching System, avec lequel elle enregistre tous les mouvements, la fédération mondiale estime que plus de 2 milliards de francs lui ont été versés depuis 2013. Neuf transferts ont engendré une commission supérieure à 10 millions de francs. À 468 reprises, celle-ci s’est située entre 1 et 10 millions.

(Le Matin Dimanche)

Créé: 08.01.2019, 14h38

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