Il y aura plus de femmes et plus de mères au Palais

C’est inédit: 41% des sièges du Conseil national seront féminins. Beaucoup de clichés sont ainsi brisés, sauf celui d’un parlement de plus en plus élitaire.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Complet gris, cravate noire, gouaille du paysan et assurance de l’avocat. Cette image type du député suisse, au niveau fédéral, va prendre un sérieux coup dès le mois de décembre. Quatre mois après la deuxième grève féministe, les votants ont élu un nombre record de femmes au Conseil national: 82!

Elles occuperont 41% des 200 sièges – en tenant compte des changements survenus dans le courant de la semaine – contre 32% en 2015. «Cette avancée est inédite. La Suisse se trouve désormais bien au-dessus de la moyenne européenne», relève Andrea Pilotti, politologue et membre de l’Observatoire des élites suisses de l’Université de Lausanne.

L’évolution est spectaculaire. Il y a encore vingt ans, le Conseil national comptait moins d’un quart de femmes. Comment ce rattrapage a-t-il été possible? Il vient d’abord confirmer une grande lapalissade. Pour qu’il y ait des élues, il faut des candidates: elles étaient 40% à postuler, cette année, sur les listes électorales, un record.

«Il y a eu toute la campagne d’Helvetia Ruft (ndlr: organisation portée par les sections féminines des partis avec le soutien d’Operation Libero pour encourager les candidates), souligne la vice-présidente du Conseil national Isabelle Moret (PLR/VD). Notre message était de dire aux femmes qu’elles n’avaient pas à choisir entre famille, travail et politique, que la conciliation était possible.»

Ces trois dernières années, la visibilité de causes féminines a aussi fait un bond en avant, avec le mouvement international MeToo, l’élection de deux femmes au Conseil fédéral, puis la grève féministe, en Suisse. Cela a porté ses fruits, de gauche à droite de l’échiquier politique: dans tous les partis, sauf le PDC, on trouve la parité parmi les nouveaux élus, comme l’a montré une étude réalisée par Andrea Pilotti et Roberto di Capua, de l’Université de Lausanne.

Pour expliquer cette vague violette, il faut ajouter une autre couleur: le vert. Sans la victoire des partis écologistes, la progression des femmes, à Berne, n’aurait pas été aussi marquée. «Vu l’historique du parti, qui a toujours compté un taux important d’élues, lorsque les Verts gagnent, la part de femmes augmente. C’est indissociable», explique Andrea Pilotti.

Plus de jeunes, plus de mères

Pour savoir qui sont nos 82 représentantes au Conseil national, nous avons passé au crible leur profil socioprofessionnel, leur âge, leur situation familiale. Résultats: elles sont un peu plus jeunes, avec une moyenne d’âge de 46 ans, contre 48 ans pour la députation féminine élue en 2015. Les nouvelles élues ont abaissé la moyenne des sortantes. Dix sur 31 ont moins de 36 ans.

Autre marqueur: les jeunes mamans engagées à Berne étaient des exceptions, il y a encore vingt ans. Aujourd’hui, les nouvelles élues au Conseil national sont 68% à être mères, une proportion en hausse depuis 2015. «J’en suis ravie, nos efforts n’ont pas été vains», se réjouit Isabelle Moret (PLR/VD).

Avec la présidente du Conseil national Marina Carobbio (PS/TI), elles ont mis en place une salle d’allaitement au Palais fédéral et ont aidé les jeunes parents dans leur organisation. «De jeunes parlementaires fédérales, dont les grossesses ont été médiatisées, ont aussi servi de modèles», relève la Vaudoise.

Faut-il y ajouter un effet vert? En pleine crise climatique, plusieurs des nouvelles élues dédient ouvertement leur engagement politique à leur progéniture. Ainsi la «Greta tessinoise», la Verte Greta Gysin, 36 ans, 3 enfants: «Mon plus grand bonheur, ce sont mes enfants. C’est aussi pour eux que j’ai décidé d’entrer dans la politique active. Je veux m’engager pour les droits de la génération future.» La Vert’libérale Judith Bellaïche (ZH) écrit: «Mon combat politique est fortement lié au monde que je souhaite laisser à mes deux enfants».

Des femmes bardées de titres

Sur le plan socioprofessionnel, la députation féminine compte davantage d’universitaires que la moyenne du Conseil national (65% contre 61%). Cela n’étonne pas Andrea Pilotti: «On voit que l’académisation des femmes, de manière générale, se répercute désormais aussi en politique.»

Mais tout à coup, le doute pointe: faut-il être universitaire pour avoir accès à la politique? Pour pouvoir être élue? «On a un effet de démocratisation avec l’élection de davantage de femmes. Mais ces élues ne sont pas représentatives de toutes les Suissesses», observe le politologue tessinois.

Une autre chose frappante est le nombre d’entre elles qui exercent des métiers techniques: ingénieure agronome, économiste, spécialiste en constructions métalliques. Ces femmes cassent les préjugés, relève Andrea Pilotti. Mais… «le gros bémol, c’est que toute une série de milieux professionnels où les femmes sont très actives ne sont pas représentés», résume-t-il. En somme, pour défendre leurs intérêts à Berne, l’infirmière, l’ouvrière ou encore la psy devront toujours s’en remettre à des représentants(e)s indirect(e)s.

Créé: 27.10.2019, 12h35

La nouvelle représentation féminine pèsera sur six dossiers

Avec 41% d’élues, le nouveau Conseil national va-t-il faire de la politique autrement? La conseillère aux États démissionnaire Géraldine Savary (PS/VD) en est persuadée. «C’est le début d’une nouvelle ère. Jusqu’à présent, les élues ont dû s’intégrer dans un monde qui n’était pas le leur. Il leur a fallu adopter les codes masculins: parler fort, occuper l’espace.» Le rééquilibrage des genres sous la Coupole va inévitablement changer la donne, estime la Vaudoise.

La PDC Doris Leuthard décrit avec des mots forts son expérience d’un Conseil fédéral à majorité féminine: «Nous avons pris des décisions plus courageuses.» Inédite, la nouvelle configuration du parlement amène, cela dit, plein de questions: en étant plus nombreuses, le sentiment de sororité qui pouvait unir des politiciennes au parcours de vie similaires va-t-il céder la place à des rivalités sans merci?

Par quels mots les médias vont-ils remplacer les fameux «ténor» et autres «tribun» utilisés sans cesse? «On ne parlera pas de tribunes, ni de poids lourds, ça serait bizarre. Un nouveau narratif va s’écrire», estime Géraldine Savary. La socialiste a une autre conviction: plus de femmes au parlement ne veut pas dire que la politique deviendra «bienveillante».

Au-delà de la manière de débattre, la progression du nombre d’élues va influencer la façon dont s’organise la politique fédérale. «Nous avons désormais plus de chances d’en finir avec ces trois semaines de session consécutives, difficiles à concilier avec le travail et la famille», espère Isabelle Moret, vice-présidente du Conseil national.

Le curseur pourrait aussi bouger sur toute une série de dossiers. La précédente législature en a donné des indices: tant sur l’égalité salariale que sur le congé paternité, les votes de conseillères nationales dissidentes ont marqué.

S’il n’y a pas de politique commune à toutes les politiciennes, il y a des soucis communs, notamment en matière d’égalité. Flavia Kleiner, coprésidente d’Operation Libero, se réjouit de ce rééquilibrage. Mais elle ne peut s’empêcher d’ajouter: «J’espère que le jour viendra où il ne faudra plus compter sur les femmes pour défendre ce qui touche à l’égalité. C’est un sujet qui concerne tout le monde.» Parmi tous les dossiers, la nouvelle vague violette pourrait peser sur six en particulier.

Le congé parental

Le congé paternité de deux semaines? Tout juste acquis de haute lutte, il passe déjà pour un combat d’arrière-garde. La clé pour atteindre l’égalité entre hommes et femmes, c’est le congé parental aux yeux de ses partisans. L’idée d’un congé de 28 semaines – 14 pour les pères et 14 pour les mères – est dans l’air. Verts, socialistes et Vert’libéraux comptent désormais 83 voix au National pour le faire passer. L’appui de femmes d’autres partis pourrait être déterminant.

L’âge de la retraite

Pour assainir l’AVS, le Conseil fédéral propose de relever l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, avec des compensations pour certaines. Selon Géraldine Savary, un parlement plus féminin pourrait avoir une influence sur ce serpent de mer. «Cela permettra-t-il de rejeter l’élévation de l’âge? Ou de trouver une alternative?

Les femmes bourgeoises ne vont peut-être pas voter contre l’élévation, mais elles pourraient décider de rouvrir le chantier de la réforme du deuxième pilier», analyse la socialiste. Dans un récent sondage, seules 32% des femmes s’étaient prononcées en faveur d’une hausse.

Les violences faites aux femmes

Le nouveau parlement devra se pencher sur le durcissement des peines pour viol et la redéfinition de cet acte. Il pourrait en profiter pour aller plus loin. Une étude d’Amnesty a montré qu’une Suissesse sur cinq a subi un acte sexuel sans consentement et que seules 8% d’entre elles ont porté plainte.

Une source d’explication: le seul fait de ne pas avoir consenti à un acte sexuel n’est pas constitutif d’un viol en Suisse.

L’imposition individuelle

La bagarre sera relancée sur l’imposition individuelle, qui veut que la taxation des couples mariés ne se fasse plus sur une seule, mais sur deux déclarations. Chacun la sienne.

«L’imposition individuelle encouragerait beaucoup plus de femmes à travailler ou à travailler plus. Le modèle actuel ne favorise pas les modèles progressistes», estime Flavia Kleiner, d’Operation Libero.

Maternité

La femme qui subit aujourd’hui une fausse couche doit payer, seule, des frais qui incombent à l’assurance maladie. Cela fait débat. Les élues pourraient faire pression pour la prise en charge des frais de maternité et de grossesse dès le départ. Autre dossier sensible: le licenciement des mères à leur retour au travail.

Mariage pour tous et PMA

Le projet sera sur la table du nouveau parlement dès cet hiver. Verts, Vert’libéraux, PS et PLR y sont acquis. Au Conseil des États, les femmes PDC, acquises à ce projet, pourraient jouer les arbitres.

Articles en relation

Voici les visages du nouveau Parlement

Élections fédérales Quels sont les visages du nouveau Parlement? Qui s’est fait réélire? Voici les 200 membres du Conseil national ainsi que les membres déjà élus au Conseil des Etats. Plus...

Découvrez comment votre commune a voté

Élections fédérales D’Anières à Zermatt, notre service vous montre pour quels partis chacune des quelque 2000 communes de Suisse a voté au Conseil national. Il compare ces résultats avec ceux de ces dernières années. Plus...

La vague verte gagne le National et les Etats

Fédérales 2019 Les partis mettant en avant l'écologie ont réalisé une progression au Conseil national et aux Etats, lors des élections fédérales. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Hong Kong: un pays, deux systèmes
Plus...