Faut-il punir les skieurs qui descendent trop vite?

RèglementUn accident mortel de ski à Lenk (BE) rallume le débat sur la sécurité des pistes. Un professionnel tessinois veut des contrôles réguliers et des sanctions exemplaires.

Les skieurs ont l’impression de dévaler les pentes en moyenne à 30 ou 40 km/h, alors qu’ils peuvent en réalité facilement atteindre 70 km/h, voire davantage.

Les skieurs ont l’impression de dévaler les pentes en moyenne à 30 ou 40 km/h, alors qu’ils peuvent en réalité facilement atteindre 70 km/h, voire davantage. Image: georgeclerk/Getty Images

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Le drame. Un skieur et une jeune skieuse se sont percutés sur le domaine de Lenk, dans l’Oberland bernois. La collision a eu lieu le 27 décembre à 14 h 30, au-dessus de la station intermédiaire de Metsch. Grièvement blessée, la fillette a été héliportée à l’hôpital où elle est décédée un jour après. La petite Bernoise s’appelait Larina. Elle était âgée de 4 ans et venait d’Aarberg, rappelle l’avis mortuaire qui a été publié jeudi dernier dans la «Berner Zeitung».

Le lieu de l’accident n’était pas un endroit dangereux, selon la station. «C’est une piste bleue. Je l’ai déjà empruntée avec ma fille de 5 ans», déclare Nicolas Vauclair, le directeur des remontées mécaniques du domaine de Lenk. Une enquête pénale a toutefois été ouverte, comme le veut la procédure. «Les investigations sont toujours en cours», nous a précisé en fin de semaine Christoph Gnägi, porte-parole de la police cantonale bernoise.

Les réactions n’ont pas attendu les conclusions de cette enquête. Giovanni Frapolli, que nous avons contacté, explique que cet accident rallume le débat sur la sécurité des pistes de ski. Le propriétaire de la station de Bosco Gurin, la plus importante du Tessin, est connu pour sa rigueur. Selon lui, il faut renforcer les contrôles sur les pistes balisées et punir les skieurs qui ne respectent pas les règles.

Cette poigne détonne en Suisse. Le milieu des remontées mécaniques est plutôt libéral. La police des neiges n’existe pas, contrairement à l’Italie (lire encadré). Nicolas Duc, président de la Commission suisse pour la prévention des accidents sur les descentes pour sport de neige (SKUS), estime qu’elle n’est pas nécessaire. Les stations sont responsables de la sécurité sur leur domaine où les règles de la Fédération internationale de ski (FIS) et de la SKUS s’imposent.

Pour le reste, il y a la justice pénale et civile. «Les accidents graves sont rares», affirme Marc Kipfer, du Bureau de prévention des accidents. Dans la pratique du ski alpin (ce qui exclut les catégories du hors-piste et de la randonnée, et du snowboard), il y a en moyenne moins de dix cas mortels par an. En 2017, deux.

Alors que faire? Répression ou autorégulation? Petit tour d’horizon de ces questions sécuritaires et de leurs solutions.

La vitesse

Les spécialistes l’affirment. Les skieurs, parfois les plus expérimentés, évaluent mal leur vitesse. «Ils ont l’impression de descendre en moyenne à 30 ou 40 km/h, alors qu’ils peuvent atteindre facilement 70 km/h, voire davantage», affirme Nicolas Vauclair. L’enquête sur l’accident de Lenk devra déterminer si une vitesse inadaptée est en cause. Mais «ce n’est de loin pas le seul critère déterminant», précise Nicolas Duc qui est aussi avocat.

Cette mauvaise évaluation de la vitesse peut représenter un danger au moment du freinage. Giovanni Frapolli est intransigeant. «Nos patrouilleurs sont formés pour détecter une vitesse inadaptée. Le fautif est arrêté et renvoyé au bas de la vallée en télésiège. Sa carte journalière lui est retirée. Après deux avertissements, un abo de saison est annulé.»

Marco Galliker, porte-parole des remontées mécaniques suisses (RMS), rappelle que les skieurs connaissent les règles FIS et les respectent. Notamment la règle numéro 2, la plus importante, qui dit que tout skieur doit «descendre à vue» et «adapter son comportement aux conditions du terrain».

Le damage

La prise de vitesse s’explique aussi par la nouvelle façon de skier. Les champs de bosses ont disparu depuis longtemps. Et avec, la godille des années 1980. Aujourd’hui, les pistes sont des billards lisses, rectilignes. Et le carving s’est imposé dans la technique et l’équipement. Enfin, la neige artificielle est devenue la norme.

Cette révolution a tout changé. Chaque skieur, même moyen, peut désormais débouler. Les chutes ont aussi évolué: elles sont plus dangereuses. La neige artificielle est plus compacte, c’est comme du marbre. Ce qui favorise les fractures.

Faut-il interdire le carving? Bannir les boulevards sans aspérité? «Difficile», répondent les spécialistes. La pratique du ski est une industrie de masse, très résistante. Aujourd’hui, les amateurs sont habitués au carving. Ils sont équipés pour et ils en redemandent. «Certains clients se plaignent dès que des amoncellements de neige fraîche apparaissent sur les pistes de Lenk», détaille Nicolas Vauclair.

L’alcool

Une journée de glisse s’accompagne de la pause de midi et de l’après-ski. Autant de moments qui peuvent inciter à la consommation d’alcool. Ce comportement festif est favorisé par l’image de coolitude, jeune et branchée de certaines stations.

À Bosco Gurin, l’ivresse sur les pistes est réprimée tout autant sévèrement que la vitesse inadaptée. Marco Galliker des RMS estime, lui, que ce «problème d’alcool n’existe pas». Selon lui, les statistiques des accidents le prouvent. L’expérience montrerait que les rares skieurs qui abusent décident volontairement de redescendre en cabine.

Les pistes différenciées

La piste bleue est la plus facile. Suivent la rouge et la noire. Zermatt a adopté une catégorie supplémentaire: la Slow slope. «Elle est réservée aux enfants et aux amateurs. Cette partie est limitée à 30 km/h», explique Mathias Imoberdorf, porte-parole de la station au pied du Cervin. Difficile toutefois de savoir si cette limitation est respectée. «Nous ne faisons pas de contrôle sur le domaine. De manière générale, nos clients se comportent bien», conclut-il. (Le Matin Dimanche)

Créé: 05.01.2019, 22h20

En Italie, les amendes vont de 40 à 500 euros

«En Suisse, la présence de la police sur les pistes ne se justifie pas encore. Les patrouilleurs peuvent faire le travail», estime Giovanni Frapolli, de Bosco Gurin (TI). En Italie, «une police nationale des neiges existe depuis les Jeux olympiques de Cortina d’Ampezzo en 1956», explique le policier Paolo Giacomini. Il est responsable du groupe de secours et de sécurité de montagne pour la station de Cervina dans le val d’Aoste qui est reliée à Zermatt (VS).

Le chef dirige une unité de sept agents en uniforme. Ses hommes sont équipés d’une paire de skis aux pieds et d’une arme de poing à la ceinture. Chacun reçoit une formation de base de policier à laquelle s’ajoute celle spécifique de premier secours en montagne.

Cette section assure aussi la circulation sur les pistes. Paolo Giacomini explique que le 90% du Code de la route se retrouve dans une loi qui réglemente le trafic sur les pistes. Ses policiers peuvent amender les fautifs. Ils n’ont pas de radar, mais peuvent sanctionner un excès de vitesse. L’abus d’alcool et les comportements inadéquats sont aussi dans le viseur.

Les contraventions vont de 40 euros pour les têtes nues (un jeune de moins de 14 ans doit porter un casque) à 500 euros pour la conduite dangereuse d’une moto neige. «Nous comptons une trentaine d’amendes par saison. Mais notre rôle est avant tout préventif. Le domaine doit rester un lieu de détente et de loisir», conclut Paolo Giacomini.

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