Évacuation à la Servette: «C’est étrange de devoir partir comme ça»

Des habitants ont dû quitter leur logement situé dans un immeuble qui menace de s’effondrer. Une des premières locataires à avoir été relogée témoigne.

Katia vit provisoirement à l’hôtel. Elle a dû quitter son appartement de la Servette, dans un immeuble qui risque de s’effondrer à tout moment.

Katia vit provisoirement à l’hôtel. Elle a dû quitter son appartement de la Servette, dans un immeuble qui risque de s’effondrer à tout moment. Image: Yvain Genevay

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Katia et son mari sont passés du jour au lendemain d’un confortable trois-pièces genevois à une chambre d’hôtel. Ils vivaient au numéro 89 de la rue de la Servette. Tout a basculé mercredi, quand les propriétaires ont communiqué aux habitants que l’immeuble pouvait s’effondrer à tout moment. Le défaut date de la construction, en 1964. Katia est une des premières à avoir accepté le relogement à l’hôtel. «Je n’ai plus envie de rester dans l’appartement, ça me fait un peu peur», témoigne cette Genevoise âgée de 34 ans.

Elle vivait à la Servette depuis 2009. «Cela faisait dix ans que j’y étais, c’est long. C’est étrange de devoir partir comme ça, si vite, pour aller dans une chambre, rapporte Katia. C’est choquant pour tout le monde, mais j’ai des voisins qui étaient là depuis quarante-cinq ans. Pour eux, c’est encore plus difficile.» La vie de la trentenaire est bouleversée. Elle a dû prendre congé pour préparer ce déménagement forcé. Elle l’a commencé avec sa mère. Son mari, à l’étranger au moment de l’annonce, l’a rejointe samedi. «Il faut faire les cartons, les valises. On accumule plein de choses en dix ans. Ce n’est pas évident», reconnaît Katia. Aujourd’hui, ses affaires s’entassent dans des valises au milieu d’une chambre d’hôtel.

La Genevoise précise que les locataires ne doivent pas toucher aux meubles, en raison de la faiblesse du bâtiment. «On nous a dit que c’était dangereux. Des déménageurs viendront les prendre à partir de mercredi pour les mettre dans un garde-meubles», explique Katia. Elle ne se montre pas très rassurée à l’idée de devoir venir tous les jours pour faire réunir ses affaires. «Cela fait un peu peur, mais j’imagine que ça doit aller si on nous laisse l’accès, positive-t-elle. Ce n’est pas très agréable d’y être contraints, mais il faut bien déménager.»

À partir de ce lundi, les habitants qui ont quitté l’immeuble pourront retrouver un semblant de confort. Ils vont pouvoir rejoindre des appart’hôtels, des studios équipés d’une cuisine. «Les propriétaires ont accepté celui que j’ai proposé. Je suis contente, ce sera plus confortable qu’une chambre», se réjouit-elle. Les habitants y vivront le temps de trouver un nouveau logement. À Genève, où la pénurie de surfaces habitables fait rage, cela risque de prendre du temps. Katia espère que sa situation va vite s’arranger. «J’ai déjà vu un appartement qui m’intéresse, pas loin de l’ancien. Je croise les doigts pour l’obtenir.»

Assistance des propriétaires

Contactés, les propriétaires des allées 89-91-93 confirment leur intention d’accompagner les habitants délogés.

«Des efforts tous azimuts ont été entrepris, aussi bien auprès des entités publiques existantes que des partenaires privés du propriétaire pour identifier les logements vacants susceptibles de répondre aux besoins des locataires de la Servette», affirme Marc Comina, responsable de la communication.

Katia se montre en tout cas satisfaite de leur action: «Ils nous ont aidés en finançant l’hôtel et l’appart’hôtel. On doit encore trouver un nouveau logement, mais la régie est là pour répondre à nos questions. J’espère que cela va continuer comme ça.»

Créé: 06.10.2019, 09h01

Les propriétaires donnent leur version

Dès l’annonce de l’évacuation d’urgence, des doutes se sont fait entendre quant aux intentions des bailleurs.

Pour certains, l’expertise faisant état de la dangerosité des lieux tomberait à pic pour les propriétaires, qui pourraient tirer profit de la situation pour augmenter les loyers via une rénovation, voire une démolition-reconstruction. Contactés, ils réfutent en bloc.

Le rapport a été établi alors qu’une onéreuse réfection était déjà en cours. Et les travaux qui s’annoncent devraient coûter plusieurs millions.

«À cela s’ajoute le fait que les loyers sont contrôlés à Genève, y compris dans un immeuble reconstruit à neuf. Dans ces conditions, l’hypothèse d’une opération immobilière lucrative est tout simplement absurde», assurent-ils.

L’avocat de l’Asloca, Me Christian Dandrès, confirme ce mécanisme. «À Genève, les loyers sont limités lors d’une destruction-reconstruction, ce qui restreint ce risque, affirme-t-il. J’ai aussi pu lire l’expertise et elle me semble tout à fait sérieuse.»

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