L'une de ces deux personnes sera sans doute votre prochain ministre

Conseil FédéralLa succession de Doris Leuthard devrait se jouer au PDC entre la Valaisanne Viola Amherd et le Zougois Peter Hegglin. Avec un léger avantage, à ce stade, pour la résidente de Brigue.

À gauche, Viola Ahmerd, 56 ans, conseillère nationale (VS). À droite, Peter Hegglin, 57 ans, conseiller aux Etats (ZG).

À gauche, Viola Ahmerd, 56 ans, conseillère nationale (VS). À droite, Peter Hegglin, 57 ans, conseiller aux Etats (ZG). Image: Alessandro Della Valle, Peter Klaunzer/Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

D'où viennent-ils?

Viola Amherd est née à Brigue (VS), où elle habite toujours. Elle y est entrée en politique – le PDC cherchait une femme – et y a fait carrière de 2002 à 2012, jusqu’à la présidence de la Ville. Ancrée dans son Haut-Valais, cette fan de New York a grandi dans une famille d’entrepreneurs. Son père, lui aussi PDC, avait fondé Elektro-Amherd, un commerce d’installation électrique.

Viola Amherd a étudié le droit à l’Université de Fribourg. Célibataire et farouche indépendante, elle reste très liée à sa sœur et à la fille de celle-ci. La preuve, disait-elle récemment au «Blick», que toutes les formes de vies familiales sont représentées au PDC. Vue comme une «Noire du Haut», c’est-à-dire une conservatrice dans son canton, elle a au contraire l’image d’une progressiste sur les questions de société sous la Coupole fédérale.

Peter Hegglin est né un jour de Noël à Edlibach, sur la commune de Menzingen (4400 habitants). Il habite toujours dans son village situé entre les lacs de Zoug et de Zurich. Maître agriculteur de formation, ancien paysan bio, il est père de quatre enfants. Son origine cantonale a une importance. Elle influence son positionnement politique.

Entre un PDC zougois et un PDC genevois, il y a un mètre sur l’échiquier politique. «Le PDC zougois est sans doute le plus à droite des sections du PDC Suisse», explique l’ancien conseiller national Jo Lang (ZG/Les Vert). Venir de Zoug, ce n’est pas non plus anodin en matière de politique financière. Le canton fait partie des cantons riches, qui contribuent à la péréquation. Il s’appuie sur un régime fiscal controversé. Peter Hegglin a dirigé les Finances de son canton pendant des années.

Où siègent-ils à Berne?

En 2005, Viola Amherd remplace un certain Jean-Michel Cina au Conseil national. Elle ne quittera plus la Chambre du peuple, réélue trois fois depuis. Elle siège dans la Commission des affaires juridiques ainsi que dans celle des transports et télécommunications. Mais elle est aussi vice-présidente du groupe parlementaire PDC, ce qui lui vaut beaucoup de considération au sein des démocrates-chrétiens pour tous les «services rendus» au parti.

En cette qualité, elle assiste aux séances du Bureau du Conseil national mais surtout aux entretiens de Watteville, où elle a un accès direct aux conseillers fédéraux et chefs de partis. Longtemps dans l’ombre des ténors du PDC Valais – les Darbellay, Fournier et autre Buttet –, elle a l’occasion en 2015 de se présenter au Conseil des États. Elle préfère toutefois rester au National.

Il est fraîchement arrivé au Conseil des États. Il y est entré en 2015, après avoir œuvré au sein du gouvernement de son canton pendant douze ans. À Berne, Peter Hegglin siège dans la Commission des finances, dans la Commission des institutions politiques et s’occupe aussi de questions de sécurité. Lorsqu’un sénateur entre dans une course au Conseil fédéral, il a souvent un avantage: ses collègues – son club – votent pour lui.

Peter Hegglin en profitera-t-il lui aussi? Son collègue Josef Dittli (PLR/UR), tout en louant les qualités du Zougois, en doute: «Cela joue moins un rôle cette fois-ci. Je peux bien m’imaginer que le PDC fasse un ticket Hegglin/Amherd. Je pense que la course serait alors très ouverte. Parmi les sénateurs, il y a aussi des personnes qui veulent désormais élire des femmes», estime-t-il.

En quoi sont-ils forts?

Viola Amherd est une élue discrète mais, politiquement, elle a un tableau de chasse à défendre. Alors que certains parlementaires peinent à faire passer une seule idée durant leur carrière à Berne, la Valaisanne est à l’origine ou a contribué au succès de neuf motions et treize postulats. Ses principaux faits d’armes: la défense des droits des jeunes et la protection des enfants, notamment contre la pédopornographie sur internet.

Elle s’est aussi engagée pour la réintroduction de courtes peines privatives de liberté. Sa marque de fabrique réside encore dans la défense des thématiques chères aux régions décentralisées: desserte postale, services publics, transports, etc. «Elle travaille bien pour les cantons alpins, en matière de redevance hydraulique ou de liaisons ferroviaires», estime le conseiller aux États Josef Dittli (PLR/UR).

Peter Hegglin reste surtout connu pour sa présidence de la Conférence des directeurs cantonaux des Finances qui lui a offert une vitrine nationale de 2013 à 2016. Il a aussi fait partie du groupe de travail qui a élaboré la troisième réforme de l’imposition des entreprises, avant que celle-ci ne passe à la moulinette du parlement puis soit rejetée par le peuple.

À Berne, il a déposé neuf objets depuis trois ans. Avec deux victoires d’étape pour l’instant: Peter Hegglin s’engage pour améliorer le recyclage et la reprise des appareils électriques et électroniques. Lors de la dernière session de septembre, son combat a payé. Le Conseil des États a adopté une motion de commission allant dans son sens. Il souhaite aussi améliorer la présentation des comptes de la Confédération. Là aussi, il a convaincu le parlement.

En quoi sont-ils faibles?

La grande faiblesse de Viola Amherd reste sa légendaire discrétion. Dans les médias tout d’abord: bien que vice-cheffe de son groupe, au fait des dossiers et bilingue, elle s’est rarement mouillée en première ligne dans des campagnes de votations. Et même à Berne, certains collègues de longue date n’ont pas échangé davantage que quelques banalités avec elle.

«Je ne la connais que peu, admet le conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR). On me dit qu’elle connaît bien ses dossiers et les maîtrise. Mais c’est vrai qu’elle est plutôt restée à l’ombre des projecteurs médiatiques.» Viola Amherd devra aussi gérer son départ raté dans cette course au Conseil fédéral. Affaiblie par des problèmes de santé, elle a surtout dû s’expliquer sur un verdict récent de la justice civile, la condamnant, avec sa sœur, à verser quelque 250 000 francs à une société du groupe Alpiq. Elles auraient encaissé des loyers trop élevés pendant huit ans, ce que la Valaisanne conteste. Elles ont fait appel. À voir si cela a une réelle influence sur le choix de ses pairs ou non.

Attendu comme une nouvelle star du PDC à Berne, Peter Hegglin est apparu plutôt pâle et en retrait depuis son arrivée au Conseil des États en 2015. Il n’était d’ailleurs pas en tête de la liste des papables masculins du parti suite à la démission de la conseillère fédérale Doris Leuthard. Mais les défections, tour à tour, des poids lourds du PDC Konrad Graber (LU), Pirmin Bischof (SO) ou encore Erich Ettlin (OW) ont fini par lui laisser le champ libre. Mais que lui vaut au juste cette étiquette de second couteau?

Peter Hegglin, malgré sa sensibilité sur les questions de protection de la nature notamment, est vu comme un politicien monothématique, avec comme dada les questions financières. Il s’en est défendu au moment d’annoncer sa candidature dans la «SonntagsZeitung», en soulignant s’intéresser aussi aux questions de santé et d’économie. Autre point faible: son appartenance cantonale lui colle à la peau. «Peter Hegglin, c’est l’homme de la péréquation financière, celui qui veut que les cantons riches donnent moins aux cantons pauvres», critique un de ses collègues de parti.

Qui sont leurs soutiens?

Viola Amherd, c’est l’espoir des femmes PDC, la montagnarde progressiste, Madame Loyale. Elle pourra compter sur le soutien des Verts, et sans doute des Vert’libéraux, partis qui souhaitent élire des femmes au gouvernement. Coachée par son amie de toujours, Brigitte Hauser-Suess, qui est elle-même l’ancien bras droit d’Eveline Widmer-Schlumpf (PBD), elle peut s’attendre à faire le plein de voix parmi les bourgeois-démocratiques.

Son ouverture par rapport à la migration – elle est plutôt favorable à accueillir davantage de réfugiés par l’entremise du HCR – ou encore par rapport à l’adoption des couples homosexuels séduit encore à gauche. Mais Viola Amherd peut aussi s’attendre à faire un carton dans son parti. Car elle est née et a grandi dans les Alpes, dans une de ces petites villes qui doivent se battre pour rester reliées au Plateau. Or «l’ADN du PDC, ce sont les régions périphériques», rappelle un élu démocrate-chrétien. Viola Amherd soigne aussi de multiples liens d’intérêts, dans le commerce de détail ou la santé. Ce qui pourrait lui valoir des appuis à droite du Parlement. «Je lis dans les médias qu’elle est à gauche. Mais pour moi, elle n’est pas à gauche, c’est une élue centriste», dit ainsi Josef Dittli (PLR/UR), président de Curafutura.

Peter Hegglin, c’est l’homme des fêtes de lutte et des chorales d’hommes, membre de la Confrérie du Gruyère, de la Raiffeisen et de l’Association des propriétaires fonciers. Un politicien bourgeois «classique», dit de lui Joseph Dittli (PLR/UR): «Il est conservateur au niveau sociétal, bourgeois pour la gestion des finances, raisonnable en matière social. Il a une stature d’homme d’État». Ce positionnement politique devrait lui assurer nombreuses voix au sein du PLR et de l’UDC.

Cela dit, le chef du groupe UDC, Thomas Aeschi, lui aussi Zougois, refuse de s’exprimer à ce stade sur les avis au sein de son parti. Peter Hegglin a aussi été membre de la présidence de l’Union suisse des paysans (USP). Il a des arguments pour séduire les parlementaires agriculteurs dont les voix peuvent s’avérer déterminantes lors d’une élection. Le directeur de l’USP, Jacques Bourgeois, ne risque pas de pronostic. «Peter Hegglin est plutôt identifié comme l’ancien ministre des Finances de Zoug. Cela fait quelques années qu’il a remis son exploitation. Mais avec le groupe des élus agraires, nous auditionnerons tous les candidats, comme à chaque fois.» Peter Hegglin pourrait aussi faire des voix dans les députations des cantons dits riches (GE, ZH, BS, NW, OW, SZ, ZG) et de Suisse centrale.

Qui veut les couler?

De nombreux élus UDC la trouvent fade. À l’exemple du conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE), qui nous disait d’elle ce printemps: «Elle me paraît tout à fait dans les clous par rapport aux lobbys qu’elle représente. En huit années de fréquentation en commission, je ne lui ai pas encore découvert de vision politique propre, ce qui est peut-être la qualité requise pour devenir conseiller fédéral aujourd’hui mais qui est un manque à mes yeux.»

Le positionnement politique de Viola Amherd en matière sociétal et de droits humains est aussi un frein pour la droite agrarienne, bien que sa position plus restrictive sur la sécurité puisse déjouer un peu les pronostics. Au Parti libéral-radical, Viola Amherd part aussi avec un handicap. Elle se montre moins libérale sur les questions économiques et fiscales notamment que Peter Hegglin. Autre écueil: son origine cantonale. La Suisse centrale désespère de faire son retour au Conseil fédéral. Et la Suisse latine occupe déjà trois sièges au gouvernement. Or, «elle est Alémanique mais vient d’un canton romand», notait un élu fédéral dès la démission de Doris Leuthard.

Sans même avoir fait les présentations, on peut dire que les Verts ne voteront pas pour Peter Hegglin, tout paysan bio qu’il eût été. «Il a certes une sensibilité environnementale, mais je ne crois pas qu’il puisse séduire les écologistes», souligne Jo Lang. Déjà à cause du genre. Les Verts ont déclaré vouloir élire deux femmes. Et puis, souligne Jo Lang, «la candidature de Viola Amherd est socialement et écologiquement moins classique que celle de Peter Hegglin».

Aux yeux des socialistes, ce sont les positionnements en matière de politique familiale du Zougois qui risquent de lui revenir en pleine figure: il a voté pour renvoyer la loi sur l’égalité salariale cet hiver. Il se prononce en défaveur d’un congé paternité payé. Il refuse le soutien fédéral à la création de places en crèche. Pas de chance pour Peter Hegglin: la thématique du genre et des questions de société est aussi devenue une question phare chez les Vert’libéraux, sous la houlette de leurs élues, ainsi qu’au Parti bourgeois-démocratique. Le Zougois devrait y être privé de voix. S’il veut monter sur le trône, c’est au sein de son propre parti, le PDC, qu’il devra concurrencer Viola Amherd. Difficile: la Valaisanne y est une demi-déesse.

Quelle est leur chance d'être élu?

En tant que vice-présidente du groupe PDC aux Chambres fédérales, Viola Amherd devrait faire la course en tête dans son parti. Osons un calcul. Elle peut y espérer 30 voix sur 43. Louée par la gauche, la Haut-Valaisanne devrait aussi faire le plein des suffrages chez les socialistes (55 voix) et les écologistes (13 voix). Le Parti vert’libéral qui compte dans ses rangs la présidente d’Alliance F, Kathrin Bertschy (BE), devrait la soutenir en bloc (7 voix).

Viola Amherd peut s’attendre également à faire un carton au PBD (8 voix) pour les raisons évoquées plus haut. Ce sera plus difficile au PLR pour la Valaisanne, mais un tiers du groupe pourrait la soutenir (15 voix). On pense notamment aux libéraux-radicaux romands qui partagent avec elle une vision progressiste en matière de société et de conciliation vie familiale-vie professionnelle; et aux féministes du parti. À l’UDC par contre, le groupe le plus puissant du Parlement, la Valaisanne aura de la peine à engranger plus qu’une poignée de suffrages (nous en comptons 3). Ce qui fait tout de même un total de 131 voix. Ses chances d’être élue sont donc de 53%.

Sa principale qualité à ce stade étant de servir de rempart contre Viola Amherd, Peter Hegglin devrait faire le plein des voix auprès de tous ceux qui considèrent la Valaisanne comme trop à gauche. Faisons les calculs. Son plus gros potentiel se trouve ainsi à l’UDC. Le parti agrarien devrait lui accorder son soutien à une écrasante majorité. Comptons 71 voix sur 74.

Les deux UDC valaisans et une élue agrarienne pourraient bien suivre Viola Amherd. Issu d’un canton très libéral sur les questions économiques, le sénateur zougois devrait en outre engranger la grande majorité des suffrages PLR, notamment des Alémaniques. Un total de 31 voix sur 46 est envisageable. Moins populaire au sein de son parti que Viola Amherd, Peter Hegglin ne pourrait toutefois compter que sur le tiers des votes du PDC, soit 13 voix. Et c’est à peu près tout. Car malgré lui, il aura de la peine à séduire tant au PS, que chez les écologistes, le PBD ou le Parti vert’libéral, qui devraient lui préférer Viola Amherd et ne comptent presque aucun élu de Suisse centrale. Total: 115 voix. Ses chances d’être élu se situent ainsi à 47%. (TDG)

Créé: 27.10.2018, 22h33

Les deux outsiders PDC ont chacune une connivence avec la Suisse romande

Heidi Z'graggen, 52 ans, conseillère d'Etat (UR), chargée de la Justice.

Il y a un petit peu de Genève dans Heidi Z’Graggen. «J’y ai étudié un semestre, et j’ai une tante qui y vit depuis quarante ans, explique-t-elle en français. J’y suis souvent allée. C’est le canton qui ressemble le moins au mien. Avec des institutions internationales comme l’ONU d’un côté, et des traditions très ancrées de l’autre.»

Que connaît-elle encore de la Suisse romande? «J’aime beaucoup les Jurassiens. Ils ont les pieds sur terre comme les Uranais. J’ai aussi un faible pour La Chaux-de-Fonds. Cette ville construite au milieu des pâturages, c’est fascinant.» Mais son petit plaisir, c’est de s’asseoir du bon côté du train lorsqu’elle se rend dans l’arc lémanique. «À la sortie du tunnel, la vue sur les Alpes et le lac depuis les vignes, c’est le paradis.»

À 52 ans, cette enseignante dotée d’un doctorat en sciences politiques sait que son principal défi sera de se faire un nom sous la Coupole. N’attendez toutefois pas d’elle une campagne à la «Maudet». «Dans les petits cantons, on travaille différemment. Je préfère œuvrer en coulisses que sous le feu des projecteurs. Ma personnalité est plus discrète aussi.» C’est ainsi que la perçoit Alain Ribaux (PLR/NE) qui la côtoie au comité de la Conférence des gouvernements cantonaux.

«Ce n’est pas un rouleau compresseur, mais quelqu’un qui travaille en équipe. Elle est solide, engagée et sérieuse.» Élue à 38 ans au gouvernement, Heidi Z’Graggen rate la marche du Conseil des États en 2010.

Aujourd’hui, elle porte les espoirs de la Suisse centrale. «Avec ses villes, agglomérations et montagnes, c’est une mini-Suisse. Et c’est important que tous les citoyens du pays puissent s’identifier au Conseil fédéral.» Sans oublier qu’Uri n’a jamais eu de «sage». «Or c’est un canton qui donne beaucoup au pays. Pensez au tunnel routier du Gothard ou aux transversales alpines.»

Heidi Z’Graggen s’est surtout fait connaître dans le cadre du projet touristique de Sawiris à Andermatt, où elle fut en contact permanent
avec le milliardaire égyptien. «Un défi juridique, mais aussi de protection de la nature ou d’aménagement du territoire.» A ceux qui l’accusent d’avoir déroulé le tapis rouge, elle rétorque que des conditions strictes ont été mises en place dès le départ. «Vu l’ampleur de l’investissement, c’est essentiel.»

Côté privé, Heidi Z’Graggen est en partenariat avec Bruno Dobler, l’actuel vice-président du conseil de la Banque Cantonale de Zurich, qui est aussi un ex-élu UDC. Moins calibrée que le sénateur Peter Hegglin (ZG), elle pourrait gagner en puissance ces prochaines semaines face au manque de charisme de cet autre candidat de Suisse centrale. (Image: Keystone)

Elisabeth Schneider-Schneiter, 54 ans, conseillère nationale (BL)

Du sang jurassien coule dans les veines d’Elisabeth Schneider-Schneiter. «Mon grand-père vient de Tavannes (BE), raconte-t-elle en français. Et puis pour les Bâlois, le Jura, c’est la porte à côté.» Une proximité géographique avec la Suisse romande qui se retrouve jusque dans sa mentalité. «Les Bâlois votent souvent comme les Romands, nous avons la même ouverture, notamment vis-à-vis de l’Europe. C’est ce qui nous différencie du reste de la Suisse alémanique.»

Âgée de 54 ans, mariée et mère de deux enfants, Elisabeth Schneider-Schneiter place sa candidature sous le signe de la Suisse du Nord-Ouest. «C’est une région économiquement très importante qui se concentre autour de Bâle. Elle regroupe une partie de l’Argovie et du canton de Soleure, et va jusqu’au Jura. Or elle n’a plus de représentant au gouvernement depuis quarante-cinq ans. Si je suis élue, je serai aussi un peu la conseillère fédérale des Jurassiens», sourit-elle.

Élue au Conseil national depuis 2010, cette juriste s’est spécialisée en politique étrangère. Elle préside actuellement la commission ad hoc et fait partie de la délégation suisse au Conseil de l’Europe. Un profil à ce point monothématique n’est-il pas un handicap? «Au contraire, corrige-t-elle. Je le vois comme un atout. Pensez aux questions de finances, de recherches ou de sécurité, toutes se placent dans un contexte international.»

Bien qu’elle soit présidente de la Chambre de commerce des deux Bâles et membre du comité d’EconomieSuisse, Elisabeth Schneider-Schneiter peine pourtant à séduire
à droite sous la Coupole. «Je la connais depuis un moment, mais je ne sais toujours pas quel est son positionnement politique», glisse un UDC. De part et d’autre de l’échiquier, on critique un manque d’épaisseur, mais aussi une forme d’opportunisme.
«Elle n’est pas fiable politiquement», lâche un socialiste.
«Je ne suis pas dogmatique, corrige-t-elle. Je vote avec la gauche sur les questions de société, et avec la droite sur les questions économiques. J’y vois une liberté d’esprit.»

Si sa candidature est jugée faible à Berne, elle n’a pas été de soi non plus dans son
canton. Non parce qu’elle est réformée – ce qui n’est plus un crime au PDC – mais parce qu’Elisabeth Schneider-Schneiter s’était à l’époque engagée pour une fusion des deux Bâles. Ce qui a été vécu comme une trahison par les siens.

«L’initiative a été balayée. Et ça a été un échec, dont je ne mesurais pas les conséquences, reconnaît-elle aujourd’hui. Mon but était de renforcer le poids de la région pour être plus forte en comparaison des autres régions.» (Image: Urs Flueeler/Keystone)

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Conférence sur le climat de Katowice
Plus...