Les derniers touristes ont grimpé sur l’Uluru, rendu aux aborigènes

L’Ayers Rock des touristes est aussi l’Uluru sacré des Anangu. Après trente ans de combat, ceux-ci ont fêté ce week-end sa fermeture aux pieds profanateurs.

Des milliers de touristes sont venus ces derniers mois escalader le monolithe rocheux avant sa fermeture.

Des milliers de touristes sont venus ces derniers mois escalader le monolithe rocheux avant sa fermeture. Image: EPA/Lukas Coch No Archiving Australia and New Zealand Out

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Depuis des dizaines d’années, les aborigènes demandaient aux touristes de ne pas escalader le célèbre dôme rocheux connu à l’étranger sous son ancien nom d’Ayers Rock. Depuis vendredi, leur prière est exaucée, mais il aura fallu la manière forte: la montagne est désormais interdite d’accès. Les derniers touristes en sont redescendus vendredi soir. Et ce dimanche, leurs propriétaires ancestraux, les Anangu, auront dansé et chanté pour célébrer le retour du monolithe rouge, star d’Instagram, au repos sacré.

Pour ces aborigènes, Uluru est la manifestation physique des prouesses accomplies par leurs ancêtres au temps de la création du monde. Elle renferme les principaux récits de leur mythologie. Les cavités, les traces sur la roche ont toutes une signification légendaire.

«Lorsque vous allez dans une ville, vous trouvez des statues élevées à des personnes qui ont accompli des choses exceptionnelles. Eh bien, pour nous, Uluru est du même ordre. C’est ce que nous avons dans notre terre pour témoigner de notre passé. C’est notre église», a expliqué au quotidien britannique «The Guardian» Sammy Wilson, un des huit représentants Anangu siégeant au conseil de gestion du parc national.

Les fourmis profanatrices

Mais cela, les «fourmis», ainsi que les aborigènes désignent les touristes, ne s’en souciaient guère. Pourtant, des panneaux en six langues étaient installés au pied de la montagne pour les prier de ne pas la profaner. Cela n’a jamais empêché une importante minorité de passer outre.

Parmi eux, on trouvait aussi des Australiens réfractaires à la rétrocession du site aux Anangu. Mais pour la plupart des touristes, l’escalade de l’Uluru faisait tout simplement partie des musts d’un séjour dans le pays.

Ils étaient donc particulièrement nombreux ces dernières semaines, attirés par l’excitation d’être les derniers à pouvoir admirer, du haut des 348 m du puissant sommet, un paysage à couper le souffle. «Je suis juste venu pour voir mais quand j’ai appris que c’était la dernière fois qu’il était possible de faire l’ascension, j’ai décidé d’essayer», a déclaré à l’AFP un touriste polonais.

Le ministre australien des Affaires indigènes, Ken Wyatt, a comparé cet afflux à «une ruée de gens qui voudraient escalader le Mémorial australien de la guerre». «Nos objets sacrés, communauté par communauté, sont d’une importance absolue dans l’histoire de cette nation de peuples», a-t-il déclaré à la chaîne australienne ABC.

La fermeture de l’Uluru résulte d’un long combat des aborigènes pour la reconnaissance de leurs droits. C’est en 1979 que le gouvernement australien les a reconnus comme propriétaires traditionnels de cette terre qu’ils peuplent depuis plus de 40 000 ans. Ce n’était pourtant que le début d’un long processus. Il a fallu six ans encore pour que les Anangu reçoivent les actes de pleine propriété, surmontant les résistances de l’État central et régional, des berges, des groupes miniers et des tour-opérateurs.

«Ayers Rock aux Australiens»

À l’époque, le premier ministre du Territoire du Nord, Ian Tuxworth, fut le chef de file de ceux pour qui la rétrocession privait les Australiens du «cœur de leur pays». Le jour des cérémonies, en 1985, un avion avait survolé la zone avec une banderole proclamant: «Ayers Rock à tous les Australiens».

Trente ans plus tard, Tuxworth reconnut pourtant qu’il s’était trompé et que la gestion du site avait été exemplaire, avec un développement d’initiatives présentant la culture aborigène et la mise en valeur du patrimoine naturel.

Plus de deux cents ans après la colonisation britannique, l’Australie demeure le seul membre du Commonwealth à n’avoir pas signé un traité avec ses autochtones. Ceux-ci s’abstiennent de mettre le pied sur la montagne. Selon les croyances aborigènes, elle rendrait malade celui qui la profanerait «en marchant sur sa culture et sur ses rêves».

En réalité, l’ascension du dôme parfaitement lisse n’est pas de tout repos. Depuis qu’elle est devenue populaire, dans les années 50, une douzaine de touristes y ont trouvé la mort. Sans compter ceux, par centaines, qu’il a fallu rescaper, victimes des températures qui peuvent, en été, atteindre 47 degrés.

La longue chaîne

Avec la massification du tourisme, l’Uluru a en outre connu l’invasion des déchets que subissent tous les sommets fréquentés. Les impératifs écologiques et de sécurité se sont donc ajoutés aux revendications autochtones pour conduire à l’interdiction. Pour sécuriser l’escalade, une chaîne avait été installée le long des passages les plus pentus. Hier, elle a été démantelée, en prélude à une cérémonie rituelle célébrant le retour du dôme au calme de l’éternité. Les Anangu espèrent que la fermeture ne découragera pas les touristes de venir l’admirer encore, et d’en profiter pour mieux découvrir les richesses de leur culture.

Créé: 29.10.2019, 12h15

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