Cyril Hanouna: «Les gens qui souffrent se sentent proche de TPMP»

Pour beaucoup, ce n’était que le vulgaire animateur des beaufs. Mais voilà que Cyril Hanouna, comme un nouveau Coluche, prend une dimension politique en porte-parole de la France qui a mal.

Cyril Hanouna donne la parole aux laissés-pour-compte dans sa nouvelle émission de débat, «Balance ton post!».

Cyril Hanouna donne la parole aux laissés-pour-compte dans sa nouvelle émission de débat, «Balance ton post!». Image: Cyril Zannettacci/Agence VU

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On est dans le show-biz. Quand vous arrivez dans son bureau de Boulogne-Billancourt, Cyril Hanouna vous tutoie d’emblée, il est charmant. Quand vous repartez, il vous fait la bise, avec chaleur.

Mais quand vous demandez son chiffre d’affaires, c’est un peu plus compliqué: le montant est confidentiel. Tout au plus vous rappelle-t-on que sa société, H2O, a passé depuis 2016 un contrat de 250 millions d’euros, sur cinq ans, avec la chaîne C8 et le groupe Canal+. Cela comprend l’émission quotidienne de Cyril Hanouna «Touche pas à mon poste», sa nouvelle émission de débat hebdomadaire «Balance ton post!» mais aussi plusieurs autres productions.

Depuis ce contrat, Cyril Hanouna est un peu plus qu’un animateur à succès. Il est devenu un pacha du PAF, qui pèse 1,5 million de téléspectateurs (audience moyenne de «TPMP»), qui fait travailler 200 personnes avec les intermittents, qui a une ligne directe avec le propriétaire du groupe Canal+, le milliardaire Vincent Bolloré et son fils Yannick.

Pour décrocher l’entretien, il a fallu passer par celui qui gère sa communication depuis un peu plus de deux ans, un spécialiste rattaché au groupe Havas, autre branche de l’empire Bolloré. «Une attachée de presse, confie le conseiller, cela ne suffisait plus.»

Car Cyril Hanouna sent le soufre. Certains de ses dérapages, notamment un sketch déplorable où il avait piégé en direct des homosexuels répondant à une pseudo-annonce de rencontre, ont été lourdement sanctionnés par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Si vous avez des enfants et qu’il vous est arrivé de les surprendre devant «TPMP», il y a toutes les chances que cet humour potache de glandeurs accros à la TV vous ait consterné.

Dans les milieux culturels, ceux qui donnent le ton à «Télérama» ou aux «Inrocks», il est détesté, méprisé. C’est le représentant des beaufs, de la France qui pue des pieds et des idées…

Cyril Hanouna pèse 1,5 million de téléspectateurs. Image: Cyril Zannettacci/Agence VU

Mais voilà que depuis quelques mois, l’histrion a pris une nouvelle dimension. À la faveur de la crise des «gilets jaunes», son émission a été la première à recevoir et donner la parole aux révoltés anonymes. Il est devenu un médiateur du mouvement et, de toutes les stars de la télé, c’est le seul auquel les «gilets jaunes» reconnaissent une légitimité.

L’Élysée ne s’y est pas trompé. Quand il a lancé le Grand débat, à la mi-janvier, Emmanuel Macron a soutenu ceux de ses ministres – Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité et de la Lutte contre les discriminations, ou François de Rugy, ministre de la Transition écologique – qui ont fait le choix d’aller débattre sur le plateau de Cyril Hanouna malgré les airs dégoûtés qu’affichaient nombre de leurs collègues.

Cela s’est fait dans la nouvelle émission de débat «Balance ton post!» le vendredi à 22 h 30. Le ton y est tout aussi détendu, mais l’atmosphère moins potache, et Cyril Hanouna, en gilet-cravate, y est en quête de respectabilité. Avec Marlène Schiappa, l’émission a cartonné et touché 1 million de téléspectateurs, certains observateurs y voient un des épisodes qui ont assis la légitimité du Grand débat.

Désormais Cyril Hanouna compte parmi les acteurs du débat politique français et il entend renforcer ce rôle dans la campagne des élections européennes ce printemps. Entretien avec un animateur qui faisait se pincer le nez à beaucoup d’entre nous, mais qui a l’oreille de la France profonde. Interview.

Ces valeurs que vous dites défendre, comme le respect de l’autre, ce n’est pas vraiment «TPMP». Votre émission dégage une formidable image de vulgarité, de sexisme…

Ça, c’est ce que disent les gens qui ne nous regardent pas. «TPMP» dérange. D’abord parce qu’on parle des autres émissions de la télé, donc forcément les personnes concernées sont susceptibles et ça ne plaît pas aux autres chaînes. Ensuite, quand on a commencé à dépasser le million de téléspectateurs en février 2013, les gens se sont mis à beaucoup, beaucoup s’intéresser à nous, le CSA aussi… Mais le téléspectateur, lui, on ne le trompe pas. Il sait que cette image est une légende, que «TPMP» est l’émission la plus ouverte, celle où tout le monde est représenté. Nous, on n’a pas en plateau que des mecs en jeans slim avec des cravates fines.

Pourtant le CSA vous regarde, et il vous a condamné à trois reprises…

Oui. Mais trois fois sur 2000 émissions en direct, c’est pas énorme.

Vous regrettez ces dérapages ou c’est du buzz?

Je les assume, mais cela ne fait pas partie du buzz, car ce n’était pas des dérapages contrôlés. C’était de vrais dérapages, comme cela peut arriver dans une émission en direct. Mais ce qui me gêne, c’est que «TPMP» est l’émission qui fait le plus pour le téléspectateur, pour l’aider au quotidien, et ça, c’est très peu repris dans la presse. Je pense que nous sommes aujourd’hui l’émission qui représente le plus la France, et c’est pour cela qu’il y a beaucoup de gens en souffrance qui viennent taper à notre porte, parce qu’ils se sentent plus proches de «TPMP», des valeurs qu’on défend, que dans d’autres programmes. Ce n’est pas un hasard si chaque fois qu’il y a un problème, ils viennent chez nous. Ils ne vont pas taper au «Journal de 20 h» de TF1, ils ne vont pas chez «Quotidien», ni à la porte de «C à vous»…

Vous parlez des «gilets jaunes»?

Pas seulement. Ça a commencé bien avant, il y a un an, d’abord il y a eu les infirmières, puis les chauffeurs VTC, puis les gens du voyage, les ambulanciers, les «gilets jaunes»… Et puis il y a aussi des petits groupes, des gens qui me disent: «Cyril, on ne s’en sort plus, notre seul loisir c’est la télé, on ne peut plus rien faire, ni sortir ni aller au cinéma ou au restaurant.» Nous sommes aujourd’hui l’émission qui se rapproche le plus du peuple, et quand on voit une injustice, on essaie de faire quelque chose, on ne se contente pas de la dénoncer.

Par exemple?

Par exemple on est en train de créer la Banque du Cœur, le nom va changer mais c’est une structure dans laquelle je vais me porter caution pour ceux qui sont jetés de toutes les banques, qui se retrouvent à la rue du jour au lendemain ou à qui il manque quelques milliers d’euros pour repartir.

Ça fonctionnerait par prêts?

Par prêts, oui, à taux zéro. Nous avons prévu le démarrage avant le mois de juin, avec une grande soirée de lancement sur C8, mais je ne vais pas demander aux citoyens de nous aider parce que je ne voudrais pas que les dons pour le Téléthon ou les Restos du Cœur baissent. Moi je vais demander aux grosses sociétés, aux riches, aux plus aisés.

Vous vous prenez pour Coluche?

C’est mon idole, mon maître. Je n’ai pas son talent, mais si je peux aider les gens autant que lui…

Cela dit, des prêts ne vont pas changer la pauvreté en France…

Ça ne va pas changer la pauvreté, en effet, mais si ça peut aider des gens à repartir? Si ça peut éviter à certains de sombrer et de se retrouver dans la rue? Cela dit, la Banque du Cœur, c’est beaucoup moins repris que les quelques dérapages dont on parlait avant. Il y a ceux qui ont la carte, et d’autres pas…

Avoir la carte?

On dit ça en France pour ceux qui sont bien vus par les médias, par certains médias. Moi, avoir un bel article sur «Télérama», «Technikart» ou aux «Inrocks», je m’en tape totalement.

Vous ne les aimez pas, hein? Ils vous critiquent toujours.

Ce n’est pas que je ne les aime pas. Ils ne m’intéressent pas. Ces gens-là ne sont que dans leur monde. C’est très bien de parler d’une expo, mais il faut aussi savoir s’ouvrir à la culture populaire.

Cette culture et cette France d’en bas parlons-en. Les «gilets jaunes», vous les avez sentis venir?

Moi, pendant plusieurs années j’ai vécu dans une vraie grosse galère, et ma seule échappatoire c’était la télé. J’ai connu ce truc-là où je me repliais sur moi, où je n’avais pas envie de voir les gens, où j’étais un peu contre tout… Je ne trouvais personne qui pouvait m’aider. Il y a plein de jeunes qui sont comme ça, repliés sur eux-mêmes parce qu’ils ne trouvent pas de main tendue. Je l’ai senti aussi dans les réseaux sociaux, je suis hyperconnecté, je lis toute la nuit, jusqu’à 4 h ou 5 h du matin, tout ce qui se passe sur Insta, Twitter ou Facebook. J’ai vu plein de posts de gens en détresse…

Sacrebleu, c’est saint Hanouna!

Pas du tout, mais ce que je peux faire, c’est leur donner la parole dans mes émissions.

Vous l’avez donnée à Maxime Nicolle, alias Fly Rider, un des leaders des «gilets jaunes» qui a acquis chez vous la célébrité. Vous en êtes fier?

Ce n’est pas que j’en sois fier. Ils sont venus à la sortie d’une émission et m’ont dit: «On est en détresse, personne ne veut nous donner la parole, est-ce qu’on peut avoir un espace chez toi?» Les «gilets jaunes» représentent la souffrance de beaucoup de Français, et aujourd’hui la manière dont ils ont fait avancer les choses, eh bien mine de rien, ils en ont fait plus que beaucoup de mouvements avant eux.

Il y a aussi chez eux la violence, le complotisme, l’antisémitisme…

C’est l’image qui a été donnée d’eux, 90 ou 95% d’entre eux ne le sont pas. Bien sûr je condamne, et je leur ai dit qu’ils doivent faire le ménage pour que ceux qui ont un message de haine, de racisme, d’antisémitisme, de conspirationnisme, tous ces gens-là soient sortis du mouvement.

Fly Rider, il faut le sortir du mouvement?

Fly Rider, je l’ai vu sur le plateau, il n’avait pas du tout le même discours. Après, ça a changé.

Sur l’attentat de Strasbourg, il a dénoncé un pseudo-complot.

Ça, c’est n’importe quoi, il ne peut pas le dire. Il devrait en tout cas être recadré. En disant cela, Fly Rider fait du mal au mouvement car c’en est une figure. Les «gilets jaunes» en sont conscients.

Vous avez consacré une émission de «Balance ton post!» au Grand débat, avec la ministre Marlène Schiappa. Qui en a eu l’idée?

Marlène Schiappa, c’est elle qui m’a sollicité. Elle voyait que beaucoup de gens venaient s’exprimer chez moi et elle m’a dit: «J’ai envie de faire un Grand débat avec des Français en plateau.» J’ai été d’accord, à la condition qu’elle reparte avec des idées concrètes qu’elle s’engage à proposer. Il y en a eu sept, on va bientôt faire le point, si une de ces propositions était retenue ce serait déjà exceptionnel.

Vous êtes en pourparlers pour avoir Emmanuel Macron en émission?

Pas encore en pourparlers. J’aimerais bien l’avoir, pour le mettre face aux Français dans une configuration en direct. J’ai lancé l’idée dans une interview, mais pour l’instant je n’ai pas eu de réaction. On verra…

Il y a des limites pour vous? Vous inviteriez Marine Le Pen?

Marine Le Pen? Je ne sais pas… je ne pense pas… Pourtant je ne suis pas de ceux qui refusent de parler avec ceux qui votent Front national. Moi je ne donne de leçon à personne, parce que personne ne peut se mettre à la place d’un Français en souffrance.

Alors pourquoi ne pas inviter Mme Le Pen?

Parce que sur l’immigration, on n’a pas tout à fait les mêmes idées… En fait, quand je réfléchis, je ne dis non à personne, parce que je suis pour le débat, c’est ce qui fait avancer les choses. Peut-être Marine Le Pen, si elle accepte de venir, dira quelque chose qu’elle n’a jamais dit ailleurs. Donc j’ai dit non mais je la recevrais bien. Et s’il y a des contradicteurs en face, avec grand plaisir.

Vous pourriez devenir un leader politique, comme Beppe Grillo l’a fait en Italie?

Non, pour l’instant ce n’est pas du tout dans les tuyaux. Si je peux aider à faire passer des messages, je continuerai à être le médiateur, mais moi leader, non pas du tout.

Pourtant vous dites que votre rêve, c’est devenir patron de chaîne.

J’espère l’être un jour… J’adore ça.

Le goût du pouvoir…

Non, j’aime créer ou imaginer des grilles de programme… Vous savez, Michel Drucker me téléphone tous les jours pour connaître les audiences. Je suis un malade de chiffres, je reste une heure tous les matins devant les audiences, c’est mon kif! Je regarde les courbes de tout le monde, même les chiffres de France 2 l’après-midi…

Ça doit être cool d’être votre femme: sur les réseaux sociaux à 4 h du matin, dans les courbes d’audience au réveil…

C’est un enfer, un enfer!

Créé: 02.03.2019, 22h20

«TPMP» est davantage suivi en Suisse en 2019

En Suisse romande, Cyril Hanouna a ses inconditionnels: entre septembre et décembre 2018, ils étaient 11 000 téléspectateurs en moyenne à le suivre (en comptant le rattrapage en Replay sur 7 jours), soit 2,3% de parts de marché (PDM).

Depuis janvier dernier, l’engouement perdure voire s’accentue puisqu’on a décompté 12 000 Romands accros quotidiennement à «Touche pas à mon poste!» (toujours 2,3% PDM et en comptant 7 jours de rattrapage sur Replay).

Reste à voir si cet accroissement de l’audience se confirme ou s’il résulte d’une simple fluctuation saisonnière. Selon «VSD» qui a publié une étude sur le public français scotché à «Baba», les fans de «TPMP» ont environ 36 ans, mais ses soutiens les plus purs et durs se retrouvent dans la tranche d’âge des 15-24 ans.

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