«Je ne suis pas un clown, je suis un ingénieur»

SuisseIl veut retrouver la forme pour faire du ski et du golf, songe à créer une start-up et compte bien travailler dans une menuiserie. Il a déjà reçu six offres. À l’heure de quitter le Conseil fédéral, Johann Schneider-Ammann (PLR) livre ce qu’il a sur le cœur.

Johann Schneider-Ammann passera Noël en famille. 
Le matin du Nouvel-An, il partagera une bière avec des anciens collègues patrons, comme chaque année.

Johann Schneider-Ammann passera Noël en famille. Le matin du Nouvel-An, il partagera une bière avec des anciens collègues patrons, comme chaque année. Image: Yvain Genevay

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Qu’avez-vous dit à Guy Parmelin en lui transmettant votre département?

Je lui ai dit: «Mon cher, tu as la possibilité de conclure des accords de libre-échange importants avec les États-Unis et le Mercosur. À l’interne, défends notre loi sur le travail libéral pour intéresser les investisseurs, créer de la valeur ajoutée, et en fin de compte des emplois.» Mais il n’a pas besoin de conseils de son prédécesseur. Nous avons un contact amical et nous connaissons suffisamment bien pour ne pas devoir débattre au dernier moment.

Lui avez-vous suggéré de prendre des cours d’anglais?

Ach (sic). Il va se battre, il doit se battre. Mais à l’âge où il est arrivé – c’était la même chose pour moi au départ – on ne peut pas suivre des cours et croire que notre capacité dans une langue étrangère va augmenter d’un jour à l’autre. Il a pour langue maternelle le français, langue de la diplomatie. C’est un très grand avantage.

Avez-vous été heureux au Conseil fédéral?

Oui, j’ai été heureux. Les débuts ont été difficiles. Puis c’est allé de mieux en mieux jusqu’à aujourd’hui. Je ressens un certain regret de quitter les affaires. Ce travail a été un privilège: le pays est dans une situation remarquable. Il y a peu de chômage, nous sommes leaders en termes d’innovation. C’est un petit paradis et j’en suis fier. Nous devons cependant rester ambitieux afin de défendre ces avantages vis-à-vis de nos concurrents. Le plus grand danger serait de devenir complaisants.

Pour vous, le Conseil fédéral est une équipe ou une somme d’individus qui défendent leur pré carré?

Je me suis toujours senti membre d’une équipe. Entre quatre murs, nous avons lutté pour trouver les meilleures solutions. Mais ensuite nous avons toujours partagé un repas pour montrer qu’on peut quand même s’entendre! Bien sûr, autour du Conseil fédéral, il y a toujours des aspects de politique pure. Avec les années, j’ai su m’adapter. Mais je n’ai pas abandonné mes principes que sont la transparence et la collaboration. La tactique politique, pas toujours honnête, n’a jamais été ma tasse de thé. Je suis un patron et je le reste.

Avec le temps, on entend encore les critiques?

On doit apprendre à vivre avec. J’ai toujours accepté les critiques justifiées. Les attaques visant ma personne ont fait mal, surtout à ma famille. De temps en temps, j’aurais attendu des journalistes et des personnes qui se posent comme juges d’être un peu plus corrects. Le système en soi a un grand défaut: il n’offre jamais l’opportunité de répondre point par point.

Quelles critiques vous ont paru injustes? Celles portant sur votre santé?

Non, ce qui était très désagréable, ce sont ces périodes où j’ai dû défendre publiquement des décisions du Conseil fédéral qui étaient contraires à ma propre opinion. On m’a fait des reproches alors que j’étais juste loyal. Je ne me plains pas. C’est terminé maintenant. Mais tous ceux qui participent à de tels jeux doivent en connaître les conséquences: cela rend la politique professionnelle moins attractive. Plusieurs jeunes entrepreneurs me l’ont dit en voyant les coups qui m’étaient adressés: cet environnement ne fait pas envie. Mais discutons plutôt des aspects positifs…

Vous avez souvent travaillé hors des projecteurs. Au final, étiez-vous compatible avec le monde médiatique du XXIe siècle?

Je ne suis pas un clown ou un acteur. Je suis un ingénieur de notre réalité et de notre ambition. Je ne sais pas jouer ce jeu médiatique.

Au moment de faire les cartons, de quoi êtes-vous le plus fier?

En toute humilité, je suis fier de notre situation sociale. Nous avons la paix, le plein-emploi, le respect. Nous sommes admirés à travers le monde. Si je prends deux aspects plus précis, la formation duale est un atout d’une importance énorme. Et le deuxième aspect qui compte pour moi, c’est la confiance. Lors de l’une de mes visites à l’étranger, mon homologue m’a dit: «En tant que représentant d’une petite Suisse de 8 millions d’habitants, vous devez savoir que vous êtes le centre de l’attention. Nous basons nous-mêmes nos activités culturelles et économiques sur les valeurs de votre pays.» C’est une réaction qui me laisse penser que nous n’avons pas tout fait faux.

Avez-vous des regrets, des choses que vous auriez faites différemment?

Vous pensez à l’agriculture?

Plutôt aux mesures d’accompagnement…

Là, c’est mon cher ami Ignazio Cassis qui a ouvert la discussion. Avec les paysans, je discuterais de la même manière que je l’ai fait. Je les ai un peu choqués. Ils étaient inquiets, mais je leur ai demandé de me donner l’opportunité de leur présenter ma vraie pensée. Et ensuite, ça a bien marché. Avec l’Union syndicale suisse, il nous a manqué du temps. Mon successeur devra reprendre la discussion pour leur garantir que les acquis resteront inchangés et en même temps faire accepter aux syndicats une certaine flexibilité. J’ai confiance en Guy Parmelin.

Mais où va-t-on avec l’UE?

On doit trouver une solution contractuelle qui permette de préserver notre souveraineté et la voie bilatérale. Les Européens doivent respecter l’histoire de notre pays et son ambition de rester indépendant. Malheureusement, jusqu’à maintenant, nous n’avons pas trouvé de porte ouverte au sein de l’UE pour expliquer ce point de vue. Nous contribuons aussi au succès de ce continent, mais nous le faisons à notre façon. Et ce dernier doit absolument regagner en compétitivité, notamment sur le plan industriel.

Et votre discours sur le rire, vous le referiez? Finalement, vous avez joué de ce buzz involontaire jusqu’à aujourd’hui.

J’ai eu la chance de me remettre dans le jeu avec un certain humour. Mais croyez-moi, ça m’a gêné. Je l’ai pris très personnellement. On m’a mal compris. Après un certain temps, je me suis dit qu’il fallait que j’arrête d’y penser et d’en vouloir à ceux qui m’avaient manqué de respect. Finalement, Barack Obama m’a reconnu à cause de cette vidéo. C’était rigolo. Mais quand on a joué avec moi, j’ai détesté ça. J’ai vu entre-temps beaucoup de monde, des malades, des personnes en EMS, qui m’ont dit avoir été touchés par ma sincérité.

Vous incarnez le lien entre la politique et l’économie. Mais les patrons ont-ils toujours entendu le ministre?

De manière générale, j’ai eu d’excellentes relations avec eux. Les patrons m’ont toujours appuyé. Cela dit, il y a eu de la friture sur la ligne lorsque le Conseil fédéral faisait des choix qui ne leur étaient pas favorables et que je devais ensuite assumer. Par exemple, un jour le gouvernement a pris une décision concernant le droit du bail que j’ai défendu publiquement de manière collégiale. Un ami proche m’a appelé juste après la conférence de presse et m’a demandé si j’étais encore sain d’esprit. J’ai cru qu’il plaisantait. J’ai répondu sur le ton de l’humour. Puis ça a été le grand théâtre. J’ai finalement eu l’occasion de m’expliquer face aux représentants de l’économie pour leur dire comment le système fonctionne… Et qu’on n’est pas si malade que cela à Berne.

Est-ce qu’on garde des amis, quand on quitte les affaires?

Pour être transparent, mon contact avec le ministre du Commerce de l’Indonésie est très bon. Nous avons eu des échanges contradictoires pour aboutir à l’accord de libre-échange. Mais avec beaucoup de respect. Il m’a invité à Bali. Je l’ai invité en Suisse pour aller skier. Nous sommes tous deux d’anciens patrons. C’est le genre de contacts que je souhaite cultiver. Mais à la fin, de vrais amis, il en reste peut-être une à deux douzaines, c’est tout.

De vos collègues, qui inviteriez-vous à Noël?

Oh! Noël, je le passe en famille… Par contre, chaque 1er jour de l’An, le matin, je revois mes anciens collègues de l’économie, des anciens patrons pour boire une bière. Et les vendredis, à 17 h 17, je retrouve à Spiez mes anciens amis du service militaire, du régiment de montagne 17. Ce sont ces amitiés qui comptent pour la vie. (Le Matin Dimanche)

Créé: 22.12.2018, 23h00

«Je m’en tiendrai à l’adage: servir et disparaître»

En quittant le Conseil fédéral, vous allez redevenir un patron et vous avez l’idée de créer une start-up. Dites-nous en plus…

Mon hobby avant le Conseil fédéral, c’étaient les start-up. Je m’y suis beaucoup intéressé, dans le domaine des biotechs avant tout. Je suis allé en Californie, à San Diego et San Francisco. Si j’ai la chance de reprendre ces activités, je le ferai. Et comme vous le savez, je veux aussi m’engager dans une menuiserie. J’aimerais construire des pupitres d’orateur (Il rit). J’ai beaucoup d’intérêts et j’ai envie de reprendre mes anciennes activités. Je vais le faire, mais avec moins de stress.

Votre épouse ne vous somme pas de d’abord vous reposer?

Mon épouse a toute autorité pour m’imposer des vacances. J’aimerais récupérer de manière active. J’ai besoin de davantage bouger. Nous avons à nouveau un chien qui a besoin d’une promenade quotidienne. J’ai pris un peu trop de poids. Je me donne un an pour retrouver une condition physique idéale pour jouer au golf et pour skier. Ce sont mes deux sports préférés depuis des années. Je veux vivre, tout simplement, sans être obligé du matin au soir d’être politiquement correct. Je veux vivre librement et honnêtement ma vie de père et de grand-père. Et en même temps, j’aimerais garder des activités professionnelles.

Serez-vous de ces anciens ministres qui s’invitent ponctuellement dans le débat?

Ça m’a tellement énervé quand d’autres l’ont fait. Je vais m’en tenir à l’adage: servir et disparaître. Je resterai à disposition pour des discussions à l’interne, pour soutenir mes anciens collègues. Les médias peuvent me contacter sur n’importe quel sujet, mais pas pour solliciter mon opinion sur des actualités.

En dates

1952: Il naît Johann Schneider à Summiswald (BE). Il prend le nom de son épouse, Ammann, au moment de se marier.

1990: Il devient président du groupe Ammann. Le Bernois s’est toujours considéré d’abord comme un patron.

2010: Après onze ans de parlement, il est élu au Conseil fédéral au détriment de Karin Keller-Sutter. Il dirige le Département de l’économie, de la formation et de la recherche. Il annonce en septembre dernier sa démission.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Grève des jeunes pour le climat
Plus...