Le chocolat vous veut du bien

De nombreuses études récentes le montrent: le cacao est gorgé de qualités. Mais cela fait-il de lui un vrai «allié santé»?

Les enfants le savent: le chocolat, c’est tout simplement bon.

Les enfants le savent: le chocolat, c’est tout simplement bon. Image: Oliver Ingrouille/Getty

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Grande star des Fêtes et adoré des Suisses, qui en avalent en moyenne une plaque standard tous les trois jours (soit 10,3 kilos par an), le chocolat passe pour être truffé de qualités. Malgré sa forte teneur en graisse et sa haute valeur énergétique (entendez: il est très calorique!), on le dit ainsi bon pour le cœur et le moral, excellent pour retarder les (tristes) effets de l’âge et stimuler les neurones, ou encore parfait pour booster la mémoire ou les fonctions hépatiques. Bref, un «allié santé» de première catégorie. Que valent ces idées reçues? Le point avec des spécialistes.

1. C’est un médicament

Le lien entre chocolat et bien-être ne date pas d’hier. De fait, dès son introduction en Europe entre le XVIe siècle et le début du XVIIe, il a été perçu comme bienfaisant. Au point qu’au XVIIIe siècle, alors qu’on le consommait habituellement sous forme de boisson, on le considérait comme un remède. D’ailleurs, jusqu’à ce que l’industrialisation lui permette d’être «mis en tablette» et qu’il se démocratise, dès 1836, il était souvent apprêté et vendu par des… pharmaciens.

Si, à l’époque, ses propriétés digestives, aphrodisiaques, apaisantes pour les nerfs et stimulantes pour l’esprit n’avaient pas de validations scientifiques, elles en ont aujourd’hui. Comme le rappelle notamment le médecin nutritionniste français Hervé Robert, il est maintenant établi qu’il apporte en effet «des protéines, des glucides, des lipides, des fibres, des oligo-éléments, des sels minéraux (dont du magnésium), ou encore des polyphénols, qui ont une action antioxydante». Autant dire plein de bonnes choses.

Mais de là à en faire un aliment miracle, il y a un pas que refuse toutefois de franchir la docteure en diététique et professeure à la Haute École de santé de Genève Maaike Kruseman. Regrettant qu’on essaie de trouver d’autres raisons de manger du chocolat que le «goût et la satisfaction qu’il procure», elle précise: «Parler de ses «vertus» est un raccourci. De fait, les pourcentages élevés de substances bénéfiques mis en évidence dans de nombreuses études concernent en réalité les fèves de cacao. Or, quand celles-ci sont travaillées puis transformées pour être rendues mangeables, elles perdent une partie de leurs propriétés.»

Une partie, mais pas toutes, rassure la docteure Patrizia Carrieri. Ingénieure de recherche à l’Inserm, l’institut français de la santé et de la recherche médicale, elle explique que la meilleure façon de consommer le cacao serait de manger les fèves crues. Pas besoin d’aller dans ces extrêmes, toutefois, car le chocolat noir (au moins 70%) fait parfaitement l’affaire question «bénéfices».

Et quid des variétés au lait ou blanc? «Elles n’ont tristement aucun intérêt en dehors du plaisir qu’elles procurent!» relève Maaike Kruseman. Pire: elles pourraient «faciliter une addiction au sucre», souligne Patrizia Carrieri.

2. Il est un allié anti-âge

Le cacao contenu dans le chocolat contient des flavonoïdes ainsi que des substances telles que la caféine, la théophylline ou la théobromine qui, toutes, ont des effets anti-inflammatoires et protègent du vieillissement. De plus, il est riche en polyphénols, des molécules organiques dites «antioxydantes», permettant à notre organisme de lutter contre les radicaux libres. Lesquels sont justement associés à l’obsolescence et à l’inflammation de l’organisme, de même qu’à la survenue de certaines pathologies comme les cancers, les troubles métaboliques (dont le diabète) ou les maladies cardiovasculaires.

«Il faut savoir que la pollution, mais aussi des comportements inflammatoires (le tabagisme, la consommation élevée d’alcool, la sédentarité et la mauvaise nutrition, riche en sucres et en mauvais gras) peuvent augmenter la production de ces radicaux libres», remarquent tant Patrizia Carrieri que Maaike Kruseman. C’est dire si l’apport d’aliments contenant des antioxydants est important. Même si, en l’occurrence, il ne faut pas en abuser: «Un peu, ça va. Mais trop… Entre le gras et le sucre qu’il contient, ça serait contre-productif!» soulignent les spécialistes.

3. Il est bon pour le cœur et réduit le stress

Si Maaike Kruseman reste dubitative quant aux bienfaits du chocolat sur le cœur, estimant que «trop de recherches sont biaisées et ne tiennent pas assez compte de l’alimentation globale des sujets étudiés», Hervé Robert et Patrizia Carrieri sont plus optimistes. Selon eux, la consommation de cacao, de chocolat noir ou l’administration de flavonoïdes ont sans aucun doute des «effets bénéfiques sur l’hypertension».

De plus, disent-ils, grâce aux différentes substances qu’il contient, le cacao – et par extension le chocolat noir – est souvent «associé à un moindre risque de maladies et de mortalité cardiovasculaires». Se fondant sur une étude épidémiologique randomisée réalisée en 2016, la chercheuse ajoute que ce mécanisme de protection pourrait être lié à son effet sur le stress psychosocial. Celui-ci, chronique mais aussi aigu, peut en effet «déclencher des événements coronariens chez les personnes vulnérables par l’intermédiaire d’une augmentation des réponses immunitaires – comme les marqueurs d’inflammation (cytokines)», explique la scientifique. Elle résume cette recherche: «Après l’induction d’un stress psychosocial, un groupe ayant consommé 50 g de chocolat noir avant l’événement stressant induit n’avait pas d’augmentation des marqueurs inflammatoires, contrairement au groupe qui avait consommé le placebo (faux chocolat). Il s’agit donc d’un mécanisme d’action intéressant sur la façon dont les substances contenues dans le cacao peuvent protéger du risque cardiovasculaire. En termes de risques cardiovasculaires, les bénéfices les plus importants sont observés à partir de trois portions par jour (30 g) et une consommation allant de 20 à 40 g de chocolat noir par jour permettrait de fournir ces bienfaits sans trop augmenter le nombre de calories ingérées.»

Mais qu’on ne se réjouisse pas trop vite: croquer du choc, fût-il noirissime, ne suffit pas pour protéger son cœur. Ni quoi que ce soit d’autre, d’ailleurs. À l’instar d’Hervé Robert et de Maaike Kruseman, Patrizia Carrieri insiste: «Cette consommation doit s’inscrire dans un style de vie sain!» En plus d’un petit carré, on misera donc sur une alimentation équilibrée et riche en antioxydants, des activités physiques régulières, du sommeil en suffisance, des stratégies de gestion du stress – le tout en renonçant aux consommations nocives pour la santé que sont notamment le tabac, le gras et l’alcool en excès.

4. Il est bon pour le moral

Selon Maaike Kruseman, le chocolat a bel et bien un impact positif sur le moral: «Il a un effet sur la sécrétion de la sérotonine et a donc une action un peu apaisante et calmante. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi on a facilement tendance à manger un morceau de choc dans des moments de stress!»

5. Il est bon pour le cerveau

Principale composante du chocolat noir, le cacao contient des catéchines, de la caféine et de la théobromine. Comme l’explique Patrizia Carrieri, «ces substances peuvent améliorer certaines capacités neurocognitives, la vigilance, l’attention et la mémoire à travers différents mécanismes – qui sont en l’occurrence la réduction du stress oxydatif, un effet anti-inflammatoire et la modulation du flux sanguin cérébral. Les catéchines, en particulier, ont des effets sur la régénération des neurones, sur leur fonctionnement et les connexions et améliorent le flux sanguin cérébral.»

Or, ce dernier semble «être le mécanisme d’action le plus marquant sur l’amélioration des fonctions neurocognitives», précise la chercheuse. Dans les faits, il a été montré que chez les personnes de plus de 65 ans en bonne santé, la consommation quotidienne de chocolat pendant deux ans réduit le déclin cognitif de 40%, tandis qu’une étude menée en population générale suivie dans le temps tend à démontrer que les personnes qui consomment régulièrement du chocolat ont fourni de meilleures performances lors de tests neurocognitifs. En revanche, «pour les personnes ayant déjà des troubles cognitifs, cet effet n’a pas encore été mis complètement en évidence, mais il est possible que les flavonoïdes réduisent leur progression».

6. Il est bon pour le foie

Auteure d’une recherche tout juste publiée sur les effets du chocolat sur le foie, Patrizia Carrieri a constaté qu’une «consommation quotidienne est associée à une meilleure fonctionnalité hépatique» chez les personnes vivant avec le VIH et l’hépatite C. Elle explique: «Nous avons pu mettre en évidence que parmi les patients qui souffrent d’une inflammation chronique, les consommateurs quotidiens avaient un foie qui fonctionnait mieux que celui de ceux qui n’en mangeaient pas tous les jours. Cela dit, nous avons aussi observé un effet protecteur du café – également riche en polyphénols – pour les gens qui en buvaient au moins trois tasses chaque jour.»

À noter que des expériences antérieures menées sur des rats ont montré que les composés polyphénols présents dans le cacao ont le potentiel de réduire la vitesse d’évolution vers un cancer du foie, tandis qu’une autre étude conduite sur une population de patients atteints d’une maladie hépatique avancée (stéatohépatite) a également attesté cet effet protecteur de la consommation cacaotée. «L’ensemble de ces résultats suggère que le mécanisme par lequel le cacao peut être bénéfique pour les cellules hépatiques est lié à ses effets anti-inflammatoires et de réduction du stress oxydatif», conclut la chercheuse.

Bref, on l’aura compris, une petite dose de noir à 70%, ça ne peut pas faire de mal. Au contraire, même. Une bonne nouvelle pour commencer l’année, non?

Créé: 09.01.2020, 11h22

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