Les Cantons ont doublé le nombre de lits d'urgence

Covid-19Cette semaine, la Suisse a augmenté ses ressources pour lutter contre le Coronavirus. Le Tessin en tête. Tour d’horizon.

Une salle d’isolement pour les patients atteints du Covid-19 à l’hôpital La Carità à Locarno. keystone-sda.ch

Une salle d’isolement pour les patients atteints du Covid-19 à l’hôpital La Carità à Locarno. keystone-sda.ch

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La situation sanitaire au Tessin est «tendue», a affirmé samedi Daniel Koch, responsable à l'Office fédéral de la santé publique. Mattia Lepori, directeur médical adjoint des hôpitaux cantonaux tessinois, répond: «La situation nous préoccupe, mais elle n'est pas encore dramatique.» Contacté vendredi, le responsable nous a dévoilé l'état actuel des ressources hospitalières au sud des Alpes.

Le canton latin comptait une trentaine de lits en soins aigus quand le virus est arrivé, début mars. Vendredi, il y en avait déjà plus de 50 qui étaient dédiés uniquement à la lutte contre la pandémie. Et seulement 65% d'entre eux étaient occupés. Le réseau disposait de 20 emplacements en soins semi-intensifs, aux trois-quarts libres. Enfin 462 lits qui étaient disponibles pour les cas mineurs affichaient un taux d'occupation de 35%.

Deux semaines pour guérir

«Nous avons revu ce dispositif à la hausse», poursuit le directeur des hôpitaux tessinois. Les places en soins aigus vont doubler pour atteindre une centaine de places, demain lundi. Par ailleurs, l'ensemble du réseau d'accueil a été revu et réorganisé. Les cas Covid-19 sont concentrés dans l'hôpital La Carità à Locarno et la clinique de Moncucco à Lugano. Les autres établissements publics et privés du canton accueillent le reste de la patientèle.

Ce nouveau dispositif est déjà mis à rude épreuve: les autorités tessinoises ont annoncé aujourd'hui dimanche avoir enregistré, ces dernières 24 heures, neuf décès supplémentaires. Il y a 22 nouveaux cas déclarés positifs: le total atteint désormais 939 dans le canton. Enfin, les hôpitaux tessinois accueillent 246 personnes; dont 46 ont été placées aux soins intensifs.

Le spécialiste explique le fonctionnement du système de prise en charge. Les cas les plus graves sont dirigés vers le secteur des soins aigus. Ils sont endormis, intubés pour les aider à respirer artificiellement et leur donner le temps de lutter contre le virus. Le délai de guérison peut prendre une dizaine de jours, voire deux semaines. Certains doivent ensuite passer par les soins semi-intensifs pour continuer à bénéficier d'une assistance respiratoire. Les cas mineurs qui doivent quand même être hospitalisés sont logés dans les 462 salles d'isolement.

Des tours de garde de 12 heures

Avoir des lits ne suffit pas, il faut du personnel pour s'en occuper. «Les décès augmentent. Le travail est émotionnellement et physiquement très éprouvant», décrit Mattia Lepori. Les tours de garde peuvent durer 12 heures, témoigne une infirmière à la télévision suisse italienne. Ce qui frappe le plus, selon ces spécialistes, est la rapidité de l'évolution de la maladie. Alors que le patient semble stable, son état peut se compliquer gravement en quelques heures.

Et si le Tessin atteint un jour la limite de ces capacités, que se passera-t-il? Franco Denti, président de l’Ordre tessinois des médecins, estime que «la solidarité nationale sera alors déterminante. Il faudra soulager nos hôpitaux.» Sans cette aide, le canton ne s'en sortira pas, selon le chirurgien de Lugano. L'apport de l'armée a déjà été activé. Des éventuels transferts de patients dans des hôpitaux romands et alémaniques sont possibles, même si les déplacements en grand nombre d'un canton à l'autre sont toujours à risques. Les cantons de Bâle-Ville, de Bâle-Campagne et du Jura ont annnocé aujourd'hui dimanche vouloir prendre en charge des patients atteints du COVID-19 gravement malades en provenance de l’Alsace en France.

Les autres cantons suisses se préparent aussi à affronter le coronavirus. Ils ont doublé, pour certains triplé, leur capacité hospitalière. Difficile toutefois d'avoir une vision chiffrée globale. À Berne, l'OFS refuse de donner les statistiques au niveau national. L'office nous renvoie auprès des Cantons qui, selon lui, sont les «seuls compétents en matière de planification hospitalière». Ces derniers, de leur côté, ne parlent pas pour la plupart et renvoient à l'OFSP.

Genève, Neuchâtel, Fribourg

Pour en savoir davantage, il faut se renseigner par soi-même. Selon nos informations, les Hôpitaux universitaires de Genève sont passés de 48 à 80 lits d'urgence et envisagent de passer à une centaine de places contre les cas graves liés au coronavirus. «Jeudi dernier, nous comptions cinq décès, 468 patients dépistés, 92 hospitalisés. 19 d'entre eux étaient aux soins intensifs, dont 18 intubés», explique un membre du personnel médical sur place. Toujours selon nos informations, le Canton de Neuchâtel, lui, héberge 21 hospitalisations Covid-19. Cinq sont aux soins intensifs. L'offre neuchâteloise peut monter, pour l'instant, jusqu'à 40 lits en soins intensifs, avec respirateurs.

Le Canton de Fribourg a quand même donné quelques chiffres. La semaine dernière, les autorités avaient annoncé vouloir doubler la capacité d'accueil en médecine interne à 300 lits. Par ailleurs, la direction de l'Hôpital cantonal fribourgeois (HFR) nous a répondu vouloir augmenter le nombre de places aux soins intensifs de 18, en situation normale, à 50 places, en situation de crise. Une dizaine d'emplacements supplémentaires sont prévus pour la fin de la semaine prochaine. Les autorités précisent que ces chiffres évoluent constamment.

«C'est un peu comme le tsunami»

Les cantons suisses ne sont pas encore démunis. Pour le reste, c’est l'inconnue. Pierre-Emmanuel Buss, chargé de communication du Réseau hospitalier neuchâtelois, explique que «le coronavirus, c'est un peu comme le tsunami. Nous le voyons arriver de loin, mais nous ne savons pas quelle sera sa hauteur exactement.» Ce constat est partagé par Denis Froidevaux, chef de l’état-major vaudois de conduite: «Nous sommes prêts à affronter la vague, mais ne savons pas combien, au final, il y aura de malades et de décédés, aussi nous demeurons très inquiets et prudents car la vague pourrait être plus haute que le mur de protection». La courbe exponentielle des malades du coronavirus en Suisse ne rassure pas ces spécialistes. L'OFSP recensait, dimanche à 8h07, 7014 cas testés positifs en Suisse.

Créé: 22.03.2020, 13h46

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