«Ce qui compte, c'est que l'organisation convienne à mon fils»

Lisa Mazzone (Les Verts/GE) fait la transparence sur sa vie désormais partagée entre Berne et la Cité de Calvin. L’occasion aussi de parler des nouveaux défis qu’elle rencontre en tant que jeune parent.

L’élue genevoise raconte comment l’arrivée de son fils a bouleversé sa vie personnelle et de parlementaire.

L’élue genevoise raconte comment l’arrivée de son fils a bouleversé sa vie personnelle et de parlementaire. Image: Sebastian Magnani

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Ça va bien. Un peu remuée, mais ça va bien.

Quel âge a votre bébé? Comment s’appelle-t-il?

Il a un mois et s’appelle Béla. C’est un prénom que nous connaissions grâce au compositeur Béla Bartók — j’ai joué du violon et mon ami de la contrebasse — et que nous trouvions joli. En plus, ça permet de perpétuer une certaine tradition: entre Lisa Mazzone et Béla Mazzone, on garde la sonorité «amazone» (elle rit).

Vous avez accouché près de Berne. Votre conjoint est Alémanique. Vivez-vous désormais dans la capitale?

Non, je suis toujours d’abord Genevoise. Je vis entre Berne et Genève, comme depuis le début de mon mandat de parlementaire fédérale. J’ai mes deux points d’accroche. En fonction des séances et des impératifs, nous sommes dans une ville ou dans l’autre. Mais bien sûr, avec la naissance, ma présence à Berne s’est accentuée. Cette période de congé maternité est un peu comme une bulle. Ensuite, nous trouverons un rythme entre les contingences des séances et des réunions à Berne et à Genève.

Vous êtes candidate au Conseil national et au Conseil des États, une fonction où l’on représente son canton. Vous ne vous sentez pas trop Bernoise pour ça?

Pas du tout! Je n’ai jamais vécu plus de deux mois ailleurs qu’à Genève. J’y ai mon réseau social, ma famille, des engagements associatifs. C’est là que je me sens chez moi. Berne, c’est… comment dire… une autre ville! Moins cosmopolite, moins à 100 à l’heure. Cela dit, je découvre avec intérêt les différences culturelles. C’est aussi utile pour comprendre mes homologues alémaniques.

Entre cette législature et la prochaine, pour laquelle vous êtes candidate, vous pensez vraiment avoir le même équilibre entre Berne et Genève?

C’est mon objectif. On ne s’en rend pas toujours compte, mais Genève est loin de Berne. Ce n’est pas Zurich, Neuchâtel ou Fribourg. Lorsqu’on est à Berne pour des séances, on ne peut pas penduler quand la séance du soir termine à 19 h et celle du jour suivant débute à 8 h. Je trouve important de permettre aussi à de jeunes élues de pouvoir vivre une vie de politicienne et une vie de mère, ce qui implique d’avoir un appartement et une partie de ma vie aussi à Berne. Je pense que Genève est assez progressiste pour faire ce pas-là. Après, l’expérience nous dira comment cela se passe. Ce qui compte pour moi, c’est que Béla soit bien, heureux, et que l’organisation que l’on trouve lui convienne. Et je préfère pouvoir passer du temps avec lui plutôt que d’être seule dans une chambre d’hôtel pendant trois semaines de session.

Vous avez dû trouver une crèche et à Berne et à Genève?

Nous cherchons une crèche à Berne pour trois jours par semaine. Mais nous n’avons pas encore trouvé une place. Le reste du temps, nous le passerons généralement à Genève. Mon ami est désormais à 80% et j’aurai aussi un jour de libre par semaine.

Votre ami est journaliste et couvre l’actualité fédérale. Cela fait aussi débat. Comment veillez-vous à éviter les conflits d’intérêts?

Il n’écrit pas dans la presse romande. Cela crée déjà une certaine barrière. Et nous avons un code strict, de concert avec sa rédaction en chef: il n’écrit jamais sur moi ni sur les Verts, évidemment. Il n’écrit pas non plus sur des dossiers sur lesquels je suis engagée.

Allez-vous faire campagne pour les élections fédérales?

Oui, avec conviction! C’est clair que je ne suis pas en campagne maintenant. Mais nous avons prévu d’être tout le temps à Genève en septembre et en octobre, à part pendant la session du parlement fédéral évidemment. Mon ami a pris un congé dans cette optique, pour accompagner notre fils durant cette campagne.

Est-ce qu’on pense à la politique dans de tels moments?

Je suis évidemment l’actualité et j’ai quelques frustrations. Lorsqu’on a l’habitude d’être très investie, c’est parfois dur de suivre le débat politique sans pouvoir réagir. Mais c’est impressionnant à quel point un bébé absorbe tout notre temps! Et honnêtement, ce sont des moments tellement spéciaux, bouleversants, remuants… tellement rares! J’ai du plaisir à les vivre.

Avez-vous songé à tout arrêter lorsque vous avez vu votre bébé?

Non, mais depuis quatre ans, c’est la première fois que je suis déconnectée pendant une certaine période. Cela permet de prendre du recul, ce qui est positif. C’est même un double recul: avec l’arrivée d’un enfant, les priorités se réorganisent. Cela m’apporte de la sérénité qui, je pense, sera utile pour la campagne. Mais maintenant je suis en congé maternité. Ce temps est nécessaire pour apprendre à connaître son enfant, trouver un rythme, mettre en place une organisation et se remettre soi-même physiquement et émotionnellement. Je veux respecter et honorer ce temps d’arrêt.

Vous êtes plusieurs jeunes parents, élus fédéraux ou candidats, en campagne cette année. C’était encore chose rare il y a quelque temps. C’est devenu normal?

J’ai l’impression que c’est le signe du temps qui évolue. Il y a eu plusieurs jeunes parents au Conseil national durant cette législature. Cela me semble extrêmement positif pour la représentativité de cette Chambre. Au Conseil des États, ce n’est pas encore le cas. La moyenne d’âge est plus élevée, il n’y a que six femmes, dont une seule est mère d’enfants en bas âge. Il y a encore une différence marquée entre les deux Chambres ce qui fait aussi que le Conseil des États reste relativement conservateur sur certains dossiers qui concernent l’égalité.

Photo: Sebastian Magnani

Après avoir accouché, vous avez écrit dans «Le Temps» que le congé paternité (un jour légal) est à pleurer. Votre ami a pris un congé sabbatique à la naissance de votre fils. Ça change quoi?

Ça change tout! C’est pouvoir se relayer, dormir un minimum, communiquer ce qu’on est en train de vivre… avec quelqu’un qui parle (elle rit)! Il y a aussi des questions très pratiques qui se posent au début et sont difficiles à résoudre lorsqu’on est seule: comment vais-je me doucher, faire à manger, faire ma lessive avec un enfant qui a un besoin permanent d’attention? Il faut le dire: c’est un bouleversement de vie majeur. Il y a des hauts et des bas, des moments d’amour absolu puis de doutes sidéraux. Et cela ancre les rôles futurs. Si le partenaire n’est pas là, on a beau être un couple moderne, c’est la mère qui devient responsable de ces tâches. Le fait qu’il n’y ait pas de congé paternité ou mieux, parental, me semble archaïque et loin de la réalité. Tous les gens qui ont vécu un déménagement et une naissance savent bien la différence entre les deux. Or, la loi suisse prévoit un arrêt de la même durée.

Le fait de l’avoir vécu a fait évoluer vos arguments?

Ce que j’ai réalisé en ayant un enfant, c’est qu’il ne s’agit pas uniquement de construire une relation père-enfant, ce qui est déjà primordial, mais aussi de permettre à la mère de traverser ce moment. Je me suis quand même demandé comment la société pouvait se permettre de laisser les femmes seules après un tel événement. Au-delà de toutes les raisons économiques et de santé qui plaident pour un congé paternité, au-delà du fait que les jeunes pères aspirent à avoir du temps lors d’une naissance, c’est une question de reconnaissance de l’importance de ce moment par la collectivité.

En tant qu’élue professionnelle, vice-présidente des Verts, êtes-vous au bénéfice d’un congé maternité?

Oui, je reçois les jetons de présence des séances auxquelles j’aurais participé.

On est justement en pleine session des Chambres fédérales. À défaut de remplaçant, votre siège reste vide. Vous le vivez comment?

C’est assez bizarre. En plus, on a une responsabilité parce que cette absence peut avoir un impact sur l’issue des votes. Du coup, j’en ai parlé avec mon groupe politique avant mon congé. Nous avons défini un seul vote comme suffisamment important et, surtout, serré pour que j’y participe, sur le contre-projet à l’initiative populaire pour des «multinationales responsables».

Il faut changer les règles?

Oui, il faudrait vraiment un système de suppléance. On fait peser l’entière responsabilité de son absence à la personne qui vient d’accoucher. Au point que ma collègue Irène Kälin (Verts/AG) est venue voter alors que son enfant n’avait qu’une semaine. Sa voix – sur les quotas de femmes dans les conseils d’administration – a d’ailleurs été déterminante! Ce n’est pas normal. On devrait pouvoir offrir un vrai congé parental aux parlementaires. C’est typiquement un des aspects problématiques de ce mythe de politicien de milice. On fait comme si c’était un hobby d’être parlementaire or si on veut faire son mandat correctement, c’est un travail.

Votre collègue Irène Kälin a allaité au Palais fédéral. Pensez-vous faire de même?

Non, mais je pense que c’est une question très personnelle. Je suis assez pudique. Cela dit, une salle d’allaitement va être prochainement installée au parlement. Cela montre que le fait qu’il y ait davantage de mères qui siègent à Berne fait évoluer les choses de manière positive.

Avez-vous un modèle d’élue mère?

Je dirais la socialiste genevoise Sandrine Salerno, qui était la première femme d’un exécutif romand à devenir mère durant son mandat.

Une naissance, ça fait changer des idées, ça en renforce d’autres?

C’est à la fois un décentrement et un recentrement. Il y a une forme d’humilité à devenir parent. Tout à coup, un être a furieusement besoin de nous. Et la politique est un milieu difficile. On incarne des idées. On est très exposé à titre personnel. Et quand on est critiqué, on peut vite le prendre pour soi. Cela aide de se dire qu’il y a d’autres choses dans la vie, des moments où il y a d’autres priorités. Évidemment, j’ai en ce moment une sensibilité encore plus grande pour les questions d’égalité et d’éducation. Mais les questions liées à l’environnement et à la planète prennent aussi une couleur nouvelle. Ma conviction n’a pas changé. Mais je le vis avec un autre investissement je crois. J’ai cette conscience de la génération future presque inscrite dans mes tripes. Cela renforce le sentiment qu’il faut agir immédiatement et céder une planète avec des conditions de vie possibles pour les générations futures.

Avec votre fils, pas d’exposition, pas de photo.

Tant qu’il n’a pas la possibilité d’exprimer un consentement, je ne me permettrai pas de choisir à sa place. Ce qui ne m’empêche pas de thématiser les questions qui sont à mon sens politiques de la vie des jeunes parents et des jeunes parlementaires aussi.

Vous vous battez contre les stéréotypes liés au genre. Vous le pratiquez comment avec votre garçon?

Les premières semaines sont assez «neutres» je dirais. Mais une amie m’a offert un livre qui s’appelle: «Tu seras un homme féministe, mon fils». C’est ma lecture du moment. Je le vois plutôt comme l’opportunité de contribuer modestement à une transformation de la société et un dépassement des stéréotypes. Mais je suis sûre que cela sera un travail quotidien d’attention et de dépistage de ces automatismes involontaires qui vont du type d’habits portés aux jeux encouragés.

Créé: 16.06.2019, 15h39

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