Bientôt un vaccin contre les piqûres d’abeilles?

Pour certaines personnes, le dard de l’abeille représente une menace vitale. Se protéger reste long et contraignant.

L’aiguillon de l’abeille n’est pas lisse, comme celui de la guêpe. Il s’ancre généralement lors de la piqûre, 
à la manière d’un harpon.

L’aiguillon de l’abeille n’est pas lisse, comme celui de la guêpe. Il s’ancre généralement lors de la piqûre, à la manière d’un harpon. Image: Inventori / iStockphoto

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L’huile essentielle d’eucalyptus, les petits pots de clous de girofle, rien n’y a fait. Les efforts des tenanciers de bistrots de la place du Flon, à Lausanne, sont restés vains pour éloigner les nombreuses abeilles ayant fait de leurs terrasses un terrain de jeu à la fin du mois d’août, comme l’a raconté dans un article un quotidien local, rapportant notamment le témoignage d’une serveuse piquée trois fois dans la même journée. Heureusement la jeune femme n’était pas allergique. Car le venin d’abeille est loin d’être anodin. Il fait en moyenne quatre morts par an en Suisse.

Alternative

Alors pourra-t-on bientôt compter sur un vaccin qui, en quelques injections, protégerait les personnes susceptibles de subir un choc anaphylactique? C’est ce que suggérait la publication, cet été, d’un essai clinique mené par des chercheurs australiens et publié dans la revue «Journal of Allergy and Clinical Immunology». Selon les auteurs de l’étude, l’usage d’un adjuvant spécifique ouvrirait la voie à une désensibilisation «express». Mais à y regarder de plus près, on n’y est pas encore. Les résultats laissent en tout cas circonspect François Spertini, professeur associé au Service d’immunologie et allergie du CHUV. Pour lui, les données publiées ne montrent pas d’avancée significative par rapport aux moyens actuellement à disposition. Mais l’enjeu est bien là. La recherche planche sur une alternative au processus long et contraignant auquel les personnes allergiques, dont la vie peut être menacée par une simple piqûre, doivent se soumettre aujourd’hui si elles veulent se protéger.

Un simple test cutané permet, après une alerte, de confirmer si c’est bien l’abeille qui est devenue votre bête noire. L’animal a quelques particularités, un thorax velu, mais surtout elle perd son dard après avoir piqué, ce qui représente un premier faisceau d’indices. C’est l’analyse des anticorps (les IgE) produits par l’organisme qui permet d’affiner l’identité du coupable. Car chaque insecte produit un «cocktail» d’allergènes qui lui est propre. À partir du moment où l’allergie est établie, il faut s’armer de patience. Il est possible de la neutraliser en se soumettant à une désensibilisation, à l’image de ce qui se fait pour les pollens.

Dans le cas de l’abeille, il s’agit d’injecter du venin purifié de cet insecte, encore et encore, jusqu’à ce que le corps s’habitue et finisse par ne plus «surréagir». «La désensibilisation induit une tolérance de l’organisme au venin, résume François Spertini. À long terme, cette tolérance modifie la manière dont le système immunitaire va reconnaître les allergènes, elle crée une sorte de mémoire.»

Trois à cinq ans de traitement

Concrètement, pour infléchir efficacement la réaction du système immunitaire, il faut soumettre la personne allergique à une dose élevée du venin – soit 100 microgrammes. Cette dose, potentiellement mortelle, n’est pas injectée d’emblée. On procède par paliers, en augmentant les quantités jusqu’à atteindre l’objectif. Une étape aujourd’hui considérablement raccourcie, puisque l’on peut procéder à une désensibilisation dite «rush», ou accélérée, qui condense les premières injections et permet d’atteindre la dose de venin maximale en deux séances. Reste que pour réellement modifier la réaction immunitaire, il faut poursuivre le traitement durant trois à cinq ans… À un rythme d’une injection par mois au début, puis de manière plus espacée après deux ans.

Une discipline très contraignante à la longue, admet François Spertini. Car la personne engagée dans le processus de désensibilisation doit chaque fois se rendre à l’hôpital et y rester une demi-heure. L’inoculation du venin se fait, en effet, sous surveillance médicale afin de pouvoir réagir au plus vite en cas de réaction allergique. Au bout du compte, les anticorps produits par le patient doivent avoir suffisamment diminué pour ne plus générer de réaction sévère (lire ci-contre). L’efficacité de la désensibilisation est estimée à 90% pour le venin d’abeille, elle dure ensuite plusieurs années, entre quatre et dix ans, selon François Spertini.

Le potentiel «vaccin» qui pourrait améliorer cette situation ne serait en réalité qu’une forme de désensibilisation qui ne nécessiterait pas autant d’injections. «On est toujours en train de chercher la recette miracle», admet le Pr Spertini, qui planche lui-même, depuis plusieurs années, sur la mise au point d’une nouvelle méthode d’immunisation en cinq injections. «Au lieu du venin purifié, nous utilisons des allergènes synthétiques fragmentés de telle sorte que chacun de ces morceaux ne puisse pas activer les anticorps.» Ce projet, en cours, doit permettre d’injecter plus rapidement les allergènes à hautes doses. Et ainsi raccourcir le processus de désensibilisation pour obtenir en cinq semaines le même résultat qu’en trois à cinq ans, actuellement.

Créé: 20.09.2019, 10h09

3,5%

C'est la part de la population qui souffre d'une allergie au venin d'insectes.

Les bons gestes

Une réaction localisée autour de la piqûre, même douloureuse, n’indique pas encore une allergie, même si elle peut être spectaculaire. «Un gonflement jusqu’à 10 centimètres est normal. Il peut s’accompagner de rougeurs et de démangeaisons, mais disparaît en quelques heures ou quelques jours, précise Roxane Guillod, experte en santé publique du Centre d’allergie suisse (aha.ch). Si l’enflure est plus importante et dure plus de 24 heures, on parle de réaction locale grave. Normalement, cette réaction n’est pas dangereuse non plus.» Les rougeurs et les démangeaisons peuvent être soulagées en refroidissant la zone, éventuellement par la prise d’antihistaminiques.

Une réaction allergique peut survenir à tout âge. Elle n’est pas héréditaire. Elle se caractérise par la survenue assez rapide – de quelques minutes à une heure après la piqûre – des symptômes suivants: démangeaisons sur l’ensemble du corps, urticaires, étourdissements, vomissements, voire essoufflement et tachycardie. «En cas de chute de la tension artérielle, d’inconscience, d’arrêt respiratoire ou même de collapsus cardiovasculaire, cette réaction allergique, appelée choc anaphylactique, peut mettre la vie en danger», souligne Roxane Guillod. Les personnes ayant déjà fait une réaction allergique reçoivent de leur médecin un set d’urgence contenant notamment des auto-injecteurs d’adrénaline, des antihistaminiques, de la cortisone et éventuellement un spray contre l’asthme. En cas de choc anaphylactique, l’adrénaline doit être administrée en premier et il faut contacter les urgences.

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