Ils ont tous une baguette pour la nouvelle formule magique, mais pas la même

Mercredi, il ne se passera peut-être rien dans la réélection du Conseil fédéral. Mais, à plus long terme, la composition du gouvernement pourrait changer.

Le Conseil fédéral actuel.

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Forts de leur impressionnant succès, les Verts se sont hissés pour la première fois dans le club très fermé des quatre grands partis: UDC, PS, PLR et PDC. Voilà pourquoi ils réclament à cor et à cri une place au Conseil fédéral. Ils visent en priorité le siège d’Ignazio Cassis, le chef du Département des affaires étrangères.

Pourtant, à J-3 de l’élection du gouvernement sous la Coupole fédérale, les chances des Verts d’accéder au saint des saints de la politique suisse n’apparaissent pas très grandes. Les trois partis bourgeois, qui possèdent une majorité dans l’Assemblée fédérale (246 sièges), ont refusé d’auditionner leur figure de proue, la présidente des Verts Regula Rytz.

Ils estiment en gros que les Verts ont fait un joli score mais qu’ils doivent confirmer cette avancée. Ils notent qu’aucune circonstance exceptionnelle ne justifie l’éviction d’un conseiller fédéral en place. Ils s’apprêtent donc à reconduire mercredi matin les 7 conseillers fédéraux sortants Ueli Maurer, Simonetta Sommaruga, Alain Berset, Guy Parmelin, Ignazio Cassis, Viola Amherd et Karin Keller-Sutter.

La formule magique du Conseil fédéral, qui comprend 2 UDC, 2 PS, 2 PLR et 1 PDC, est-elle donc gravée dans le marbre? Non. Elle a pris des coups de burin avec l’avènement des formations écologistes. Tous les partis reconnaissent peu ou prou qu’il faudra revoir la formule dans quatre ans ou lors de la prochaine vacance, surtout si les Verts continuent de progresser.

À quoi ressemblera la future formule magique du Conseil fédéral et comment la calcule-t-on? La bataille des modèles a déjà commencé et va s’intensifier. Le PDC appelle à un sommet sur la concordance pour se mettre d’accord. En attendant, voici les principales formules avancées par les notables de la politique fédérale.

Un siège Vert, et tout de suite

Regula Rytz, Présidente des Verts

Ce qu’elle propose

Se fondant sur le succès électoral de son parti, elle veut un siège au Conseil fédéral. Elle note que les Verts sont devenus le 4e parti, devant le PDC. Elle ne voit pas pourquoi, avec 13,2% des voix, sa formation n’aurait aucun siège alors que le PDC en a un avec 11,4% des voix et le PLR en dispose de deux avec 15,1%. Sa nouvelle formule magique se compose comme suit: 2 UDC, 2 PS, 1 PLR, 1 PDC et 1 Vert.

Ce qu’elle tait

Les Verts n’ont jamais considéré le pourcentage des voix lors des élections comme un critère décisif pour la composition du Conseil fédéral. Ils se sont toujours opposés au 2e siège UDC, malgré le fait que ce parti soit de loin la première force électorale. Pour eux, seul le programme comptait et celui de l’UDC était inacceptable. Ils ont changé d’avis.

On ne change rien, surtout pas chez nous, les radicaux

Petra Gössi, Présidente du PLR

Ce qu’elle propose

Petra Gössi défend le statu quo actuel qui stipule que les trois plus grands partis en pourcentage au National (UDC, PS, PLR) ont deux sièges au Conseil fédéral. Elle souligne que le PLR n’a pas à céder un siège aux Verts dans la mesure où il est deuxième au Conseil des États derrière le PDC et premier dans les parlements et Exécutifs cantonaux. Elle ajoute qu’un écart de 1,7% sépare les voix PLR de celles du PS.

Ce qu’elle tait

Si on se base sur la force des partis, un des 7 sièges au Conseil fédéral devrait correspondre, à la louche, à 14% des voix. Avec ses 15,1% de suffrages, le PLR est donc royalement payé avec ses deux sièges. Sa surreprésentation est plus forte que celle du PS ou du PDC. Voilà pourquoi Gössi inclut les parlements et les Exécutifs cantonaux pour embellir le tableau.

Puisqu’elle est la plus forte, seule l’UDC a droit à deux sièges

Christoph Blocher, Patriarche de l'UDC

Ce qu’il propose

Il constate un émiettement du paysage politique avec la montée en force des formations écologistes. Si ce mouvement se poursuit, il propose de leur faire une place au Conseil fédéral. Au détriment de qui? Du PS et du PLR. Il relève que l’UDC est le seul grand parti de Suisse avec plus de 25% des voix, soit près de 10% de plus que le PS. Sa formule magique: 2 UDC, 1 PS, 1 PLR, 1 PDC, 1 Vert et 1 Vert’libéral.

Ce qu’il tait

Blocher fait d’une pierre deux coups. Il propulse l’UDC comme seul grand parti avec 2 sièges et affaiblit son adversaire principal, le PS, en ne lui en octroyant qu’un. Il compense la perte d’un siège PLR en adoubant les Vert’libéraux. Il surreprésente ainsi ce petit parti dans l’idée de conserver une majorité à droite au Conseil fédéral.

D’accord pour un siège Vert, avec un plan de secours

Christian Levrat, Président du PS

Ce qu’il propose

Il rejoint les Verts pour leur donner un siège au Conseil fédéral au détriment du PLR. Son argument choc? UDC et PLR font 40% des voix et maîtrisent 4 sièges au Conseil fédéral, soit la majorité. La droite est donc clairement surreprésentée. Il ajoute, en plan B, qu’il appuie un Conseil fédéral à 9 membres, lequel permettrait d’intégrer les forces montantes sans mettre en danger les équilibres géographiques ou linguistiques.

Ce qu’il tait

Le PS et les Verts ont recueilli ensemble 30% des voix. Si un Vert est élu au Conseil fédéral au détriment du PLR, la gauche aurait 3 sièges. Elle serait donc surreprésentée comme l’est actuellement le duo UDC-PLR. Quant au Conseil fédéral à 9 membres, c’est une vieille lune qui permet de distribuer des fauteuils gouvernementaux à tout le monde mais est douteuse au niveau d’une gouvernance efficace.

Pas question de renoncer à un conseiller fédéral PDC

Gerhard Pfister, Président du PDC

Ce qu’il propose

Il estime qu’il faut prendre en compte non seulement la force électorale des partis exprimée au National, mais aussi leur poids au Conseil des États. Sachant que l’Assemblée fédérale se compose de 246 sièges, il divise ce nombre par 7 et arrive grosso modo à 35 sièges pour avoir droit à un siège au Conseil fédéral. Les Verts pourraient prétendre pile-poil à un siège au détriment du PLR et les Verts libéraux pourraient challenger le deuxième siège PS.

Ce qu’il tait

Cette formule arithmétique, qui inclut pour la première fois le Conseil des États, favorise comme par hasard le PDC. Celui-ci est en effet le premier parti dans la Chambre des cantons avec 13 fauteuils. Si on applique, en revanche, la répartition habituelle selon le pourcentage des partis au National, le PDC devrait céder son siège aux Verts.

Photos: Photomontage Le Matin Dimanche/ Peter Klaunzer/Keystone, Gaetan Bally/Keystone, Beat Mathys, Jean-Paul Guinnard, Yvain Genevay

Créé: 07.12.2019, 23h01

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