Quel animal êtes-vous au travail?

Désormais, les animaux nous représentent au travail dans des campagnes de pub, quand ils ne nous coachent pas. Bienvenue à l’ère du zoo management.

Le lion, c’est le leader fort, qui a toujours quelque chose d’important à dire, et qui ne recule devant aucun conflit.

Le lion, c’est le leader fort, qui a toujours quelque chose d’important à dire, et qui ne recule devant aucun conflit. Image: DR/LMD

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Le monde du travail est devenu une jungle où les animaux sont nos avatars, nos sources d’inspiration et nos entraîneurs. À l’ère du «zoo management», on trouve de nombreuses structures qui proposent d’améliorer sa technique au contact de chevaux et de lamas. Ou encore de moutons, comme à Bex (VD), où Nathalie Briguet a lancé une formation qui propose de travailler son Leader’Sheep.

Pour cette cheffe d’exploitation agricole, «il y a de nombreux parallèles entre la gestion des moutons et le monde du travail. Il faut s’adapter, se remettre en question, faire un apprentissage, bien transmettre les informations aux autres et savoir évaluer les capacités de son équipe». Autant de qualités qu’elle travaille en pleine nature, avec des animaux bien moins suiveurs qu’on l’imagine, car «les moutons ont leur caractère.»

Les cours de Leader’Sheep consistent à «reproduire en équipe le travail du berger et de son chien, qui est un peu le collaborateur absolu». Il s’agit notamment de sortir un lot de moutons de son parc et de lui faire faire un petit parcours. «La plupart du temps, les gens découvrent que les moutons de la race skudde que j’utilise peuvent se révéler rustiques, rapides et indépendants» dès qu’ils comprennent que la bergère et son chien ont cédé le commandement à des gens moins expérimentés.

Les groupes de managers, de cadres et d’employés apprennent souvent à leurs dépens que cet exercice demande des qualités spécifiques. «Les plus efficaces, et de loin, c’étaient des pompiers, qui ont l’habitude de communiquer et de se coordonner dans leur travail. Ils étaient beaucoup plus à l’aise avec les moutons que des équipes de vendeurs, qui travaillent tout le temps en individuel. Mais j’ai aussi vu un manager qui s’est retrouvé assis dans un champ avec une brebis installée sur ses genoux», raconte Nathalie Briguet.

Si les moutons sont capables de rendre chèvres les humains qui tentent de les diriger, «il ne s’agit pas ici de comparer les gens avec des animaux. Les moutons servent davantage de ressource que d’exemple, même s’ils ont la capacité de révéler les forces et les faiblesses du fonctionnement de chacun.» L’intérêt est là, puisque la formation proposée par Leader’Sheep a été suivie, cette année, par près de 800 personnes. Et Nathalie Briguet a dû agrandir son équipe pour répondre à des demandes qui viennent désormais de toute la Suisse.

Le bestiaire des forçats du bureau

On retrouve le mouton dans une autre métaphore très réussie du monde professionnel. Au moment de présenter un workshop destiné à des employés devant migrer dans un bureau en open space, l’agence de communication alémanique Festland a imaginé un bestiaire des nouveaux travailleurs contemporains (voir ci-dessus). On retrouve sur l’affiche de Flow work une quinzaine d’animaux figurant «une typologie des employés développée par nos équipes sur la base de l’expérience acquise dans des centaines de projets avec des PME et de grandes entreprises», explique Andi Ackermann, de Festland.

Parmi ces nouveaux forçats du bureau, il y a des incontournables, comme le lion (le leader), et aussi l’ours brun en «grincheux du matin». Quant au mouton, il symbolise l’employé «détendu, l’incarnation même du calme, qui ne réagit jamais de manière empressée». Si cette vision idéalisée fera sourire tous ceux qui n’ont pas réussi à canaliser les ruminants de Leader’Sheep, elle a aussi plu à la Société suisse de marketing, qui lui a décerné un Award.

Cette campagne trouve un écho dans les vitrines de Lista Office, pour qui elle a été réalisée. L’entreprise, spécialisée dans les meubles de bureaux, propose de nombreux objets figurant des animaux. «La tendance nature s’est fortement développée ces dernières années, explique le directeur, Michele Rossetti. Aujourd’hui, les acheteurs privilégient des environnements avec des ambiances nature, des matériaux comme le bois et des décorations animales.» Des chaises en forme d’éléphants roses confirment son propos.

Les éléphants, justement, ont inspiré un autre amateur de métaphores animalières, le professeur à l’IMD et à l’UNIL Stéphane Garelli, auteur d’«Êtes-vous un tigre, un chat ou un dinosaure?» (Slatkine, 2015): «Je l’évoque souvent en Chine, parce que pour eux, c’est très parlant. L’éléphant, c’est celui qui est puissant, qui va tranquillement et qui réfléchit. Dans le monde de l’entreprise, les éléphants sont de grandes sociétés, puissantes sur le plan technologique et financier, mais qui sont aussi lourdes à réformer. Elles vont trouver sur le chemin des entreprises renards, plus petites, plus rusées, et qui ont la capacité d’aller plus vite ou de penser à passer entre les pattes des éléphants.»

Nous commençons comme des tigres

Dans un de ses livres, Stéphane Garelli file une autre métaphore animalière qui explique nos plans de carrière.

«D’abord, nous sommes des tigres. C’est la période où nous sommes motivés par le succès, prêts à travailler beaucoup et extrêmement mobiles. Puis, après quelques années, nous devenons des chats. Le jeune cadre dynamique s’est marié, il a eu des enfants, acheté une maison et contracté une hypothèque. Comme le chat, il reste motivé pour la chasse, mais il a découvert la qualité de vie. Enfin, sur le tard, le chat se transforme en dinosaure, qui n’est pas aussi inutile qu’on le pense, notamment parce qu’il est la mémoire de l’entreprise.»

Le grand danger, pour une entreprise, c’est de confondre. «Si vous proposez un poste de tigre à un chat, par exemple un mandat à l’étranger, vous prenez le risque de le voir partir, parce qu’il va refuser cet avancement et penser qu’on ne lui fera plus jamais une autre proposition intéressante», explique le professeur, avant de livrer la morale de cette fable contemporaine, où les animaux sont devenus des professeurs de management.

«La relation que nous entretenons avec les animaux est en train de changer. Nous allons vers quelque chose de plus affectif, de bien plus anthropomorphique. On le voit avec ces polémiques sur la viande ou sur les abattoirs. Quand on parle d’animaux, les gens sont plus attentifs, et on se projette beaucoup plus facilement dans ces figures qu’avant. Surtout dans les villes, où il y a une sorte d’idéalisation de l’animal, ce qui n’est pas le cas à la campagne.»

Créé: 07.01.2020, 11h06

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