L'alerte aux frelons encercle les ruches de l’arc lémanique

Très touché, le sud-est de la France monte la garde via smartphone. En Suisse, l’apiculture redoute une arrivée inéluctable du frelon asiatique.

Le frelon asiatique est une espèce invasive et représente un vrai danger pour la faune locale.

Le frelon asiatique est une espèce invasive et représente un vrai danger pour la faune locale. Image: Leochen66/Shutterstock

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En dépit d’une alerte il y a deux ans dans le Jura – près de Fregiécourt, à un jet de pierre de la frontière – le frelon asiatique ne s’est pas établi en Suisse. Pas encore. «Si la centrale de surveillance du Service sanitaire apicole n’a rien détecté depuis le signalement de ce frelon, il reste à craindre que la menace ne finisse par arriver sur le territoire», relate Anja Ebener, directrice d’Apiservice à Berne.

La responsable du centre de compétence de l’association faîtière de l’apiculture suisse remarque que si l’attention s’est focalisée sur cette espèce de frelon noir et orange, les frelons jaunes de nos contrées, plus gros, «sont observés en nombre, probablement en raison de la douceur du dernier automne».

Foyer préoccupant en Ardèche

Au sud de la frontière, la mobilisation contre ce prédateur des abeilles – sa proie préférée, une dizaine d’entre eux pouvant décider du sort d’une ruche – est d’une autre ampleur. Identifiée pour la première fois en 2004 en Aquitaine, l’espèce originaire du continent asiatique est apparue en 2011 en Ardèche, à trois heures de route de Genève.

La colonisation s’est ensuite accélérée en direction du nord-est. L’an dernier, plus de 1300 nids ont été signalés dans l’ensemble de la région Rhône-Alpes – dont plus de la moitié en Ardèche – soit un triplement en l’espace d’un an, révèle le Groupement de défense sanitaire (GDS), un organisme régional au service des éleveurs.

Tête noire et bande orange pour l'espèce asiatique, tête rousse et abdomen jaune pour l'européenne. (Photo: Jose Antonio Penas/Keystone)

Département frontalier, l’Ain a également fait face à une augmentation «conséquente» du nombre de nids trouvés l’an dernier. Une plateforme a été mise en place par les autorités sanitaires de la région afin de coordonner les signalements du public, via un smartphone pointant les coordonnées GPS des nids en vue de leur destruction.

L’hiver venu, les fondatrices s’enterrent

La limitation de la propagation de cette espèce invasive – via la destruction d’impressionnants nids en poire souvent construits au sommet des arbres et qu’il est recommandé de ne pas approcher à moins de cinq mètres – se heurte à une réalité plus triviale. En France la prise en charge de l’intervention varie d’une commune à l’autre. Quand ce n’est pas le cas, le recours à une société privée peut dépasser les 200 euros, un montant qui peut s’avérer dissuasif. Le rapport du GDS estime que trois nids signalés sur quatre ont été détruits en Rhône-Alpes.

Dans un canton comme Genève, la destruction des nids reste confiée aux sapeurs-pompiers du SIS. Aux avant-postes de la menace, les autorités genevoises ont mis en place cette année un plan d’action impliquant les gardes de l’environnement et les pompiers.

La lutte reste difficile, les nids étant souvent découverts avec la chute des feuilles, alors que leurs centaines de fondatrices l’ont déjà quitté. Ces dernières s’enterrent lorsque le froid arrive et certaines reconstruiront un nid à la belle saison, rendant la progression plus difficile à circonscrire.

Créé: 21.07.2019, 17h02

Printemps «catastrophique» pour le miel

Avec ou sans frelon, les abeilles souffrent cette année. Si le bilan exact ne sera pas établi avant la fin de la saison, la responsable d’Apiservice, Anja Ebener, reconnaît que quelques exploitants helvétiques font déjà remonter des indications sur une production printanière «catastrophique».

La récolte estivale reste cependant en cours – elle représente certaines années plus de la moitié du total annuel. Et un sondage réalisé en juin faisait état de 25% de colonies d’abeilles perdues ou trop faibles pour se développer au sortir de l’hiver, proportion qui ne diffère guère de celle observée un an plus tôt.

Longue période de vent et pluie empêchant les butineuses de sortir… en France, le printemps pourri laisse anticiper une année désastreuse.

«Au sortir du printemps, nous sommes loin de la moitié des quantités produites il y a un an», se
lamente une exploitante rencontrée au cœur de l’Ardèche.

Cette dernière sauve les meubles grâce à la présence de châtaigniers autour de ses ruches, alors que beaucoup de ses homologues de la vallée seront obligés de nourrir leurs abeilles au sirop pour les maintenir en vie, sans espoir de production.

«C’est la solution de dernière extrémité pour sauver une colonie sur le point de mourir de faim», explique Anja Ebener. Afin d’éviter «toute falsification de miel», les apiculteurs n’ont alors pas le droit de remettre des hausses sur les ruches ayant bénéficié d’un tel sauvetage.

Selon la spécialiste, une solution intermédiaire peut consister à fournir aux colonies une pâte nourricière, directement consommée par les abeilles, qui ne se retrouvera pas dans les hausses (où est stocké le miel) posées plus tard dans la saison.

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