Des agents helvétiques ont interrogé les djihadistes suisses

Rentrés mardi soir après deux semaines dans le nord-est syrien, les enquêteurs du SRC ramènent des preuves en vue d’une condamnation en Suisse.

Un combattant des Forces syriennes démocratiques surveille des prisonniers soupçonnés d’avoir été membres de Daech et emprisonnés à 60 dans des cellules de 6 mètres sur 7 dans la prison de Hassaké, en zone kurde, au nord-est de la Syrie.

Un combattant des Forces syriennes démocratiques surveille des prisonniers soupçonnés d’avoir été membres de Daech et emprisonnés à 60 dans des cellules de 6 mètres sur 7 dans la prison de Hassaké, en zone kurde, au nord-est de la Syrie. Image: Fadel Senna

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L’aéroport de Belp aurait dû être fermé aux jets depuis près de deux heures lorsque l’avion du Conseil fédéral ramenant trois agents du Service de renseignement et un membre du commandement des forces spéciales de l’armée a enfin atterri, mardi 4 février à 22 h 34. Les quatre fonctionnaires revenaient d’une opération de presque quinze jours au nord-est de la Syrie, où ils ont interrogé à plusieurs reprises trois djihadistes suisses: le Genevois Daniel D., considéré comme le plus dangereux, ainsi que les Vaudois Damien G. et Ajdin B.

«Ces trois personnes ont été entendues sur leur lieu de détention par nos collaborateurs», confirme Isabelle Graber, cheffe de la communication du Service de renseignement de la Confédération (SRC). L’objectif principal de ces entretiens était «d’évaluer la dangerosité des personnes interrogées et d’apporter des contributions décisives aux organes fédéraux et cantonaux chargés du volet répressif». En clair: récolter des preuves matérielles qui pourraient être utilisées pour une éventuelle condamnation en Suisse.

Le SRC a toutefois refusé de confirmer les détails opérationnels de ce voyage. Selon nos informations, les quatre agents se sont rendus dans la zone contrôlée par les forces kurdes pour une quinzaine de jours. En raison d’un cafouillage administratif, l’aller a dû être effectué sur des vols de ligne via Vienne; quant au retour, il a eu lieu avec le Cessna Citation du Service de transport aérien de la Confédération, utilisé en priorité par le Conseil fédéral.

Les données de vol ADSB-Exchange que nous avons obtenues auprès de l’organisation de journalistes OCCRP permettent de recouper ces informations. Le jet gouvernemental a notamment été utilisé pour éviter de traverser les contrôles aux frontières avec du matériel sensible, comme cela aurait été le cas si les agents avaient emprunté un vol de ligne. La délégation était composée de deux enquêteurs spécialisés dans la lutte antiterroriste – une femme et un homme –, d’un logisticien et d’un membre du commandement des forces spéciales de l’armée afin d’assurer la sécurité. Une fois arrivée dans la capitale kurde Erbil, au nord de l’Irak, la petite troupe a été prise en charge par un service de renseignement partenaire.

Conditions de détention «très dures»

Les trois Suisses interrogés avaient déjà été entendus par les services de renseignement français, américains, britanniques et allemands. Depuis l’arrestation de Daniel D. par les Forces démocratiques syriennes et les commandos du MI6 le 18 juin 2019, le SRC a, semble-t-il, longtemps hésité à envoyer ses propres agents sur le terrain, trop inquiet pour leur sécurité. Ces derniers donnent aujour­d’hui l’impression d’arriver plus tard que la grêle après la vendange. Mais c’est peut-être un avantage: lors des différents interrogatoires, dont certains ont duré plusieurs heures, les agents du SRC ont pu s’appuyer sur les déclarations précédentes des djihadistes suisses, ainsi que le matériel photo et vidéo récolté par leurs collègues étrangers, pour les mettre face à leurs mensonges.

Le Genevois Daniel D. a ainsi toujours nié avoir combattu, affirmant avoir été blessé dès 2015 et même avoir été emprisonné par Daech durant 33 jours. Quant à Damien G., qui a grandi à Orbe, où il avait commencé un apprentissage de mécanicien, il assure avoir juste travaillé comme physiothérapeute en Syrie. Tous deux sont soupçonnés d’avoir planifié des opérations terroristes en Europe. Daniel D. a même été placé sur une liste de personnes recherchées par Interpol. Les deux hommes disent aujourd’hui vouloir rentrer en Suisse et retrouver une vie normale.

Depuis leur capture, ils ont perdu respectivement 20 et 30 kilos et vivent dans des cellules de 6 mètres sur 7 avec une soixantaine de codétenus dans le centre pénitentiaire de Hassaké, qui compte près 5000 prisonniers. «Les conditions de détention sont très dures, mais ils ne sont pas battus», affirme un officiel suisse, au fait de leur situation. Le troisième Romand, le Lausannois d’origine bosniaque Ajdin B., est dans une situation différente. Il s’est rendu aux Forces démocratiques syriennes il y a deux ans et voulait échapper à l’organisation terroriste beaucoup plus tôt. Il se trouve dans un camp plus au nord et a été amené dans la zone de Hassaké pour être interrogé.

Selon le Service de renseignement de la Confédération, qui renvoie à la décision du Conseil fédéral de mars 2019, «la Suisse ne prévoit pas pour l’instant de rapatrier les djihadistes suisses actuellement sur zone». Les Suissesses non plus. Elles sont presque toutes rassemblées dans le camp de Roj, plus au nord. Une Genevoise, partie rejoindre l’État islamique avec ses deux filles mineures, vient d’ailleurs d’être déchue de sa nationalité helvétique.

Quant aux sept mineurs restés avec leurs mères à Roj, ils attendent toujours un éventuel retour… au cas par cas.

Créé: 08.02.2020, 22h26

Les Kurdes syriens veulent juger les combattants étrangers

L’administration autonome kurde a annoncé le 5 février qu’elle jugera les combattants étrangers de l’État islamique (EI).

Les premiers procès devraient se tenir dès mars. Entre 1000 et 1500 hommes ayant rejoint l’EI, dont les trois Suisses, issus de plus de 50 pays, se trouvent actuellement dans des geôles contrôlées par les Kurdes syriens.

Jusque-là, les autorités kurdes avaient réclamé que les États étrangers reprennent leurs ressortissants pour les juger et les incarcérer chez eux.

Les Kurdes réclament désormais un soutien logistique et financier pour juger et maintenir en captivité les combattants étrangers.

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