Un agent de sécurité renvoyé en justice pour avoir tiré 13 fois

Un agent de sécurité avait utilisé son arme à feu lors d’un braquage à Genève. Il est renvoyé en jugement pour tentative de meurtre et mise en danger de la vie d’autrui.

L’agent de sécurité assure n’avoir jamais visé les malfrats.

L’agent de sécurité assure n’avoir jamais visé les malfrats. Image: iStock (Photo d'illustration)

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La justice a bouclé son enquête sur le braquage de la bijouterie Kunz, à Genève. Dans l’acte d’accusation que nous avons consulté, on apprend aujourd’hui que les voleurs mais aussi l’agent de sécurité qui a tenté de freiner leurs ardeurs criminelles sont renvoyés en jugement notamment pour tentative de meurtre. Le Ministère public estime que les trois prévenus ont mis en danger la vie d’autrui. Le procès aura lieu du 9 au 13 mars.

Coup de projecteur sur ce hold-up survenu en plein rush commercial, le samedi 13 mai 2017 vers 9h40: ce matin-là, deux malfrats lyonnais arrivent sur un scooter volé au Grand-Lancy. Ils prennent d’assaut le commerce, où se trouvent une bijoutière et une vendeuse. Un braqueur est déguisé en femme, l’autre, L., est armé d’un Smith&Wesson 44, une marque rendue célèbre par Clint Eastwood dans «L’inspecteur Harry».

Une scène de cinéma

Ils font main basse sur des montres de luxe et des bijoux, un butin évalué aujourd’hui à 658'580 francs. Puis les deux victimes pourchassent les deux hommes dans la rue, relève l’acte d’accusation. L. pointe son arme sur elles pour les freiner. Apeurées, la bijoutière et la vendeuse se cachent. S’ensuit un affrontement armé entre l’agent de sécurité du magasin et L. Une scène de cinéma mais à balles réelles, en pleine rue Guillaume-Tell. L’agent a tiré 13 coups de feu en direction des deux hommes, révèle le document émis cet hiver par le parquet. De son côté, L. a tiré 4 fois. Par miracle, personne n’est blessé et les deux voleurs, âgés de 37 et 38 ans, sont interpellés. Peu avant, «L. et son complice se sont battus avec des agents de sécurité, leur donnant des coups dans le but de pouvoir s’enfuir». En vain.

Les deux braqueurs, prévenus de brigandages aggravés, sont également accusés d’avoir mis en danger la vie de deux passantes en raison des coups de feu tirés. Ils devront aussi répondre des dégâts occasionnés à des véhicules qui se trouvaient dans le secteur.

Qui a tiré le premier?

L’agent de sécurité assure n’avoir jamais visé les malfrats. Il soutient avoir tiré «sur une zone neutre», à savoir une palissade et un trottoir, puis sur le scooter que les braqueurs pensaient utiliser pour s’enfuir. Il dit avoir agi pour se défendre («Je voulais qu’il arrête de me tirer dessus») en expliquant que le braqueur armé aurait pu «l’allumer» en passant devant lui en scooter. Il considère que la bijoutière, qui se trouvait non loin d’eux, risquait d’être prise en otage. Il lui a crié de partir et dit avoir fait feu pour la protéger.

Qui a tiré le premier? Le braqueur ou l’agent? Les juges devront trancher. L’agent dit avoir «riposté», alors que le braqueur soutient ne pas avoir fait feu le premier: «J’étais sûr de ne toucher personne. […] je ne voulais que faire peur à l’agent, […] qu’il vide son chargeur.»

Cette vidéo montre l'agent de sécurité entrain de tirer sur les braqueurs. Source: Facebook

À noter que les deux passantes sont deux contractuelles qui se trouvaient derrière l’agent de sécurité. «Elles ont été mises en danger par les tirs du braqueur», selon l’acte d’accusation.

Qui sont les suspects? L’agent, employé par une société de sécurité de la place depuis 2013, affirme avoir travaillé vingt ans dans la gendarmerie française. Il est rompu au tir et suit un entraînement tous les trois mois. Il a été décoré à plusieurs reprises dans le cadre de l’exercice de sa profession. Quant aux malfrats, le détenteur «du 44» a un casier judiciaire sans fin… Notamment pour d’autres affaires de vol à main armée. Plus modeste, le passé pénal de son complice, impliqué dans des affaires de drogue, n’en est guère pour autant rassurant. C’est lui qui s’est procuré l’arme chargée de six balles, précise l’acte d’accusation.

Face-à-face d’avocats

En 2018, l’avocat de L., Me Dalmat Pira estimait que c’est l’agent qui a ouvert le feu. «Il y a quelque chose de dérangeant à considérer qu’un ancien policier puisse déraper au point de tirer plus d’une dizaine de fois dans ces conditions.»

Défenseur de l’agent, Me Nicola Meier réplique: «Deux types de professionnels se sont fait face ce matin-là: celui de la sécurité, qui grâce à son expérience et un sang-froid extraordinaire, a permis de contrecarrer une prise d’otage et d’interpeller des braqueurs lourdement armés. De l’autre, le pro des braquages à main armée qui, grâce à son expérience à lui, n’a pas hésité un instant à ouvrir le feu sur l’agent de sécurité, le visant à plusieurs reprises à la tête, comme l’a démontré le rapport balistique. C’est deux mondes bien différents: même après avoir essuyé les premiers tirs, l’agent de sécurité vise pour ne blesser personne. Le braqueur, lui, vise et tire pour dégommer tout ce qui se met sur sa route.»

Des déclarations «incohérentes»

L’avocat du second braqueur, Me Nicholas Antenen juge les déclarations de l’agent de sécurité incohérentes: «Nous le relèverons au procès. Il ne s’agit en aucun cas de s’acharner sur ce monsieur qui faisait son travail mais de rétablir la vérité. Or, dans le déroulement de l’action, tout indique que c’est lui qui a ouvert le feu en premier, notamment le fait qu’il ne s’est pas mis à couvert, ni même n’a reculé, avant de tirer ses premières balles.»

Me Didier Bottge, avocat de la bijoutière et de la vendeuse de conclure: «À lire l’acte d’accusation, il est logique que les deux malfrats se trouvent poursuivis comme coauteurs, même si seul l’un d’entre eux a tenu l’arme et a tiré. Ils auraient même pu être poursuivis pour tentative d’assassinat, lequel peut impliquer la réclusion à vie, la jurisprudence qualifiant le meurtre commis au cours d’un brigandage d’assassinat. Pour le courageux agent de sécurité, qui a traqué les criminels et rendu possible leur arrestation, il est, pour moi, évident qu’il a agi en état de légitime défense. Ces derniers n’ayant pas hésité à faire feu sur lui avec une arme de très gros calibre.»

Créé: 11.01.2020, 22h31

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