Affaire Simon Brandt: le dossier est très maigre

Les accusations de violations du secret de fonction pesant sur le député sont basées sur des messages soumis à interprétation et un accès impossible à la base de données de la police.

Simon Brandt est candidat au Conseil administratif de la ville de Genève.

Simon Brandt est candidat au Conseil administratif de la ville de Genève. Image: Keystone

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Deux échanges de SMS entre Pierre Maudet et son ami de vingt ans Simon Brandt. C’est ce sur quoi s’appuie la justice pour inculper ce dernier pour une double violation du secret de fonction. Le dossier a été transmis mercredi à la défense. Nous avons pu le consulter dans son intégralité et il semble bien maigre.

Il est d’une part reproché au député PLR et conseiller municipal de la ville de Genève d’avoir transmis à des journalistes un rapport sur les notes de frais des fonctionnaires de la Municipalité. D’autre part, il est accusé d’avoir informé Pierre Maudet du dépôt d’une main courante d’une militante des jeunes PLR qui aurait été harcelée par un collègue de parti.

Pour ces deuxièmes faits, qui sont les plus graves, le rapport de police indique le 12 décembre que Simon Brandt a eu accès à la base de données des forces de l’ordre, de par son emploi. Il travaille comme analyste stratégique. «En substance, il ressort que M. Brandt a transmis des informations tirées du journal de la police (P2K) à la demande d’un tiers, sans autorisation», est-il ainsi mentionné dans le dossier. Cela conduit le procureur général Olivier Jornot à ordonner quatre perquisitions pour le lendemain: chez le député, chez sa mère, chez son ancienne compagne et à son travail.

Or, les accusations dans ce volet s’écroulent dans la même journée du 13 décembre. «Suite à la perquisition informatique faite au sein du bureau de M. Brandt, et à l’heure du présent, il appert que le prévenu ne se serait jamais connecté au système P2K de la police depuis sa prise de fonction», conclut le rapport de police. Aurait-il pu demander à un collègue de consulter le système? Rien ne le laisse supposer à ce stade de la procédure.

Auditionné pendant deux heures

Reste donc les messages envoyés à Pierre Maudet. Ils l’ont été le 10 et le 26 décembre 2018 alors que le conseiller d’État était au plein cœur de la tourmente liée à son voyage à Abu Dhabi. «Salut Simon, tu me confirmes que l’affaire des frais professionnels de la haute fonction publique municipale devrait sortir aujourd’hui?» écrit le magistrat. «Non, ce sera pour demain…», lui répond le conseiller municipal. S’ensuit un échange sur les médias et le moment de la fuite. Pour Simon Brandt, il s’agit d’une «discussion entre hommes politiques pour savoir si la presse était au courant de ce rapport. Par ailleurs, les journalistes à qui j’en ai parlé en connaissaient le contenu».

Dans l’autre volet, c’est Simon Brandt qui annonce, le 26 décembre, le cas de harcèlement aux jeunes PLR. Pierre Maudet lui répond: «Tu arrives à en savoir plus? Main courante à la police?» Simon Brandt lui dit qu’il va se renseigner: «Oui, les faits seraient admis par l’intéressé. Plus d’infos à suivre.» Quatre heures plus tard, il présente le détail des faits. Il assure que ceux-ci lui ont été rapportés par un membre du PLR présent à une assemblée au cours de laquelle la victime a annoncé le dépôt de la main courante. Simon Brandt ajoute ainsi à Pierre Maudet: «D’autant plus qu’elle l’a dit devant tout le monde à l’AG.»

Le 14 décembre, le procureur général a auditionné l’élu durant deux heures, portant principalement sur son embauche à la police. Il explique avoir été écarté par Pierre Maudet de son travail de conseiller. «Je me suis senti terriblement trahi», affirme le député. Il explique ensuite que l’échange avec le ministre à propos des frais des fonctionnaires consistait à se renseigner si les médias avaient le rapport. L’audition s’est terminée après ce sujet. Elle se poursuivra ultérieurement.

L’avocat de Simon Brandt critique vivement l’arrestation de son client. «Je constate qu’il n’y a pas eu d’investigation sérieuse, quand on prend le volet police. On est en face d’un procès à tout le moins politique, critique Me Marc Lironi. Ce qui s’est passé le 13 décembre est injustifiable.» Simon Brandt a été menotté, fouillé à nu et est resté de 7 h 15 à 22 h 30 avec la police. L’interpellation et le contenu de celle-ci ont fuité en quasi direct. «Dans ce contexte, il se pose la question s’il n’y a pas eu des violations faites par les différents intervenants», estime Me Lironi. Une procédure sera lancée.

Alors pourquoi Simon Brandt est-il la cible de cette procédure? Pour l’élu, «tout cela est basé sur une mauvaise interprétation qui aurait pu être levée si on m’avait demandé de m’expliquer. Il y a quelqu’un à la police qui a bâclé son enquête. Il y a une volonté de nuire de la part de certains agents et qu’ils cherchent à viser Pierre Maudet envers lequel ils ont une haine farouche.» Grégoire Mangeat, l’avocat de Pierre Maudet ajoute: « Simon Brandt semble avoir déjà dit l’essentiel: que Pierre Maudet est une cible et que tout sera fait pour l’atteindre. Les fuites, qui sont manifestement d’origine policière et qu’aucune autorité ne semble vouloir contrôler, ont toujours eu pour conséquence l’instrumentalisation politique. »


Comment Pierre Maudet parle des fuites

La plongée dans l’échange de SMS donne une image saisissante du fonctionnement et de l’univers mental de Pierre Maudet.

En décembre 2018, le conseiller d’État genevois Pierre Maudet semblait très intéressé par les fuites pouvant détourner l’attention de ses affaires personnelles. Le 10 décembre 2018, il évoque les frais des fonctionnaires de la ville de Genève et demande si le rapport va sortir le lendemain dans la presse. Au final, deux articles paraissent le 11 décembre, dans la «Tribune de Genève» (TG) et dans «Le Courrier».

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Pour l’affaire de harcèlement chez les jeunes PLR (JLR), c’est Simon Brandt qui apprend les faits à Pierre Maudet. Ce dernier se montre particulièrement satisfait du remue-ménage au sein de son propre camp, à quelques semaines de l’Assemblée générale portant sur le soutien à son sujet. Il estime que le cas mérite «un peu de publicité en début d’année». Un article paraîtra dans la «Tribune de Genève» le 10 janvier 2019.

Créé: 22.12.2019, 17h02

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