Ils ont voté non à la loi sur l'égalité salariale

TransparenceLe Conseil national veut obliger les entreprises à analyser les salaires pour lutter contre les discriminations. L’UDC et une partie du PLR y sont opposés. Des élus romands s’expliquent.

La loi impose une obligation d’analyser tous les quatre ans les salaires des collaborateurs.

La loi impose une obligation d’analyser tous les quatre ans les salaires des collaborateurs. Image: iStock

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Ils rejettent la loi sur l’égalité salariale, mais clament en chœur qu’ils condamnent les discriminations salariales basées sur le genre. Contradictoire? Pas du tout, nous expliquent plusieurs conseillers nationaux romands UDC et PLR à avoir voté non au projet. Mercredi, le texte a passé la rampe du National grâce aux votes de la gauche, du centre et de dissidents et dissidentes libérales-radicales et démocrates du centre (lire encadré). Il impose aux entreprises d’au moins 100 employés d’analyser leur politique salariale. Aucune sanction n’est prévue.

Fathi Derder (PLR/VD) défend son vote sans états d’âme et rejette l’étiquette de «macho de droite» collée aux opposants. S’il a voté «non», c’est parce qu’il estime avoir affaire à «un outil marketing qui n’apporte aucune solution». N’est-ce pas la droite qui a conduit à affaiblir le projet? «On pourrait y ajouter une armada de mesures contraignantes que cela ne changerait rien. À supposer qu’une disparité soit constatée, on n’en connaîtra toujours pas les causes», s’agace celui qui se décrit comme un grand défenseur de l’égalité, citant pour preuve son soutien à un congé paternité de deux semaines.

«C’est ce genre de mesures destinées à faciliter les conditions de travail des femmes qui contribueront à une évolution. Mes filles n’ont pas besoin d’une loi sur l’égalité, c’est les prendre pour des assistées. Elles font partie d’une nouvelle génération qui sera plus combative pour faire valoir leur droit à un salaire égal.»

Philippe Bauer (PLR/NE) tire une autre salve contre un «diktat» administratif et les «tracasseries» imposées aux entreprises. «Cette loi va être très compliquée à mettre en œuvre.» Mais alors, comment lutter contre les inégalités? Le libéral-radical en appelle à la responsabilité individuelle, convaincu que c’est à force d’éducation que les disparités se résorberont. «Dans mon entreprise, il ne m’est jamais venu à l’idée de faire une différence sur la base du genre. C’est ainsi que mes parents m’ont éduqué.»

Le Neuchâtelois est le seul PLR romand avec Fathi Derder à avoir rejeté la loi – les Alémaniques étaient beaucoup plus nombreux. Christian Lüscher (PLR/GE) a préféré s’abstenir malgré un avis critique. «C’est du pur blanchiment de conscience. Mais si certains y voient un symbole, je suis d’accord d’y adhérer en ne m’y opposant pas.» Le principe de l’égalité salariale est garanti dans la Constitution depuis 1981. Mais 37 ans plus tard, une femme gagne toujours, en moyenne, moins qu’un homme, et une part inexpliquée (7%) de l’écart est liée aux discriminations basées sur le genre, selon le Conseil fédéral.

Pour Jean-Pierre Grin (UDC/VD), ce n’est pas une raison pour légiférer. «C’est vrai qu’il y a eu peu d’avancées pendant des décennies, mais nous assistions à une accélération, les entreprises sont conscientes du problème», avance-t-il. À gauche, on estime qu’au rythme actuel, il faudra attendre encore 60 ans pour atteindre l’égalité. Jean-Pierre Grin reste convaincu qu’il faut laisser celle-ci «se mettre en place normalement». «Il faut aussi inciter les femmes à mieux se vendre. J’ai constaté lors d’entretiens d’embauche qu’elles demandaient souvent moins que ce à quoi elles pouvaient prétendre. Pour les hommes, c’est souvent l’inverse.»

«Une guerre des sexes»

La discrimination salariale? Yves Nidegger (UDC/GE) assume une position à «contre-courant» et déclare sans broncher que le problème appartient au passé. «C’est faux de croire qu’une différence entre deux salaires soit nécessairement le fruit d’une discrimination. Celle-ci est derrière nous.» Il s’en prend à la gauche qu’il accuse de vouloir lancer une «guerre des sexes». Jean-François Rime (UDC/FR) a lui aussi voté «non». Pourquoi? «J’estime que cette loi n’est pas bonne», répond-il agacé, avant de couper court à la discussion. «Je n’ai pas à commenter mes décisions.»

Telle que votée mercredi, la loi impose une obligation d’analyser tous les quatre ans les salaires des collaborateurs, de faire examiner le résultat par un cabinet d’audit externe puis d’informer le personnel. Cet exercice de transparence concerne moins de 1% des entreprises du pays et moins de la moitié des employés. La droite a substantiellement allégé le projet initial du Conseil fédéral, si bien qu’à gauche, on juge le texte «maigrichon», mais essentiel dans sa portée symbolique. La loi repasse devant le Conseil des États lors de la session d’hiver.

Elles ont voté oui, contre l'avis de leur parti

Elles n’ont pas cédé face à la pression. Céline Amaudruz (UDC/GE), Alice Glauser (UDC/VD) et Isabelle Moret (PLR/VD) n’ont pas suivi le mot d’ordre de leur parti et ont voté «oui» à la loi sur l’égalité. «Je suis libérale sur les questions économiques et j’ai longtemps espéré que le système allait de lui-même corriger cette inégalité salariale. Or il faut se rendre à l’évidence, ce n’est pas le cas. Il faut donc envoyer un signal clair aux entreprises», déclarait Céline Amaudruz cette semaine à «24 heures» et à la «Tribune de Genève».

Le vote contraire des élues UDC romandes – les Alémaniques ont suivi leur parti – n’ébranle en rien les convictions de leurs collègues masculins. Yves Nidegger (UDC/GE) a sa propre explication sur le vote des dissidentes. «La perception générale est que si on est contre cette loi, on est contre l’égalité, ce qui est faux. Mais personne n’aime passer pour un salaud, surtout quand ce n’est pas le cas. Les femmes sont plus sensibles à cela.» (TDG)

Créé: 29.09.2018, 22h40

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