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Chronique économiqueL’économie sociale et solidaire précurseure?

 Manon Petermann
Manon Petermann
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L’économie sociale et solidaire est-elle précurseure des nouveaux modèles d’organisation du travail? Après Ge, la Chambre de l’économie sociale et solidaire (ESS) partage sa vision de l’économie comme levier d’impact écologique et social.

Depuis le début des années 2000, des modèles émergent comme alternatives aux modes de gestion traditionnels issus du taylorisme (ex: holacratie, entreprise libérée, organisation agile ou opale). Tous induisent une évolution de la culture et de l’organisation du travail vers l’auto-organisation, la collaboration et l’agilité. Deux conditions sont sine qua non de l’implémentation de ces modèles d’organisation: un système organisationnel et des leaders nourriciers garants de cette culture.

Concrètement, il s’agit de descendre la prise de décision le plus proche du terrain et de créer des espaces de dialogue pour permettre la participation des collaborateurs aussi bien sur les questions d’organisation du travail que sur l’amélioration des services ou produits développés. Fonctionner au sein de ce type d’organisation suppose une culture basée sur le droit à l’erreur, l’amélioration continue, la proactivité, la créativité, la réactivité, la confiance, la collaboration, l’équité, l’autonomie et la responsabilisation.

Il est intéressant de relever qu’une grande majorité des organisations qui fonctionnent selon ces modèles se revendiquent de l’économie sociale et solidaire (ESS). Bon nombre des entreprises issues de l’ESS ont en effet été pionnières dans la remise en question de leur modèle de gestion et de gouvernance, dans les années 1980 déjà. Il faut dire que les valeurs de l’ESS constituent un excellent terreau pour la mise en place de la culture nécessaire au fonctionnement de ce type d’organisation. Au-delà des valeurs, les organisations issues de l’ESS ont pour la plupart des structures juridiques induisant des processus démocratiques.

Contrebalançons toutefois quelque peu cet éloge de l’ESS. Tout d’abord, les structures juridiques sont loin d’être suffisantes, puisque les processus de gouvernance participative associés sont nécessaires.

Ensuite, les fortes valeurs de l’ESS poussent parfois à confondre égalité et équité, empathie et déresponsabilisation, consensus et consentement et tout cela au détriment d’une forme d’efficience. Aussi, la fausse croyance en l’horizontalité amène souvent à créer des attentes non-honorées qui induisent des tensions: en réalité, dans tout collectif humain, des hiérarchies naturelles sont présentes en lien avec l’expérience, les compétences et l’influence de chacun.

Finalement, on remarque que la rareté des ressources temps et argent conduit souvent à un manque de compétences des individus pour vivre la culture requise pour ces modèles de fonctionnement.