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Encre bleueLe vœu d’Isabelle

LUCIEN FORTUNATI

Il y a des lettres qui comptent. Celle que je viens de recevoir d’Isabelle en est une, car je sais que chaque mot formulé lui a coûté un effort. Ma correspondante écrit et communique en clignant des yeux pour actionner un ordinateur, étant incapable de bouger et de parler. Isabelle est atteinte depuis une quinzaine d’années de sclérose latérale amyotrophique.

Pourquoi je vous parle aujourd’hui de sa lettre? Parce que cette femme, gravement atteinte dans sa santé, aimerait donner son point de vue sur un sujet qui irrite certains bien portants. Le port du masque, donc. Je lui cède volontiers la plume.

«Le masque n’est pas un plaisir. C’est terrible de ne plus voir l’expression des visages. Pourtant, ce petit bout de papier fonctionne, je peux vous le certifier. Bien avant le Covid, tous ceux qui prennent soin de moi ont été invités à porter le masque tout au long des soins qu’ils m’apportent. Ma fragilité respiratoire a été très protégée par celui qui nous empêche de voir les sourires. Mais grâce à cet objet, j’ai eu infiniment moins de soucis respiratoires justement…»

«Je suis donc tentée de poser cette question. Qu’est-ce qu’il vous coûte de porter un masque afin de protéger ceux qui sont vulnérables? Ne me dites pas que vous n’avez pas de personnes à risque dans votre entourage! Et si ce n’est pas le cas, pensez aux autres. Il est plus prudent de faire ce geste civique car le virus n’arrive pas qu’aux autres.»

«Je vis quotidiennement la réalité des pays défavorisés à travers mes aides-soignantes: la déchirure de ne plus pouvoir rentrer au pays pour enterrer un père ou ne pas pouvoir partager le mariage d’un frère.»

Et Isabelle de formuler ce vœu: «Soyons responsables, respectons les gestes barrières. Nous sommes tous dans le même bateau…» Voilà qui est dit!

1 commentaire
    micmac

    Très touchant le voeu d'Isabelle qui amène à la responsabilité de chacun.