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Musique classiqueLe violoncelliste qui ne battait pas en retraite

Après quatre décennies passées dans les rangs de l’Orchestre de la Suisse romande, François Guye prolonge sans pression son chemin musical, en passant par le festival Puplinge Classique. Entretien.

François Guye rejoindra, sur la scène du festival Puplinge Classique, le pianiste Christian Chamorel et le violoniste Andrey Baranov.
François Guye rejoindra, sur la scène du festival Puplinge Classique, le pianiste Christian Chamorel et le violoniste Andrey Baranov.
MAGALI GIRARDIN

À quoi pourrait ressembler une retraite heureuse? À ceci, par exemple: des journées s’écoulant paisiblement, dans une vieille maison avec jardin posée pas loin des vignobles de Dardagny; une poignée d’activités pédagogiques livrées selon les envies et les disponibilités à des groupes restreints d’étudiants; du temps à profusion pour se tourner vers les passions personnelles, comme l’amour pour les vins; et, enfin, quelques concerts donnés ici et là sans pression aucune. C’est à peu près à ce tableau sommaire que ressemblent les journées de François Guye. Depuis 2018, le violoncelliste ne chemine plus, du moins formellement, dans la vie active. Voilà pour la formule. Dans la réalité, le musicien a certes quitté les pupitres de l’Orchestre de la Suisse romande, après une présence de près de quatre décennies (1979-2018!) dans les rangs de la formation fondée par Ernest Ansermet. Mais il évolue toujours ailleurs, en compagnie de son archet et de son instrument boisé, avec une appétence pour la scène demeurée intacte.

Les mélomanes pourront en retrouver la verve lors du concert auquel il est convié ce samedi, en compagnie du pianiste Christian Chamorel et du violoniste Andrey Baranov, par le festival Puplinge Classique. Entretien avec un sénateur apaisé.

Que vous inspire ce rendez-vous avec le public par temps de pandémie?

À vrai dire, je remonte sur scène pour la première fois depuis la levée des mesures qui interdisaient les concerts. Alors, il y a forcément une émotion particulière et de petites inquiétudes qui m’accompagnent. La situation est absolument inédite dans la mesure où je redécouvre un contexte et des tensions, celles liées aux concerts, que je connais parfaitement mais que j’ai été contraint d’abandonner durant un certain temps. Je vais sans doute ressentir des émotions nouvelles.

Et comment avez-vous vécu cette pause imposée par l’apparition du virus?

J’ai la chance folle de vivre dans un cadre idyllique, à Dardagny, et de disposer d’un jardin ainsi que d’une maison confortable. Alors, je ne peux absolument pas me plaindre du confinement qui nous a été imposé. Durant ces mois, il a fallu faire attention à ne pas se rouiller. J’ai donc joué tous les jours et, pour la première fois dans ma vie de musicien, j’en ai profité pour aborder des pièces qui n’étaient sur aucune liste de programmes de concert. J’ai travaillé pour le plaisir, j’ai replongé dans les «Suites» de Bach, par exemple, qui m’accompagnent depuis toujours; j’ai joué aussi les «Trois suites pour violoncelle solo» de Max Reger, qui sont extrêmement exigeantes.

À Puplinge, vous allez évoluer en compagnie de deux autres musiciens. Comment avez-vous préparé cette échéance?

Je n’ai jamais joué avec Christian Chamorel et Andrey Baranov et ce genre de rencontre inédite constitue en quelque sorte un des traits distinctifs des festivals d’été. En abordant ces concerts, il faut miser moins sur le travail au long cours que sur la spontanéité et la fraîcheur du jeu. Nous n’avons pas le temps de façonner les phrasés, de soigner telle couleur, tel accent, telle texture. Néanmoins, nous avons à cœur d’aller aussi loin que possible, en tenant compte du temps qui nous est imparti. La barre restera de toute façon haut placée car les pièces de Beethoven à l’affiche sont des chefs-d’œuvre qu’on doit aborder avec un degré haut d’exigence.

En 2018, vous avez quitté l’Orchestre de la Suisse romande après trente-neuf ans de services. Quel souvenir gardez-vous de cette page qui s’est tournée?

J’ai eu le temps de me préparer convenablement à cette échéance. Je savais qu’à 65 ans, il fallait partir et qu’il n’y avait pas d’exception possible. Pour autant, le jour venu, on ne se débarrasse pas des sentiments qui surgissent en partant. L’émotion la plus forte a été de quitter mes collègues de pupitre, mes voisins violoncellistes, mais aussi tous ces musiciens devenus des amis avec les années. Il y a ensuite un autre trait de ma vie passée qui me manque particulièrement: c’est de ne plus pouvoir jouer certaines pièces, des symphonies et des opéras en particulier.

Quels sont les chefs d’orchestre qui vous ont le plus marqué durant ces quatre décennies?

J’ai eu la chance de commencer mon parcours à l’OSR sous le règne de Horst Stein, un musicien authentique et profond. Nous nous sommes entendus d’entrée et sommes devenus amis. Aujourd’hui encore, nous gardons le contact. Ensuite, il y a eu les années d’or, celles d’Armin Jordan. Il y avait une telle adéquation entre lui et les musiciens, une telle complicité. Il nous faisait sentir les meilleurs du monde, et forcément que cette attitude finit par vous donner des ailes, par vous transcender et vous pousser à livrer le meilleur de vous-même. Avec lui, il y a eu des concerts, des productions lyriques et des tournées mémorables. Il y a eu enfin l’expérience avec l’actuel chef, Jonathan Nott, qui a été trop courte et que j’ai regretté de ne pas pouvoir vivre de manière plus approfondie et prolongée.

Comment êtes-vous tombé amoureux de votre instrument?

Cela s’est produit très tôt, à l’âge de 5 ans. Dans ma famille, il y avait une tante violoncelliste que j’écoutais souvent jouer. L’instrument est entré tout naturellement dans ma vie, sa présence a été tout de suite une évidence pour moi.

François Guye, en concert au festival Puplinge Classique, sa 25 juillet à 18 h. Rens. www.puplinge-classique.ch