PsychiatrieLe trouble de l’attention, vraie pathologie ou simple difficulté?
Les diagnostics du TDAH se multiplient. Une conférence de l’UNIGE fait le point sur ce trouble qui suscite la controverse.

Manque de concentration, tendance à la procrastination, impulsivité, problème à gérer plusieurs tâches: chez certains, ces difficultés deviennent un vrai handicap, qui entraîne des souffrances. On parle alors de trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). En Suisse, il toucherait entre 5 et 7% des enfants, et 3 à 4% des adultes.
Ses détracteurs soutiennent pourtant qu’on surdiagnostique le TDAH et qu’il ne serait pas une réelle maladie. Ces controverses font l’objet d’une conférence ce mardi, dans le cadre de la Semaine du cerveau de l’Université de Genève.
Impacts qui entraînent des souffrances
Le TDAH se caractérise par des difficultés à maintenir sa concentration, à organiser son quotidien et à accomplir des tâches, une tendance à la procrastination et/ou une hyperactivité, à avoir peu de considération pour autrui, entre autres. Il peut être associé à de grandes difficultés dans la régulation des émotions, en particulier la colère.
En quoi cela en fait-il une pathologie? «Le TDAH est l’extrême d’un continuum, répond Nader Perroud, professeur associé au Département des neurosciences cliniques de la Faculté de médecine. Quand les impacts de ces difficultés dépassent un certain seuil, qu’elles causent des souffrances, alors le déficit devient une pathologie.»
Le spécialiste, qui est aussi responsable de l’Unité du trouble de la régulation émotionnelle des Hôpitaux universitaires de Genève, ajoute que 4 à 6% des individus concernés par ce trouble présentent plus de problèmes socio-économiques, consomment plus de substances que le reste de la population et décèdent plus précocement. «Si ce n’était pas une vraie pathologie, il n’y aurait pas tant de différences! Ce n’est pas une maladie somatique mais un trouble inscrit dans une pathologie neurodéveloppementale, qui apparaît dès l’enfance et caractérisé par un retard de développement de certaines zones du cerveau, liées au système exécutif.»
Tendance au surdiagnostic?
De nombreux détracteurs soutiennent pourtant que le TDAH ne serait que l’expression d’une simple difficulté attentionnelle, voire un problème d’éducation… «Je veux bien qu’on estime que le concept soit vague, mais alors il l’est aussi pour la dépression ou le burn-out!» Peu d’autres troubles psychiatriques suscitent autant de controverses, déplore-t-il. Pour lui, elles sont essentiellement alimentées par une méconnaissance, certains courants de psychanalystes, l’Église de scientologie «qui a pris le TDAH pour cible», ainsi que des peurs liées au traitement de base, la Ritaline, un dérivé de cocaïne et d’amphétamines.
Alors que le nombre de cas est en augmentation et que les listes d’attente chez les spécialistes suivent la même pente ascendante – l’Unité du trouble de la régulation émotionnelle, par exemple, compte plus de deux ans d’attente – certains dénoncent une tendance au surdiagnostic. Une critique que Nader Perroud confirme pour des pays comme les États-Unis. «En Europe, en revanche, nous sommes en train de rattraper notre retard, ce qui peut donner une impression de surdiagnostic.»
Plus difficile de vivre avec ce trouble
Pour le spécialiste, ce n’est pas tant que le nombre d’individus concernés par le TDAH soit beaucoup plus important qu’avant, c’est plutôt qu’il est devenu plus difficile de vivre avec ce trouble. «Bien que des facteurs génétiques aient une place importante dans son étiologie, de nombreux facteurs environnementaux participent à son développement.»
Et d’évoquer la pression sociétale «énorme», le niveau d’exigences qui a pris l’ascenseur, à l’école notamment. «Auparavant, l’élève dissipé arrivait à se rattraper, et l’enseignant parvenait à le suivre de manière individualisée. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus compliqué, dans un contexte où se mêlent effectifs élevés, élèves à besoins spécifiques et allophones, charges administratives, profs épuisés.»
Le risque de surdiagnostic pourrait bien devenir une réalité, prévient-il. «Certains parents sont enclins à pousser au diagnostic pour que leur enfant un peu turbulent puisse bénéficier de mesures d’accompagnement liées au TDAH afin de tout faire pour qu’il puisse accéder aux hautes études. Notre système élitiste encourage une dérive.»
La conférence «En manque d’attention» a lieu mardi 12 mars à l’Uni Dufour à 19 h. Les mécanismes cérébraux attentionnels ainsi que les controverses autour du diagnostic et du traitement des troubles de l’attention seront mis en lumière, en présence de Nader Perroud et Ilaria Sani, professeure assistante au Département des neurosciences fondamentales de la Faculté de médecine.
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