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Spectacle en ligneLe Théâtre de l’Usine invite à veiller les vivants et les morts

À titre exceptionnel, la salle indépendante fait le choix de la diffusion numérique, histoire de ne pas passer à côté d’une performance franco-haïtienne inratable, «The Wake».

De vendredi à dimanche, trois représentations de la pièce franco-haïtienne, suivies de trois interventions genevoises.
De vendredi à dimanche, trois représentations de la pièce franco-haïtienne, suivies de trois interventions genevoises.
The Living and The Dead Ensemble

C’est ce qui s’appelle avoir un coup d’avance. Le Théâtre de l’Usine a maintenu ses portes closes pendant toute la durée de la crise sanitaire, sans jamais céder à la tentation de l’ersatz digital. Sa dernière parade au bâillonnement: faire susurrer ses affiches placardées dans l’espace public au moyen d’un QR code qui versait dans vos écouteurs la voix d’artistes réduits au silence. Ces derniers jours, tandis que l’ensemble des programmateurs sonnaient le clairon d’une réouverture escomptée, le TU, prévoyant, a vu venir la prolongation des mesures. Et a opté à contre-courant, pour la première fois en un an, pour ce streaming qu’on croyait révolu avec le virus. Parce que ça s’imposait, et parce que le projet s’y prête.

Deux membres de la troupe, Olivier Marboeuf et Louis Henderson cosignent le film tiré de la pièce originale.
Deux membres de la troupe, Olivier Marboeuf et Louis Henderson cosignent le film tiré de la pièce originale.
The Living and the Dead Ensemble

Du streaming? Pas tout à fait. Plus qu’une simple captation, The Living and the Dead Ensemble (l’Ensemble des Vivants et des Morts) a expressément monté un objet filmique inédit, d’environ quarante-cinq minutes, qui donne lieu ensuite à un dialogue en direct entre les dix membres de la troupe franco-britannico-haïtienne et trois complices genevois·x·e·s connu·x·e·s des fidèles du TU – «lae» cinéaste Gemma Ushengewe, qui interviendra par la voix et la vidéo, la politologue Noémi Michel, qui parlera de la performance donnée en Haïti, et l’artiste hybride Maïté Chénière, qui partagera un set de musique et de voix. Différentes chaque soir des 26, 27 et 28 mars (dès 20 h vendredi et samedi, 19 h dimanche), les propositions d’un quart d’heure chacune seront ponctuées d’images tournées tant dans une banlieue parisienne qu’à Port-au-Prince, selon le fil hasardeux des propos tenus.

Ces interventions locales réagiront en live à l’expérience filmée de «The Wake» («La Veillée») telle que l’ont conçue Olivier Marboeuf et Louis Henderson, tous deux parties prenantes de la production initiale – et internationale – de la pièce. Mais que raconte-t-elle donc, et qu’y veille-t-on? Le monde, voyons. Celui qui brûle. S’effondre en ce moment même. Chancelle sous les catastrophes naturelles et les conflits sociaux. Et dans la nuit striée de flammes, on garde les yeux bien rivés sur le futur possible, à mi-chemin des morts qu’on honore et des vivants qu’on tente de sauver, des opprimés et des révoltés. Éclairé par les écrits de l’auteur haïtien Frankétienne, on tente de faire d’une veillée funèbre un message d’espoir.

Les ténèbres et les flammes se défient mutuellement dans «The Wake».
Les ténèbres et les flammes se défient mutuellement dans «The Wake».
The Living and the Dead Ensemble