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LivreLe symboliste hodlérien Albert Schmidt inspire un livre illustré

Trois spécialistes confirment dans un bel ouvrage édité par Slatkine l’intérêt d’un artiste genevois admirateur du grand Ferdinand Hodler.

«Le rêveur» (1912).
«Le rêveur» (1912).
COLLECTION PICTET/THOMAS HENSINGER

Albert Schmidt a son «beau livre» paru récemment chez Slatkine. Tant mieux pour ceux qui le connaissent et ceux qui le découvrent. À la fois figure marquante de la peinture genevoise du XXe siècle et chef d’entreprise dans le domaine de la gypserie-peinture, cet artiste mérite un tel ouvrage. Trois auteurs se sont partagé la tâche: Anne Drouglazet, Frédéric Elsig et Christophe Flubacher. La première est conservatrice au Musée Jenisch de Vevey, le deuxième professeur d’histoire de l’art à l’UNIGE, et le troisième historien de l’art indépendant. La romancière française Marie-Hélène Lafon s’est chargée de la préface.

Un continuateur

Retour en 1917, quand «La Tribune de Genève» du 25 avril commente l’exposition du peintre et de sa femme émailleuse, Berthe Schmidt-Allard, dans une galerie genevoise: «De tous les hodlériens, il est peut-être le seul qui n’ait été, non pas un imitateur, mais un continuateur; le seul aussi, sans doute, dont Hodler lui-même ait pu dire: nous sommes de la même famille. Il est en effet impossible devant l’œuvre d’Albert Schmidt de ne pas penser à celle de Hodler, et il est cependant aussi impossible de les confondre.»

On ne s’étonnera pas qu’au cimetière de Saint-Georges le monument signalant la tombe du grand artiste mort en 1918 ait été décoré par Albert Schmidt. On y voit une femme en bleu les bras écartés, copie par l’admirateur du maître de ce personnage de son tableau «Chant lointain». Le père de Schmidt était un contemporain et ami de Ferdinand. Le jeune Albert a connu et apprécié ses œuvres dès son plus jeune âge. Sa vocation est née à leur contact. Le portrait de David Schmidt, père du peintre, par Hodler, est au Musée d’art et d’histoire (MAH). Les saisissants autoportraits et portraits qu’Albert a réalisés au sein de sa famille sont présentés dans un chapitre illustré notamment par deux croquis formidables: son père en 1912 mourant, et Hodler en 1918, mort.

Surprenant et protéiforme

Ce qui caractérise Schmidt, comme le titre du livre l’indique, c’est son approche du symbolisme, dans des œuvres comme «Le rêveur» (1912), «La source» (1917) ou «Le rire», qui illustrent le qualificatif «expressif» qui lui est attribué. Surprenante et protéiforme, sa production ne s’arrête pas là. La campagne, les travaux des champs, le lac et la baignade, la montagne lui inspirent des toiles très personnelles, expliquées par Anne Drouglazet et Christophe Flubacher dans l’important chapitre «Lectures d’œuvre».

Albert Schmidt meurt un peu oublié en 1970 à l’âge de 87 ans, avant qu’une exposition en 1974 à Genève ne le rappelle au souvenir des amateurs d’art qui guettent désormais le passage de ses œuvres dans les ventes.

«Albert Schmidt – Un symboliste expressif», par Anne Drouglazet, Frédéric Elsig et Chrisophe Flubacher. Éditions Slatkine, 192 pages.